ÉTUDE DES EAUX DE DRAINAGE
Les expériences précédentes exécutées au laboratoire nous dévoilent que parmi les matières qui servent à l'alimentation des végétaux, quelques-unes se laissent entraîner par les eaux qui circulent dans le sol ; parmi elles se trouve l'acide azotique, forme particulièrement efficace de l'assimilation de l'azote.
Il est manifeste, ainsi qu'il a été dit déjà, que les eaux qui traversent la terre arable s'enfoncent dans le sous-sol quand il est perméable, s'écoulent par les drains quand il est nécessaire de les faire écouler artificiellement, sont chargées de nitrates, et que cet entraînement peut être l'occasion de pertes sérieuses.
11 est donc du plus haut intérêt de compléter les études précédentes sur les propriétés absorbantes des terres arables, par la mesure et l'analyse des eaux de drainage de terres nues ou cultivées, maintenues sans engrais ou au contraire enrichies par diverses fumures de façon à voir quelle est l'étendue des pertes de nitrates qu'occasionne le lavage des terres par les eaux pluviales ; il importe en outre de savoir à quel moment ces pertes sont les plus fortes, et comment on réussit à les éviter.
Ces études ont été poursuivies avec le plus grand zèle par les agronomes anglais :M. Frankland, M. Vœlcker s'en sont occupés d'abord, ensuite MM. Lawes, Gilbert etWarington y ont consacré beaucoup de temps et nous donnerons dans les pages suivantes quelques-uns des résultats numériques obtenus en Angleterre. Nous y ajouterons les déterminations que nous avons exécutées à rÉcole de Grignon dans ces dernières années.
EAUX DE DRAINAGE DES TERRES SANS VÉGÉTATION. 449
§ 140. — Drainage d'une terre sans végétation.
Travaux exécutés à Rothamsted. — Il convient, ainsi qu'il vient d'être dit, de distinguer les résultats fournis par divers sols, suivant qu'ils sont nus ou au contraire couverts de végétaux, ceux-ci apportant une cause pertubatrice puissante, puisque d'une part ils évaporent une fraction notable de l'eau tombée, que par suite, pour une quantité déterminée de pluie, le drainage est diminué, et que de l'autre il» utilisent à leur profit une partie des nitrates formés, qui sont entraînés par l'eau, quand les plantes font défaut.
Cette étude a été conduite avec beaucoup de soins à Rothamsted par MM. Lawes, Gilbert et Warington (1) qui ont construit de g^randes caisses en brique isolant des masses de terre présentant les hauteurs de 50 centimètres dans un cas, 1 mètre et l'^ySO dans les deux autres.
Les observations continuées pendant les dix années 1870-80 ont montré que les quantités d'eau de drainage recueillies variaient avec les saisons et les années dans d'énormes proportions. On a trouvé, en effet, que pour 100 d'eau tombée, on recueillait de 7, 9 à 47,6 pour l'été, avec une moyenne de 26,8; de 39,8 à 80,1 pendant l'hiver avec une moyenne de 61,9 ; enfin de 21,7 à 60^5 pour l'année entière, le drainage étant en moyenne des 43,4 centièmes de la pluie.
Les analyses ci-jointes, dues au D' Frankland, donnent une idée de la composition des eaux de drainage à diverses époques :
Les trois premiers exemples sont relatifs au drainage d'automne après un été sec ; la nitrification très active pendant la saison chaude dans les couches superficielles à laissé ses produits dans le sol jusqu'aux premières pluies ; aussi les eaux de drainage qui en ont résulté se trouvent-elles exceptionnellement riches en nitrates.
Le quatrième échantillon au contraire, recueilli après une saison pluvieuse, ne contient qu'une faible proportion de matières dissoutes, les nitrates, en particulier, y sont beaucoup moins abondants que dans tous les autres lots.
Ainsi que permettait de le prévoir la connaissance des propriétés absorbantes des terres, l'azote se rencontre dans les eaux en
(1) Le mémoire original a paru dans The Jowmal of the royal agricultural Society (1881); M. Maquenne en a donné un résumé très complet dans les volumes VII, p. 429, VIII, p. 264 et 409 des Annales agronomiques.
Chimie agricole. 29
Composition des eaux de drainage de Rothamsted (moyenne des trois caisses de flltration) en grammes par mètre cnbe. Analyses du D' Frankland.