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PRODUCTION DE L'HUMUS

Sa formation a été l'objet dans ces dernières années de travaux importants dus notamment à M. Kostytcheff, de l'Université de Saint-Péterbourg (1 ) . L'auteur s'est particulièrement préoccupé de rechercher l'origine des proportions notables d'azote qu'on trouve dans l'humus des terres noires de Russie, habituellement désignées sous le nom de tchernoizems.

Tandis que les plantes qui couvrent les steppes ne renferment à Tétat sec que 1 ou 2 centièmes d'azote, l'humus que fournit leur décomposition en contient 4, 5 et 6 centièmes. Or, quand on abandonne à la décomposition un poids bien déterminé de feuilles de diverses espèces, après y avoir dosé l'azote, on trouve qu'après un séjour sous une cloche fermée pendant sept ou huit mois, ces feuilles ont considérablement diminué de poids, mais que la quantité d'azote constatée à l'origine n'a pas varié.

Le résidu accuse donc une proportion centésimale d'azote plus considérable que la matière végétale primitive, non pas parce qu'il s'est enrichi par un apport extérieur d'azote, mais parce que la matière carbonée a disparu par combustion lente, due à la multiplication, dans la masse, de végétaux cryptogamiques, de champignons, qui ont métamorphosé en acide carbonique une grande partie de la matière carbonée sur laquelle ils ont vécu, tandis qu'ils utilisaient à la constitution de leurs propres tissus les albuminoïdes des feuilles en décomposition.

D'après M. KotstytchefF, les champignons en se nourrissant des matières organiques les amèneraient à un état favorable à l'action oxydante de l'air, qui agissant sur ces résidus, en présence du calcaire du sol, déterminerait la coloration noire qu'on remarque, quand les corps voisins du tannin s'oxydent à l'air ; c'est sur cette réaction que repose le dosage de l'oxygène au moyen de l'acide pyrogallique et de la potasse.

Les champignons ne sont pas les seuls agents de la décomposi tion des matières végétales et de leur transformation en humus ; depuis longtemps, Darwin a signalé le rôle important que remplissent les vers de terre.

«... Les vers tirent également dans leurs trous un nombre infini de feuilles mortes et d'autres débris de plantes, en partie pour boucher les trous, en partie comme nourriture.

« Les feuilles qui servent à ce dernier usage après avoir été dé-

[\) Arm, agron., t. XVII, p. 17.

chirées en petits fragments, partiellement digérées et saturées avec les sécrétions intestinales et urinaires, sont mélangées à une grande quantité de terre. Cette terre forme Thumus riche et de couleur foncée qui recouvre presque partout la surface de la terre d'une couche ou couverture assez bien marquée. Yon Heusen plaça deux vers dans un vase de 45 centimètres de diamètre rempli de sable sur lequel on étendit des feuilles sèches ; celles-ci furent bientôt entraînées dans les trous jusqu'à une profondeur de 7^^, 5. Après six semaines environ, une couche presque uniforme de sable d'un centimètre d'épaisseur fut convertie en humus après avoir passé par les canaux alimentaires de ces deux vers (1). »

M. Kotsty tcheCT a examiné de son côté les résidus provenant des digestions des vers de terre, et il ajoute : « Dans la nature les matières humiques passent plusieurs fois à travers les organismes. Les matières rongées, déposées comme excréments, ne sont plus propres à la nourriture des animaux, mais les champignons et les bactéries s'y établissent, et dans peu de temps toute trace de la structure des plantes qui lui ont donné naissance a complètement disparu. »

Un fonctionnaire anglais, M. Milison, signale en Guinée des plaines fertiles, couvertes de cultures variées, qui doivent leur fertilité aux façons continuelles que donnent les vers de terre, a Toute la surface des prairies, dit Fauteur, estcouverte de rangs serrés dedéjections cylindriques de vers de terre, ayantde 6 à 75 millimètres, en nombre surprenant ; pendant des lieues et des lieues, elles recouvrent le sol, droites, très rapprochées, brûlées par le soleil, en forme de cylindres rigides, de boue durcie qui demeurent jusqu'au moment où la pluie les a réduits en une poudre fîne... Si Ton creuse le sol, on voit qu'il est parcouru en tous sens par d'innombrables galeries de lombrics...., c*est là un labourage constant et gratuit et les populations l'apprécient si bien qu'elles ne cultivent pas les endroits où le ver de terre fait défaut (2). »

Enfin M. Wolny a cultivé en pots ou en caisses des terres semblables garnies ou non de vers de terre et il a toujours trouvé que les récoltes étaient plus abondantes dans les sols pourvus de vers de terre que dans ceux qui en étaient dépourvus (3).

En résumé, nous voyons que les agents atmosphériques : oxygène suroxydant les silicates de fer, acide carbonique dissolvant

(1) The formation of végétale mould, tbrough the action of worms with observatiens on their habits, by Charles Darwin. Un résumé a paru dans la Revue scientifique^ 3« série, 1. 111, p. 65.

{T, Revue scientifique, t. XLVII, p. 156, 31 janvier 1891.

(3) Journal de VAgricuUure, 1891, t. 11, p. 172.

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