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MANQUE D^ÉPAISSEUR

SOUS les autres, les récoltes de betteraves sont toujours notablement plus faibles danâ les premières que dans les secondes.

Il y a déjà bien des années (1862), j'ai eu occasion d'analyser des terres noires de Russie (i) qui portent indéfiniment des récoltes de blé sans recevoir d'engrais ; en comparant leur composition à celle d'une terre de la Brie, qui n'est fertile qu'autant qu'elle est bien fumée, je ne trouvai ni dans la teneur en azote ni dans celle d'acide phosphique l'explication de leur différence de fertilité; cette différence n'apparut que lorsqu'on tint compte de la profondeur de ces deux terres ; or le tchernoizem a souvent une profondeur de plusieurs mètres, tandis que dans la terre de la Brie considérée on trouvait une couche argileuse à 30 centimètres environ; les nombres par lesquels il convient de multiplier la composition d'un kilogramme pour avoir le stock de matières utiles que présente la surface d'un hectare sont donc très différents les uns des autres, c'est à la suite de cette étude que je suis arrivé à formuler cette proposition : deux terres inégalement fertiles diffèrent souvent plus par leur épaisseur que par leur composition.

C'est encore ce qu'on observe dans la Limagne d'Auvergne ; les terres s'y louent 200 francs l'hectare, bien qu'elles ne fournissent que des récoltes moyennes de 25 à 30**^" de blé et de 25 à 30 tonnes de betteraves ; à l'analyse, elles ne montrent pas une richesse excessive, mais la couche est d'une telle épaisseur, que les plantes y trouvent une alimentation suffisante, quand bien même on ne fait aucune dépense d'engrais. Le prix de location n'est très élevé, que parce qu'il comprend en quelque sorte le prix habituel des fumures.

Ce point étant acquis, une terre n'étant fertile, capable de porter de grandes récoltes, qu'autant que les racines peuvent s'enfoncer dans un puissant cube de terre, il reste à savoir comment cette épaisseur peut être augmentée ; il est visible qu'elle ne peut l'être qu'en incorporant à la couche arable une partie du sous-sol, ou en faisant arriver à la surface une nouvelle couche de terre ; sur les plateaux, la première méthode s'impose ; elle a été mise en pratique dans tous les pays où s'est introduite la culture de la betterave, qui exige un sol profond ; pour augmenter l'épaisseur du sol actif on a construit des charrues puissantes remuant un cube de terre considérable.

(t) Bulletin de la Société chimique^ p. 8, 1«' fascicule.

478 STÉRILITÉ DES TERRES ARAIïLES.

Si le défoncement, rameublissement du sous-sol est toujours avantageux, Tincorporation du sous-sol au sol actif, par le travail d'une puissante charrue, ne doit pas être entrepris sans précautions, particulièrement quand il s'agit de l'incorporation d'un sous-sol argileux à une terre enrichie depuis de longues années par les apports d'engrais; il est facile d'en concevoir la raison, quand on se rappelle ce qui a été dit sur les propriétés absorbantes des terres arables; ces propriétés absorbantes entrent en jeu sur certaines matières, ammoniaque, acide phosphorique, potasse et les enlèvent à l'eau qui les tient en dissolution, cette absorption n'est pas cependant indéfinie, nous avons vu (page 433) qu'il se fait un partage entre l'eau et la terre ; celle-ci se sature, les affinités capillaires s'affaiblissent à mesure qu'elles sont satisfaites. Les cultivateurs savent très bien en effet que les engrais, distribués à un sol argileux, n'exercent pas dans les premières années tout l'effet qu'on est en droit d'en attendre ; ce n'est que lorsque les propriétés absorbantes ont épuisé leur action que l'influence des engrais devient sensible. Or, quand on incorpore au sol de nouvelles couches, leurs propriétés absorbantes entrent en jeu, disputent à l'eau, aux racines les principes utiles et le premier effet peut être fâcheux, si on n'a pas employé un supplément d'engrais suffisant pour assurer à la fois la saturation des propriétés absorbantes et l'alimentation des végétaux.

Dans les vallées, on procède parfois autrement à l'augmentatiou de puissance de la couche arable, on y applique le colmatage, opération à l'aide de laquelle on laisse les eaux limoneuses assez longtemps en repos sur un sol, pour qu'elles lui abandonnent les terres meubles qu'elles ont arrachées dans leur cours supérieur; l'exemple le plus remarquable de colmatage qu'on puisse citer est celui de la vallée du Nil. M. Houzeau a trouvé dans le limon que dépose le fleuve O^^S d'azote par kilogr; j'y ai dosé moi-même 2^', 30 d'acide phosphorique, on conçoit que l'apport annuel d'une couche de ce limon dispense dé l'emploi des engrais.

Nos rivières de France charrient une quantité considérable de limons, ces quantités sont évaluées à des nombres très différents par divers auteurs : tandis qu'Hervé Mangon estimait que la Durance transporte annuellement 17 millions de tonnes de matières solides (1), Barrai, rédacteur des rapports sur lesirrigations dans les

(I) Ex^xhuenres sur les limotis.

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