PRODUCTION DES ARGILES
est possible sur les collines ; dans les vallées où les débris sont accumulés, la terre est devenue argileuse et peut être défoncée à plus de 60 centimètres pour planter la vigne.
Les trachyteSy les basaltes^ sont d'une dureté qui les rend difficiles à altérer par une action mécanique : mais il suffit d'avoir parcouru les pays à voldans anciens pour avoir vu des basaltes profondément altérés, fournissant des masses sablonneuses rouge foncé ; quelquefois la roche est entièrement changée en une masse argileuse, dans d'autres cas la modification est seulement commencée à la surface. Quand la décomposition est purement mécanique, que la roche ne renferme que peu d'alcalis ou de corps suroxydables, la décomposition est très lente. Le quartz pur y le petrosilex, le porphyre quartzifère ne donnent que peu de terre ; des gneiss ne se décomposent aussi que difficilement; quant aux granités leur décomposition plus ou moins rapide est liée à l'abondance variable des minéraux qui les constituent. « Dans la Corrèze, dans les Gévenues, dans la Bretagne, la prédominance du quartz donne au pays une grande stérilité. Là, tout est solitude, on fait souvent plusieurs lieues sans trouver d'habitation, et l'on ne rencontre que de loin en loin des châtaigniers improductifs. Dans quelques contrées privilégiées comme au nord de Pompadour, le granité, presque entièrement feldspathique, donne une couche végétale de plus d'un pied d'épaisseur, d'une admirable fertilité ; aussi la végétation y déploie toute sa splendeur. Les châtaigniers et les chênes y acquièrent des dimensions généralement inconnues au reste du pays ; et les magnifiques prairies de Pompadour nourrissent les plus beaux bœufs du Limousin. » (Dufrenoy.)
Les roches calcaires pures primitives résistent aux agents mécaniques, en raison de leur plus ou moins grande dureté; mais elles sont attaquées par les eaux pluviales et terrestres chargées d'acide carbonique. On trouve à leur surface une couche terrestre peu épaisse, qui contient toujours des bicarbonates et qui nourrit quelques labiées, le thym, le serpolet, la lavande.
Si la roche présente des fissures, on y trouve des romarins, des genévriers et même de grands arbres comme certaines variétés de pin, notamment le laricio. Quelques espèces s'accommodent bien du calcaire même compacte. Ainsi les essais de reboisement des ' montagnes calcaires de la Provence ont passablement réussi sur les versants nord, où les jeunes pins échappent à l'ardeur dévorante du soleil ; à l'exposition du sud, le roc est entièrement dé-
nudé, ainsi qu'on peut le voir sur le Faron, qui domine Toulon.
Les calcaires plus ou moins sablonneux et argileux sont plus facilement attaqués par les agents extérieurs. Les couches terreuses provenant de ces roches ont généralement peu d'épaisseur, et les récoltes y sont souvent médiocres : la Champagne en fournit un exemple. Dans la craie, les plantes annuelles réussissent mieux que les arbres : sur le versant de la vallée de Grignon exposé au midi se 'trouve la pièce de la Défonce, une mince couche de terre meuble y recouvre du calcaire terreux; bien fumée, elle donne par les années humides des récoltes passables ; mais la Côte aux Buis placée à côté et encore boisée ne porte que de rares bouleaux, des allantes qui s'y multiplient et quelques arbres verts.
Les grès purement siliceux sont durs et ne se désagrègent pas plus facilement que le quartz ; mais les grès verts qui contieDuent de la chlorite, de Targile, et du fer oxydé, tombent facilement en poussière et forment des couches assez fertiles pour les prairies, quand Teau est abondante. Dans les points les plus élevés, ils ne portent que des forêts; les environs de Nogent-le-Rotrou, la région du nord-est en fournissent des exemples.
Détritus organiques. — Aux sables provenant de la désagrégation mécanique des roches quartzeuses ou' calcaires, aux argiles dues à la décomposition des roches feldspathiques sous l'influence de l'acide carbonique, à l'oxyde de fer enlevé aux basaltes, aux amphiboles, aux pyroxènes, etc., viennent s'ajouter, dans la terre arable, les résidus des végétations qui s'y succèdent. Ces résidus, qui ont une influence si marquée sur les qualités des terres arables, ne sont pas indispensables cependant pour que certains végétaux puissent se développer; il suffit de parcourir un pays de montagnes pour voir les arbres enfoncer leurs racines dans les anfractuosités des rochers et acquérir un complet développement.
Les mousses, les lichens, recouvrent les roches les plus stériles, pourvu qu'elles y reçoivent, de temps à autre, un peu d'humidité; et l'apparition de ces humbles végétaux favorise singulièrement le développement des plantes de plus grandes dimensions. Chaque végétal qui se développe sur un sol, y meurt et s'y décompose, l'enrichit de sa dépouille : pendant sa vie, il fixe une certaine quantité de carbone, il s'assimile de l'azote et, après sa mort, ces éléments soumis à l'action lente de l'oxygène atmosphérique et sans doute à une fermentation particulière donnent ces produits noirs et complexes désignés sous le nom d'humus.