ABSORPTION DE L^EAU PAR LES ÉLÉMENTS
chargées d'acide carbonique. A ces matières minérales s'ajoute enfin 4' de l'humus dont nous avons décrit le mode de formation probable.
Ce sont ces éléments qui par leur mélange constituent les terres arables, et il est utile de les considérer d*abord séparément^ avant de constater comment les proportions dans lesquelles ils sont réunis déterminent les propriétés des terres arables. Pour nous guider dans cette étude il convient de se rappeler, ainsi qu'il vient d'être dit, que Teau est la condition même de Texistence de la plante et particulièrement des plantes herbacées que nous cultivons ; nous rappellerons que dans le chapitre IX de la première partie, nous avons montré que l'élaboration d'un kilogramme de matière sèche, dans une de nos plantes de grande culture, implique la circulation dans ses tissus de 250 à 300 kilogrammes d'eau : une récolte de blé de 6000 kilogrammes à l'hectare (grain et paille) exige une consommation de 1,500 mètres cubes d'eau à l'hectare, ou une hauteur efficace de 150 millimètres.
Comment l'eau de la pluie est-elle absorbée par les divers éléments. Tel est, onle conçoit aisément, le premier point à examiner.
§ 105. — Absorption de l'eau par les divers élémei^ts des
TERRES arables.
Pénétration de l'eau de pluie. — Quand l'eau de la pluie tombe sur une surface, elle y pénètre ou s'écoule ; elle coule sur les surfaces dures, polies, imperméables j et nous n'avons pas à nous en occuper actuellement, ces surfaces ne constituant pas des terres végétales, mais si l'eau pénètre les divers éléments des terres arables, elle est bien loin de de s'y incorporer avec la même rapidité, ainsi qu'on pourra s'en convaincre par les expériences suivantes :
On dispose des entonnoirs de 10 centimètres environ de diamètre sur des éprouvettes longues et étroites pouvant contenir 100 centimètres cubes d'eau; on bouche les entonnoirs avec de Touate assez lâche pour ne pas empêcher le passage de l'eau, puis on introduit dans l'entonnoir n*^ 1 : 100 grammes de sable sec, le sable de Fontainebleau employé dans les verreries convient très bien; 100 grammes de calcaire terreux, de blanc de Meudon, par exemple, sont placés dans l'entonnoir n** 2; 100 grammes d'argile plastique dans l'entonnoir n° 3; 100 grammes d'humus dans l'entonnoir n"" 4. On se procure cet humus en malaxant dans une terrine le terreau des maraîchers, le sable se sépare aisément et tombe au fond du liquide tandis que l'humus reste en suspension.
Chimie agricole. 23
on le recueille sur une toile garnie d'une feuille de papier et on le laisse se dessécher à Tair.
Quand Texpérience est ainsi disposée, on verse d'un seul coup 100 centimètres cubes d'eau à la surface de chacun des entonnoirs et on reconnaît immédiatement combien est variable la vitesse de pénétration de Teau dans les divers éléments.
En un instant, toute l'eau disparait dans l'humus ; ce n'est qu'un peu plus lentement que le sable s'imbibe, mais il s'est emparé de toute l'eau qu'il a reçue, quand le calcaire et l'argile sont encore ^^ couverts d'une épaisse couche de liquide.
Cette expérience ne fait que donner une forme saisissante à une observation courante et on pourrait la juger oiseuse, si elle ne donnait, par la mesure de l'eau écoulée des entonnoirs, une indication précieuse sur l'absorption de l'eau parles divers éléments.
Absorption de Téau par les éléments. — Apres quelques instants, l'eau versée sur les divers éléments commence à couler; on attend que l'écoulement ait cessé pour mesurer les liquides recueilUs dans les éprouvettes ; on reconnaît que l'éprouvette qui reçoit l'eau du sable est presque remplie, celle qui est placée au-dessous du calcaire ne renferme guère que la moitié du liquide introduit, l'argile n'en a laissé filtrer qu'une petite quantité, et l'humus a tout retenu. Pour voir couler le liquide de cet entonnoir, il est nécessaire d'ajouter de nouveau 50 centimètres cubes qui, cette fois, s'échappent presque entièrement.
L'expérience précédente est très bonne à reproduire dans un •cours, elle donne même les seules indications à rechercher dans ces essais, car lorsqu'on veut peser les entonnoirs : l*" quand ils renferment les éléments secs, puis : 2^* gorgés d'eau, pour en déduire la faculté d'absorption des divers éléments, ainsi que l'ont fait successivement Schubler au commencement du siècle et plus récemment M. Mazure (1), on arrive à des nombres assez divergents.
Voici les chiffres qu'ils ont donnés pour la faculté d'imbibition des éléments : c'est-à-dire pour le poids d'eau retenu par 100 grammes des divers éléments.
Schubler. Hasare.
Sable 25 19
Calcaire 85 42
Argile 70 84
Humus 190 103
(1) Ann. agron.f t. VIII, p. 161.