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FACILITE DU TRAVAIL DES TERRES EN JACHÈRE

servée pendant des siècles, it fallait qu'elle eût quelques avantages qu'il est intéressant d'indiquer.

§ 164. — La JACHÈRE FACIUTE LE TRAVAIL DU SOL.

Nous avons insisté dans la seconde partie de cet ouvrage (chapitre II) sur l'importance que présente pour la réussite des cultures un très bon travail du sol, nous savons qu'il doit être en quelque sorte pulvérisé par les instruments, pour que l'air et l'eau le pénètrent aisément, qu'il faut en outre, que tassée par les rouleaux, la terre soit continue. Or, toutes les saisons ne sont pas convenables pour exécuter les travaux et dès l'antiquité les cultivateurs ont observé que le labour inopportun d'une terre forte, la gâte, parfois pour plusieurs années; les mottes durcies, lissées par la charrue restent entières si elles ne sont pas exposées à une forte gelée, et les herses et les rouleaux sont quelquefois impuissants à les briser; or, dans le mode de culture sans jachère, les récoltes se succèdent si rapidement qu'on ne peut choisir le moment opportun pour travailler le sol, tandis que lorsque la jachère revient périodiquement, on peut labourer aux époques où la terre se prête bien à un travail soigné.

Les avantages que présentent ces labours en temps opportun sont tels, notamment pour les terres fortes, qu'en Angleterre, à deux reprises différentes, on a préconisé la culture avec jachère, mais sans engrais, prétendant les remplacer par des travaux très soignés : au siècle dernier Jethro TuU vantait cette méthode et plus récemment en 1849, le pasteur Smith, qui cultivait à Lois Yeedon, préconisait encore un nouveau système de culture du blé sur jachère, sans engrais.

11 annonçait que les cultivateurs qui suivraient sa méthode obtiendraient un profit de 100 à 150 francs par hectare. Ce système fit grand bruit : il consistait à diviser le champ cultivé, en un certain nombre de bandes parallèles d*une faible largeur, emblavées pendant une année, puis laissées en jachère pour être remises en culture après une année de repos. Si, pour faire mieux comprendre le système de Lois Veedon, nous supposons que toutes les bandes soient numérotées, nous dirons que pendant Tannée courante, par exemple, toutes les bandes paires seront en blé, tandis que les bandes impaires resteront en jachère, recevront de nombreuses façons et seront parfaitement ameublies : à l'automne ces bandes bien travaillées seront ensemencées de blé, tandis que les bandes paires resteront en jachère pendant toute Tannée suivante et ainsi de suite.

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Les nombreux visiteurs qu^attira à Lois Veedon l'annonce des résultats obtenus par le R. Smith constatèrent qu'il n'avait rien exagéré et qu'il montrait des récoltes justifiant son système; quand cependant on essaya de mettre en pratique ailleurs, le mode de culture réalisé à Lois Veedon, on échoua la plupart du temps.

Parmi les agronomes qui répétèrent ces expériences, il faut citer MM. Lawes et Gilbert qui ont consacré un mémoire important à Texamen de ce sytèmeil). Les expériences comparatives furent continuées àRothamsted pendant quatre ans. Aux parcelles cultivées parle procédé du R. Smith s'en trouvaient jointes: une autre, qui fut emblavée en froment pendant les quatre ans, sans jamais passer par la jachère, puis une troisième qui porta du blé la première année, resta en jachère sur toute son étendue pendant la seconde année et donna encore du blé pendant la troisième et la quatrième année.

Le résultat ne fut pas favorable au système de Lois Veedon, car une surface déterminée prise dans les bandes alternativement cultivées et laissées en jachère ne donna pas un rendement supérieur à celui qu*on obtint de la même surface du sol constamment emblavé. L'influence de la jachère étendue à un plus grand espace fut cependant bien sensible, car la parcelle restée en repos complet pendant toute une année, donna une récolte bien supérieure à celle des terres cultivées par la méthode du Rév. Smith et à celle qui était restée constamment emblavée ; elle ne conserva pas au reste cette fertilité exceptionnelle et à la quatrième récolte, elle ne donna plus qu'un produit semblable à celui que fournit la terre qui n'avait cessé de produire.

L'exposé de ces essais n'a plus qu'un intérêt historique, ils démontrent qu'un des avantages de la jachère est de permettre un très bon travail du sol, ils font voir que les façons répétées peuvent jusqu'à un certain point compenser la pénurie d'engrais, en déterminant une nitrification abondante des réserves azotées du sol ; ils permettent par suite de comprendre comment nos prédécesseurs, souffrant habituellement du manque d'engrais , trouvaient un avantage à conserver la jachère; si cependant cette pratique navait pas d'autres avantages, elle n'aurait plus pour notre agriculture mieux pourvue de matières fertilisantes qu'une très faible utilité, mais elle présente d'autres avantages sur lesquels il convient d'insister.

§165. — La jachère permet la destruction des plantes adventices.

On sait que l'ancien assolement triennal ne comprenait que la culture des céréales. Au moment où A. Young voyage en France, pendant la Révolution, les cultivateurs qu'il entretient ne lui font

(1) The Journal of the royal agricuUural Society of England, vol. XVII, p. 2, 18ô6. Voyez aussi la traduction qu'a donnée M. Rouna des expériences de Rotbamsted.

DESTRUCTION DES PLANTES ADVENTIVES. o51

qu'une question, pour juger de la valeur des pratiques qu'il préconise, ils répètent : « Est-ce bon pour le blé?» C'était là la culture par excellence; l'avoine arrivait l'année suivante, après le blé ; on laissait croître dans les chaumes d'avoine les mauvaises herbes qui servaient à Talimenlatien du bétail, car la vaine pâture était partout établie (1), le sol se couvrait donc de plantes adventices, et si on n'avait procédé à leur destruction pendant l'année de jachère, les rendements auraient diminué dans une énorme proportion. A Grignon, j'ai essayé la culture continue de l'avoine, elle a duré huit ans, mais pendant les deux dernières années les rendements sont tombés à 14 quint, et 11 quint, de grain à l'hectare ; les parcelles fumées n'étaient pas meilleures que celles qui n'avaient pas reçu d'engrais, l'avoine y était étouffée par le développement exubérant des mauvaises herbes devenues d'autant plus vigoureuses que le sol était plus riche; en 1883, on changea l'avoine de place elle rendement avec la même variété remonta à 28 quintaux.

Cet exemple montre très bien que la culture continue des céréales ne pouvait être fructueuse qu'autant que le sol travaillé pendant Tété était débarrassé de toutes les plantes adventices qu'il portait, enfouies par la charrue elles apportaient au sol un maigre supplément d'engrais. Aujourd'hui la jachère est abandonnée partout où s'est introduite la culture des plantes sarclées : betteraves, pommes de terre ; il est toujours possible pendant l'été de pénétrer dans les cultures et d'y détruire les mauvaises herbes,. et bien que dans le Nord et le Pas-de-Calais la terre ne soit jamais en jachère, les cultures sont absolument propres, tant les sarclages sont faits avec soin.

Dans le Midi la culture du maïs fort espacé, remplace celle des racines, les sarclages y sont toujours possibles, par suite la jachère n*y est plus nécessaire pour se débarrasser des plantes adventices.

§166. — Influence qu'exerce là jachère sur l'enrichissement du sol.

L'introduction des plantes sarclées, l'habitude qu'on a prise d'enlever les plantes adventices, non seulement dans les betteraves ou les pommes de terre, mais même dans le blé qu'on cultive souvent à grand intervalle pour que les binages soient faciles, permettent donc d'avoir des cultures propres sans jachère, mais il convient

{1} Voyez Ann, agron.f t. XVII, p. 338, un très intéressant article de M. Boiret.

d'examiner si pendant qu'elle reste toute une année exposée à l'action des agents atmosphériques, la terre ne profite pas des apports d'azote atmosphérique en quantités telles que la pratique de la jachère doive être conservée partout où le cultivateur est dans une situation telle que les achats d'engrais lui sont interdits, et bien que nous ayons déjà traité ce sujet dans la seconde partie de cet ouvrage (page 498) nous y reviendrons rapidement.

Gains d'azote. Ammoniaque et acide azotique des eaux météoriques. Fixation d'azote libre. — Au moment où les agronomes se refusaient à croire que Tazote atmosphérique pût intervenir dans les phénomènes de végétation, ils ont étudié avec beaucoup de zèle les eaux météoriques, espérant y trouver des proportions suffisantes d'ammoniaque et d'acide azotique pour expliquer la persistance de la végétation dans les forêts, les prairies et même le maintien de la fertilité des terres soumises aux assolements réguliers dans lesquels, l'azote des récoltes surpasse celui des engrais (voy. page 123, 492 et suivantes).

Nous avons rapporté déjà page 122 quelques-uns des nombres trouvés récemment pour les régions tropicales ; les chiffres relatifs aux climats tempérés sont plus faibles. Boussingault calculait qu'en Alsace, où la hauteur de pluie est de 680 millimètres, les 6,080 mètres cubes déversés annuellement sur la surface d 'un hectare lui apportaient 2*", 300 d'ammoniaque et 3*", 4 d'azote nitrique ou 5^'^7 pour une année : à Rothamsted la pluie est plus abondante, on trouve qu'elle apporte de 6 à 8 kilogrammes d'azote ammoniacal et seulement 0''",8 d'azote nitrique ; on a calculé en moyenne pour les deux années : 1855-56 : 8''", 08 d'azote total. A la station agronomique d'Ida Marienhutte, M. Bretschneider a déterminé la composition de l'eau de pluie pendant six ans, il a trouvé comme moyenne pour l'azote combiné H'^\12 avec un minimum de 7*", 68 et un maximum de 14'^'^!. Ces recherches ont très été multipliées ; elles conduisent à cetteconclusion que les quantités d^ azote combiné que le sol reçoit des eaux météoriques est faible et tout à fait insuffisant pour qu'on puisse en tirer des arguments favorables au maintien de la jachère.

Nous avons également rappelé un travail très étendu de M. Schlœsing, dans lequel il discute TinQuence que peut avoir sur la végétation et sur la terre arable, l'ammoniaque exhalée de l'eau de la mer. Ce sujet est traité avec tout le développement qu'il comporte dans le dixième volume de l'Encyclopédie chimique de

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