TRANSPORT DES PRINCIPES ÉLABORÉS
aux ehances de perte qui, en 1879, auraient réduit le rendement dans d'énormes proporlions si, au lieu de moissonner le 13 août, on eut attendu jusqu'au 22.
§ 96. — Migration des principes niniÉDiATS.
La migration des principes élaborés, séjournant comme réserves transitoires dans les organes même où ils ont pris naissance, dans les tiges, ou encore faisant partie intégrante des cellules, est ]a condition même de la maturation ; il importe donc de pénétrer le mécanisme de cette migration, elle comprend deux phénomènes successifs :
1^ La dissolution des principes et leur passage, de Tétat insoluble ou colloïdal, à Tétat soluble dialysable;
S^'Le transport de ces principes jusqu'aux organes où ils doivent séjourner, pour assurer l'alimentation de Tembryon dans la graine, du bourgeon dans le tubercule, des tiges de la seconde année dans les racines bisannuelles.
Dissolution des principes élaborés. Amidon. — Les feuilles sont non seulement le laboratoire de la plante dans lequel prennent naissance les principes immédiats, ce sont encore des magasins dans lesquels ils s'accumulent, ils y constituent des réserves transitoires, qui s'écoulent vers les organes en voie de formation.
Ces phénomènes d'accumulation momentanée suivis de dissolution et de départ ont été particulièrement étudiés sur l'amidon.
En soumettant les feuilles, suivant la méthode de M. Sachs, à ractioQ d'une dissolution très étendue et bouillante de soude, on réussit à gonfler l'amidon ; si ensuite on décolore les feuilles au moyen de l'alcool bouillant, puis qu'on les laisse quelques instants dans la teinture d'iode, on réussit, après avoir enlevé l'iode avec de ralcool et immergé les feuilles dans l'eau, à y voir l'amidon; or les feuilles d'un grand nombre d'espèces très colorées le soir, après une belle journée claire, ne montrent plus le lendemain que des traces d'amidon, ce qui indique clairement que ce principe émigré et ne séjourne pas indéfiniment dans les cellules où il a pris naissance.
M. Schimper (1) a précisé les conditions dans lesquelles on observe cette migration. Pour découvrir l'amidon dans les feuilles, il
(0 Ann. agron., t. XH, p. 127.
les place pendant douze à vingt-quatre heures dans le chloral iodé, et réussit à les obtenir tellement transparentes et à rendre si distincts les grains d*amidon, qu'on peut les examiner avec les plus forts grossissements du microscope.
Pour suivre leur départ, M. Scbimper opère sur les feuilles de VImpaiiens parvifolia, il les coupe longitudinalement, une moitié reste adhérente à la plante, Tautre est séparée ; la plante elle-même et les fragments de feuilles qu'elle a fournies sont maintenus dans l'obscurité . On trouva que dans ces conditions les feuilles en place ou détachées perdent de l'amidon et forment de la glycose, mais la proportion de ce sucre fut beaucoup plus grande dans les fragments détachés que dans ceux qui adhéraient à la plante, d'où il faut conclure que dans la feuille en place, non seulement l'amidon se dissout, mais de plus s'échappe, et finit par disparaître complètement; cette disparition de l'amidon des feuilles maintenues à l'obscurité a été également observée sur la vigne, par M. Guboni et nombre d'autres physiologistes.
Ce premier point acquis, il reste à savoir quel est le mécanisme de la transformation de l'amidon en glucose.
Cette transformation est généralement attribuée à un ferment diastasique, Vamylase. M. Scbimper écrase soit le parenchyme, soit les nervures de l'impatiens dans de l'eau, les met au contact d'empois d'amidon, et voit celui-ci se liquéfier, l'amidon disparait complètement.
M. Brasse (1) montre, en outre, que l'extrait de feuilles solubilise, non seulement l'amidon transformé en empois, mais même l'amidon cru. Dans ces derniers temps, cependant, on a émis quelques doutes sur l'existence d'un ferment spécial, et proposé d'attribuer au protoplasma lui-même la qualité de ferment diastasique (2).
Quoi qu'il en soit, il semble que le mécanisme de la dissolution de l'amidon dans les feuilles soit analogue à celui que nous avons vu en jeu dans les graines ; il est solubilisé par une diastase, prend la forme d'un sucre réducteur qui se transporte par les vaisseaux d'un point de la plante à l'autre, se solidifiant de nouveau par place, probablement en raison de la quantité de glycose accumulée ; ces transformations sont sans doute des phénomènes déterminés et limités par les proportions dans lesquelles se trouvent les
(1) Ann, agron.y t. XII, p. 200.
(2) /d., t. XVir, p. 85.