DOSAGE DE L^ACIDE PHOSPRORIQIE
libre; or dans ces conditions le phosphomolybdate est le seul corps qui se précipite, toates les autres substances restent en dissolution. Par la concentration à rébuUition le liquide auquel on ajoute le nitromolybdate donne un beau précipité jaune serin qui se rassemble aisément; quand cette précipitation a eu lieu, il est nécessaire de réajouter dans le liquide clair une nooTelle dose de nitromolybdate pour s'assurer que tout Tacide phosphorique est bien précipité, ce dont on n*est certain qu'autant que le réactif ne détermine plus à Tébullition la formation d*un nouveau précipité.
Le phosphomolybdate d'ammoniaque n'a pas une composition assez constante pour qu'en le séchant et le pesant on puisse en déduire avec certitude le poids de Tacide phosphorique ; aussi convient-il, quand on a recueiDi le phosphomolybdate sur un flltre, de le dissoudre dans de Tammoniaque, ce qui est très rapide, puis de précipiter Tacide phosphorique redissous, par le chlorure de magnésium dissous dans un excès d'ammoniaque et de chlorhydrate d'ammoniaque; on obtient ainsi du phosphate ammoniaco-magnésien et on termine l'analyse comme il a été dit (p. 143).
Dosage de l'acide phosphoriqne aMimilable. — Les acides minéraux, chlorhydrique ou azotique dissolvent tous les phosphates contenus dans la terre arable, qu'ils soient durs et compacts comme l'apatite, que l'acide phosphorique y soit combiné à la chaux, au sesquioxyde de fer ou à raiamine; par suite, ce dosage n'indique en aucune façon si l'acide phosphorique sera assimilable ou non, si les engrais phosphatés seront efficaces ou inutiles, aussi, a-t-on essayé d'attaquer la terre arable par des réactifs moins énergiques que les acides minéraux, supposant que les phosphates qui entreront en dissolution dans ces réactifs affaiblis auront chance d'être assimilables.
On désigne habituellement sous le nom d'acide phosphorique assimilable celui qui est soluble dans l'acide acétique ou dans le citrate d'ammoniaque ammoniacal; le premier est uni à la chaux ou à la magnésie, ou encore à la potasse, le second peut même être uni à de l'oxyde de fer.
On attaque les terres par l'acide acétique à l'ébullition pendant une heure on à fh>id pendant vingt-quatre, on étend d'eau, on filtre, on évapore, on reprend par de l'acide azotique étendu d*eau et on termine l'analyse comme il a été dit plus haut.
Quand on fait usage du citrate d'ammoniaque ammoniacal, on opère suivant les prescriptions de M. Joulie (voy. 3« partie, Analyse des engrais phosphatés).
Dosage de la potasse. — Le dosage de la potasse de la terre arable est encore mal réglé; les chiffres inscrits aux tableaux des analyses varient entre des limites très étendues, non seulement avec les réactifs employés, mais aussi avec les quantités relatives de terre et de réactifs mis en présence.
Ces incertitudes ont été démontrées avec beaucoup de force par MM. Berthelot et André (1), ils distinguent le dosage de la potasse totale de celui de la potasse attaquable par divers réactifs.
Dosage de la pétasse totale. — On incinère un poids de terre de 15 à ^grammes à basse température dans une capsule de platine, et on mélange avec 4 ou 5 fois son poids de fluorhydrate d'ammoniaque pur, qu'on trouve
■ I) Ann. de chim, et de phys.^ 6* série, t. XV, p. 86.
facilement dans le commerce. On chauffe doucement, sans dépasser la consistance pâteuse. On laisse refroidir, on humecte avec de Tacide sulfurique concentré et Ton chauffe de nouveau, très doucement d'abord, puis, jusqu'à absence de vapeurs acides notables ; comme les vapeurs sont très abondantes et très épaisses, il est bon d'opérer en plein air, ou sous une cheminée à bon tirage. Après refroidissement on humecte fortement avec de Tacide chlorhydrique concentré, on laisse reposer, on ajoute de Teau et on chaufTe doucement. Tout doit se dissoudre après quelque temps. S'il y a un résidu il sera isolé par décantation, séché et repris par le fluorhydrale d'ammoniaque, puis par Facide sulfurique comme il vient d'être dit; s'il reste encore un résidu on procède à une troisième attaque.
La liqueur contient toutes les bases primitivement unies à l'acide siliciqne et aux autres acides, que ceux-ci aient été préexistants dans la terre, produiU pendant l'incinération ou ajoutés pendant les derniers traitements, comme il arrive spécialement pour les acides sulfurique et chlorhydrique.
En poursuivant l'analyse, on se débarrasse des terres et de l'oxyde de fer par l'ammoniaque, de la chaux par l'oxalate d'ammoniaque, on évapore et on calcine, on élimine la magnésie par le carbonate d'ammoniaque, puis l'acide sulfurique par l'acétate de plomb, l'excès de celui-ci par rhydrof<ène sulfuré; puis on évapore avec de Tacide chlorhydrique, on a ainsi les alcalis à l'état de chlorure et on précipite la potasse à l'état de chloroplatine^ on pèse enfin le platine réduit par le formiate de soude ainsi qu'il a été dit page 145.
Le dosage de la potasse totale ne présente pas au reste une grande utilité, mais toutes les autres méthodes laissent dans l'esprit une grande indécision.
En eCTet, en lavant 100 grammes de terre, par exemple, avec des quantités d'eau de plus en plus fortes on obtient des poids de potasse variables avec l'abondance du dissolvant.
En employant un poids d'eau égal à celui de la terre MM. Berthelot et André ont obtenu pour 1 kilogramme de terre : potasse 0*^,0029; avec un poids d'eau 5 fois plus grand que celui de la terre : potasse Ob',030; avec un poids d'eau 10 fois supérieur : potasse 0b'',067; en continuant les lavages on a encore tiré de cette terre : 08'',049 de potasse, puis par un troisième lavage Og*',027.
Naturellement si on substitue à l'eau pure des réactifs neutres et a fortiori acides, la quantité de potasse dissoute croît dans une large mesure, sans donner de renseignements sur la quantité de potasse assimilable qu'il serait important de connaître.
Dans les laboratoires de chimie agricole, on considère généralement comme potasse assimilable dans un temps plus ou moins rapproché celle qui est dissoute par l'eau régale.
On place au bain-marie 10 grammes de terre avec un mélange de 10 grammes d'acide azotique et de 30 grammes d'acide chlorhydrique ajoutés av^^: précaution pour ne pas déterminer une effervescence trop vive ; on évapore à sec lentement, on reprend par Teau bouillante et on filtre.
La liqueur renferme de la chaux, de l'alumine, de l'oxyde de fer, de la magnésie, les alcalis, des acides sulfurique, chlorhydrique et phosphorique, on ajoute un petit excès d'acide sulfurique et on évapore de nouveau à sec pour chasser complètement les acides chlorhydrique et azotique. La matièn^ est dissoute dans l'eau bouillante et on y ajoute de l'eau de bar}'te qui préci-
pite les acides salfariqae et phosphorique, la chaux, la magnésie, Toxyde de fer et la magnésie, de telle sorte qu'en filtrant on a seulement en dissolution de la baryte, de Tammoniaque, de la potasse et de la soude; on fait passer au travers du liquide de Facide carbonique, puis on porte à rébullition et on filtre le carbonate de baryte, on s'assure qu'il ne reste plus de baryte en ajoutant dans une petite portion du liquide un peu de carbonate d'ammoniaque, et on évapore dans une capsule de porcelaine; quand le liquide est déjà concentré, qu il a perdu presque toute l'ammoniaque, on sature par de l'acide chlorhydrique, on évapore à sec et on chauffe doucement pour chasser les dernières traces de chlorhydrate d'ammoniaque, on reprend par une très petite quantité d^eau et on ajoute le chlorure de platine ; on termine l'analyse comme il a été dit plus haut.
§ ii9. — Considérations sur l'analyse chimique de la terre arable.
Cette analyse est bien loin d'être inutile ; cependant il ne faut pas lui en demander plus qu'elle ne peut rendre actuellement ; elle est exécutée aujourd'hui très régulièrement, mais quand le cultivateur se trouve en face des nombres que lui fournissent les analyses, il se trouve encore fort embarrassé pour prendre la résolution d'acquérir ou non certains engrais.
Cet embarras provient : l^de l'indécision où l'on se trouve, de l'épaisseur du sol dans lequel les racines s'étendent et vont puiser leurs aliments et 2^ de rignorance où nous sommes de la quantité des diverses matières qui pourront devenir assimilables pendant la durée de la végétation de la plante cultivée.
Si l'échantillon analysé présente une richesse notable en acide phosphorique ou en potasse, on est conduit à n'ajouter ni engrais phosphatés, ni sels de potasse; si on les répand sur le sol cependant, on reconnaît parfois qu'ils exercent une action manifeste, et en examinant les choses de plus près, on reconnaît par exemple que la terre riche analysée repose sur un sous-sol inerte, de telle sorte que le cube de terre dans laquelle la plante s'alimente est peu considérable et que le poids total des aliments offerts aux racines est minime, d'où cette conclusion que pour arriver aux grands rendements il faut ajouter par les engrais une nouvelle dose de matières alimentaires. C'est parce que les indications fournies parle cultivateur ont été insuffisantes, que dans ce cas l'analyse se trouve en défaut.
Le dosage de Facide phosphorique ou de la potasse sans distinction de la combinaison dans laquelle ces substances sont contenues ne donne pas non plus d'indications qui permettent de décider s'il convient d'acheter ou non des engrais minéraux, car l'acide phosphorique total peut être abondant et l'acide phosphorique assimilable en si faibles proportions, que les superphosphates soient très efficaces.
Pour que les analyses rendent de véritables services, il faudra qu'elles aient été, dans un grand nombre de cas, comparées aux rendements obtenus des champs d'expériences, additionnés ou privés de certains engrais ; quand on aura accumulé pendant plusieurs années des renseignements précis, qu'on saura par exemple qu'un sol d'une épaisseur moyenne qui renferme 1 gramme d'acide phosphorique par kilo, dont 0^',! seulement sont solubles dans l'acide acétique,
bénéficie de l'emploi des superphosphates pour telle ou telle culture, tandis que ces mêmes engrais sont sans efGcacité quand ils sont appliqués sur an sol présentant la même teneur en acide phosphorique total, mais contenant 0^,3 d'acide phosphorique assimilable, on aura un renseignement qui pourra être utilisé ; mais pour que ce renseignement ait pu être obtenu, il a fallu combiner les notions acquises par Tanalyse à celles qu'a fournies le sol lui-même.
La méthode d'analyse du sol par les engrais incomplets est au reste aujourd'hui très répandue, elle est excellente et donne des résultats bien plus sî^rs que lanalyse chimique, telle qu'elle est pratiquée habituellement ; nous aurons occasion en parlant des engrais d'en donner des preuves nombreuses, et nous discuterons, en outre, a^ ec détail quelques-unes de ces questions dans le chapitre suivant.