QUANTITÉS A EMPLOYER
leurs (Sainclair, Boussingault ) ne fussent très exagérées; j'ai employé une fois 100 hectolitres à Theclare^ sans en obtenir plus d'effet qu*en répandant des doses moindres.
Quand on veut modifier des terres tourbeuses, il faut les assainir par des fossés, toutes les fois que cela est possible, puis chauler à haute dose, 30, 40 hectolitres de chaux produisent un bon effets avant de se lancer dans Tacquisilion de plus fortes quantités, il faut voir si la plus-value des récolles autorise les dépenses qu'occasionne le chantage à haute dose : l'hectolitre de chaux en place revient au moins à 3 francs, il faut donc calculer si l'amélioralion obtenue couvre la dépense.
Marne. — Le marnage est généralement pratiqué à l'aide de marne provenant du sol même à amender; quand on est éloigné des marnières, que le transport occasionne des dépenses sérieuses, il est habituellement plus avantageux d'acquérir de la chaux qui étant employée sous un poids moindre, peul être amenée sur les champs à meilleur marché.
Laplupartdes cultivateurs marnent à haute dose et pour un grand nombre d'années, on distribue de 20 à 40 mètres cubes pour quinze ou vingt ans; ces proportions varient naturellement avec la composition de la marne, la facilité avec laquelle elle se délite, et enfin avec la composition du sol lui-même. Les cultivateurs avisés ne doivent pas s'engager dans les marnages coûteux avant de constater quels bénéfices on en peut tirer ; le mieux est toujours d'essayer sur des surfaces de médiocre étendue, sur lesquelles on marne à des doses différentes. On calcule quel bénéfice on tire de chacune de ces opérations et on se décide ainsi en connaissance de cause.
Ce qu'on doit toujours prendre comme règle, c'est l'aspect de la végétation ; si on voit qu'après un marnage à forte dose, les plantes deviennent vigoureuses, si le trèfle notamment est puissant^ on a la preuve que la quantité de marne employée est suffisante ; s'il est languissant, si on le voit disparaître par place, c'est que la dose employée est trop faible. D'une façon générale, il est plus avantageux de répandre fréquemment des doses moyennes de marne, plutôt que d'employer en une seule fois des doses considérables qui doivent exercer leur action pendant un long espace de temps.
§ 160. — Inconvénients des amendements calcaires. Un proverbe dit : la marne enrichit le père et ruine les enfants.
Celle parole, comme presque tous les proverbes agricoles, résume de nombreuses observations, el parail présenter un fond de vérité. Les cul li valeur s de la Mayenne ont employé depuis soixante ans de grandes quantités de chaux et se plaignaient déjà, il y a trente ans, de Tépuisement de leur sol. — Le trèfle ne vient plus est une phrase répétée à plusieurs reprises dans la déposition que fait, à la commission des Engrais Industriels, M. Moreul, directeur de ferme-école dans la Mayenne (i).
n ajoutait : « Quand on a employé la chaux sur des terrains acides, humides, chargés de débris végétaux, on en a obtenu des résultats admirables, et on a dit que la chaux est le meilleur des engrais. On s'est livré avec ardeur & la culture du trèfle et notamment de la graine : » le trèfle couvrait le sol pendant dix-huit mois sur trois ans, on vendait la graine, la moitié des fortunes du pays venait de la graine de trèfle, mais maintenant cette culture est perdue.
Il n'est pas impossible de saisir la raison de cet épuisement du sol par des chaulages répétés ; les terres acides ne nitrifient pas, Tazote s'y accumule, aussitôt que la chaux arrive, la nitrification peut s'établir, et par suite la terre devient très productive, mais du même coup s'épuise non seulement des nitrates utilisés par les plantes, mais aussi de ceux qui s'infiltrent dans Jes eaux souterraines.
L'épuisement en azote d'une terre chaulée est donc facile à concevoir. Nous avons vu de plus, par l'exemple du champ d'expériences de Grignon, que la matière carbonée disparaît encore plus vite que la matière azotée, et on conçoit que l'humus se brûle rapidement dans la terre chaulée et que bientôt la terre n'en contienne plus une proportion suffisante pour nourrir une abondante récolte de trèfle.
Il est manifeste que ces effets fâcheux ne se produiraient pas, si les chaulages étaient accompagnés de fumures suffisantes ; dans la Mayenne les chaulages étaient copieux, les fumures rares, il n'est pas extraordinaire qu'on soit arrivé à l'épuisement.
Toutes les fois au contraire que les chaulages ont été accompagnés de bonnes fumures, qu'ils n'ont pas été exagérés, ils ont produit d'excellents effets; les cultivateurs avisés trouvent à l'emploi de la chaux de grands avantages et ils ne doivent pas
J) Imprimerie impériale, 1865.