TERRAINS DE TRANSPORT
les alcalis, gelée délerminant rexfoliation, amènent lentement les roches à un état meuble, sur lequel la végétation commence à se développer, ses débris sont la proie d^insectes, d'organismes inférieurs qui contribuent au mélange des diverses parties et à la formation de la matière organique, de Thumus, qui s'accumule en quantité notable dans les terres abandonnées à la végétation spontanée.
Les terres ainsi formées ne restent pas toujours aux endroits où elles ont pris naissance, souvent elles sont entraînées par les eaux et recouvrent de nouvelles surfaces; ces terres sont désignées sous le nom de terres de transport.
§ 103. — Terrains de transport.
Les agents atmosphériques désagrègent et décomposent les roches, les eaux les entraînent rapidement sur les pentes, plus lentement dans les pays de plaine, où elles laissent déposer les matériaux arrachés aux parties hautes de la contrée.
Ce n'est qu'au prix des plus grands efforts que les cultivateurs réussissent à maintenir sur les pentes les terres souvent précieuses par leur exposition. En Provence on compte parfois dans les montagnes dix, douze ou quinze étages de murs de pierres sèches soutenant les terres qui portent les vignes et les oliviers ; il en est de même en Auvergne où la partie basse des montagnes apparaît comme un immense escalier dont toutes les parties horizontales ou légèrement inclinées sont couvertes de vignes.
On voit à Menton, où ces travaux sont exécutés avec un grand soin et où les murs maçonnés portent des rigoles destinées à conduire les eaux du sommet de la montagne jusqu'à la vallée, les plantes s'étager les unes au-dessus des autres dans un ordre déterminé par la résistance qu'elles présentent au refroidissement ; les orangers et les citronniers occupent les parties basses, à une certaine hauteur ils sont remplacés par de magnifiques oliviers, qui eux-mêmes cèdent plus haut la place à des pins.
Quand les terres meubles ne sont pas maintenues par des constructions ou par le lacis de racines des arbres ou des gazons, elles sont entraînées par les eaux ; dans les montagnes élevées, comme les Alpes, les torrents exercent sur les terres dénudées de terribles ravages, qui ne peuvent être prévenus que par des travaux régulièrement conduits. Ceux qui ont été exécutés depuis quelques
années par nos ingénieurs forestiers ont été couronnés de succès et jouissent en Europe d'une légitime réputation (1).
Quand les eaux descendent rapidement des montagnes, elles arrivent dans les plaines chargées de limons. De novembre 1859 à la fin d'octobre 1860, Hervé Mangon a fait mesurer chaque jour la quantité de matières tenues en suspension dans un certain volume d'eau de la Durance, il a pu en déduire la masse totale transportée pendant une année, et a trouvé ainsi que le poids total charrié par cette rivière devant Merindol, pour un débit total de 13 milliards de mètres cube d'eau, a été de 17 millions de tonnes de mille kilogrammes.
« En admettant, ajoute H. Mangon, que ces limons déposés sur le sol pèsent en moyenne 1600 kilogrammes le mètre cube, ce qui ne doit pas s'éloigner beaucoup de la réalité, leur volume serait de 11 millions de mitres cubes.
« Un volume équivalant à un cube de 220 mètres de côté environ a donc été enlevé aux terrains supérieurs et entraîné sous forme de limon, dans les parties basses du cours de la rivière jusqu^à la mer.
« Si ce limon se déposait entièrement sur le sol il recouvrirait, en un an, d'une couche de 0™,01 l'énorme surface de 110770 hectares.
« Plusieurs des régions les plus riches du département de Vaucluse ont été formées, sans aucun doute, à des époques plus ou moins anciennes par des colmatages de la Durance. Les terres si fertiles des communes de CheTal* Blanc, de Gavaillon, etc., ne doivent leur richesse qu'à une couche de limons semblables à ceux qui sont encore transportés aujourd'hui, déposée sur des terrains caillouteux d'une date plus ancienne. L'étendue des terres couvertes par cette couche de limon est environ de 25,000 hectares. »
Hervé Mangon n'a pas borné ses observations à la Durance ; il s'est encore occupé de plusieurs autres fleuves. De septembre 1864 à août 1865, le Var, qui comme la Durance descend rapidement des Alpes, a entraîné 12 millions de mètres cubes de limons de 1600 kilogrammes. Quelque grandes que soient ces pertes, ce serait cependant une illusion que de supposer qu'il est possible économiquement d'exécuter les travaux destinés à utiliser les limons transportés (2).
Les rivières qui parcourent lentement les pays de plaines déposent au fond de leur lit les terres meubles arrachées aux régions supérieures ; le Pô, qui draine toute l'Italie septentrionale, exhausse
(I) Association française pour Tavan cernent des sciences, 1891. Conférences de M. Demontzey.
(•2) Voyez Annales Agron,, tome XVII, p. 243.