TERRAINS DE TRANSPORT
son lit assez promptement ; il coule maintenant à une hauteur supérieure à celle des toits des maisons de Ferrare. Quand les fleuves chargés de limons débordent, que la vitesse de leurs eaux se ralentit, ils couvrent leurs rives d'une couche de terre meuble d'une haute fertilité ; les débordements réguliers du Nil ont créé TÉgypte.
Ces limons se déposent en bien plus grande quantité aux embouchures des fleuves que dans le reste de leur cours, à cause de Faction qu'exerce sur la coagulation de l'argile le sel marin de l'eau de mer : cette précipitation est facile à montrer dans un cours : si, à I imitation de M. Schlœsing, on met en suspension de Targile dans de l'eau distillée, cette argile s'y maintient très longtemps ; mais si on ajoute à cette eau trouble une petite quantité de sel marin, Vargile se coagule et l'eau s'éclaircit. On conçoit, par suite, que les argiles se déposent à l'embouchure des rivières au moment du mélange des eaux douces et des eaux salées et y créent les deltas et les polders. Presque tous les grands fleuves arrivent ainsi à la mer par des embouchures multiples, se frayant difficilement un passage au travers des boues qu'ils ont eux-mêmes accumulées à leur embouchure. Le Nil, le Gange, le Fleuve Rouge du Tonkin, l'Amazone, TOrénoque, le Nil, le Rhône, le Rhin, le Pô n'arrivent à la mer que par des deltas.
Bien que le limon charrié par la Seine en amont de l'embouchure de la Marne soit seulement de 200,000 tonnes environ, quand elle a reçu la Marne, l'Oise, l'Eure, elle conduit à la mer des troubles assez importants pour qu'il y ait eu avantage à créer sur les bords des endiguements submersibles qui ont donné naissance à d'excellentes prairies.
Les considérations précédentes suffisent à faire comprendre comment les sols des vallées formés par les dépôts de terres meubles provenant des régions supérieures du pays puissent être d'excellente qualité; il en est de même des sols des anciens lacs d'eau douce, tels que la Limagne d'Auvergne ou les Tchernoïzems de la Russie méridionale : mais il est plus difficile de concevoir comment certains plateaux sont couverts de limons qui constituent des sols excellents.
Dans les pays situés dans le voisinage des montagnes, on conçoit encore que les glaciers qui ont couvert autrefois d'énormes surfaces aient pu transporter des matières meubles, mais dans les plateaux de la Flandre, de l'Artois, de la Picardie, de la Brie, cette cause ne saurait être invoquée. Les géologues ont supposé qu'à la
fin de la période glaciaire une immense inondation boueuse a couvert une partie de l'Europe, puis s'est écoulée à la mer en creusant les vallées; cette hypothèse soulève toutefois de graves objec- 'tions. Il semblerait que ces masses boueuses aient dû transporter de tous côtés des fragments appartenant à des roches tout à fait différentes de celles qui constituent le pays recouvert ; orce n'est pas ce qui a eu lieu : on ne trouve jamais de débris passant d'un bassin hydrographique à un autre, même quand ces bassins ne sont séparés que par des plateaux de faibles hauteurs ainsi que cela a lieu par exemple entre la Seine et la Loire.
De même, quand on examine les dépôts argileux des plateaux, on n'y trouve pas de débris appartenant à des terrains plus anciens que ceux qui sont recouverts, aussi une école de géologues croitelle devoir substituer à l'idée d'un diluvium recouvrant les plateaux celle de résidus de roches sédimentaires dont certaines parties auraient persisté tandis que les autres étaient entraînées par les eaux. On conçoit par exemple que des roches formées d'argile et de calcaire aient pu perdre par l'action continue des eaux des quantités notables de calcaires terreux, laissant au contraire en place des argiles coagulées par la présence même du carbonate de chaux que ces eaux tenaient en dissolution. Ces argiles ne seraient donc pas des terres de transport, mais tout simplement les résidus des roches déposées primitivement, puis modifiées plus tard sur place, par les eaux.
Dunes. — Si les eaux sont souvent les auxiliaires de la culture et favorisent la formation de terres arables d'excellentes qualités, les vents exercent tantôt des actions fâcheuses, et tantôt des actions salutaires.
Sur les bords de la mer ils déterminent la formation des dunes. Pour que celles-ci apparaissent plusieurs conditions sont nécessaires ; il faut que sur une côte basse du sable fin soit rejeté par la mer et soit agglutiné dans une certaine mesure par les pluies ; dans les pays où il ne pleut que rarement, les sables sont transportés parle vent, mais ne peuvent durcir suffisamment pour créer des dunes.
En France, les dunes formées de sables rejetés par l'Océan occupent entre les embouchures de l'Adour et de la Gironde une bande de 300 kilomètres de longueiu* sur une élévation moyenne de 20 mètres. Les dunes avancent dans l'intérieur des terres de plusieurs mètres par an, car le vent d'ouest les dessèche, les écrête,