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PERTES ET GAINS D*AZOTE DES TERRES EN JACHÈRE

M. Frémy, dans un fascicule intitulé Contribution à Cétude de la chimie agricole et nous y renvoyons le lecteur.

En résumé, il ne me semble pas que Tammoniaque atmosphérique exerce une influence bien sensible sur renrichissement du sol.

En est-il de même des gains d^azote libre qui d'après M. Berthelot se produisent dans les terres nues ; nous avons indiqué page 493 que ces fixations d'azote sont assez notables et on pourrait y trouver un argument en faveur du maintien de la jachère, si on n'avait à tenir compte des pertes que subissent les terres sans végétation.

Pertes d'azote d'un sol dénudé. — Une terre exposée à l'action de Tair perd ou gagne de l'ammoniaque suivant les conditions dans lesquelles elle est placée, un ancien proverbe dit que la neige engraisse le sol, une observation de Boussingault tendait à montrer qu'il n'est pas dénué de vérité; cet illustre agronome a déterminé la quantité d'ammoniaque contenue dans la neige qui avait séjourné quelque temps sur une terrasse et celle qui avait ^ié ramassée sur une plate-bande de jardin quelques jours après sa chute, il a dosé :

AmmonUque par litre.

Eau de la neige ramassée sur la terrasse 1™'»"»'*,78

— ramassée sur la plate-bande de

jardin 10»"»»%34

« Il me semble de la dernière évidence, ajoute Boussingault, que l'ammoniaque trouvée en si grande proportion dans la neige du jardin provenait pour la plus grande partie des vapeurs émanant du sol.»

Ces pertes d'ammoniaque sont toutefois minimes comparées à celles qu'amène l'entraînement des nitrates par les eaux de drainage; celui-ci occasionne une déperdition si énorme que pour l'éviter, il convient, ainsi qu'il a été dit déjà, de semer à l'automne une plante à évolution rapide destinée à les retenir.

On voit donc que si d*une part la terre exposée sans végétation à Faction de l'air peut gagner :

l"" De petites quantités d'ammoniaque ou d'acide azotique amenées par les eaux météoriques ou contenues dans l'atmosphère ;

2^ De Tazote atmosphérique fixé par les micro-organismes suivant la manière de voir proposée par M. Berthelot.

Elle est soumise d'autre part à une déperdition considérable d'azote combiné, due à la nitrification et à l'entraînement des nitrates dans les eaux de drainage.

Quelle est celle de ces deux influences qui domine, c'est là ce qu'il faudrait savoir pour qu'en se bornant à ce seul point de vue on put condamner ou au contraire préconiser le jachère.

Cette question n'est probablement pas susceptible d'une solution générale ; il convient au contraire de distinguer deux conditions dilBFérentes.

Si la terre a été enrichie par de nombreuses fumures, elle ne ^ gagne pas d'azote libre (Berthelot, Schœsing). J'ai montré d'autre part que dans ces terres les déperditions surpassaient beaucoup les prélèvements des récoltes, sans doute parce que la nitrification était très active ; dans ces conditions, il est manifeste que la jachère est déplorable, aussi est-elle absolument disparue des sols soumis à la culture dite intensive. 11 n'en est plus ainsi pour les terres maigres, pauvres, mal fumées, ce sont ces terres qui fixent l'azote atmosphérique ainsi que l'a observé M. Berthelot, ainsi que je l'ai constaté également à l'école de Grignon, puisque c'est seulement quand elles ont été appauvries, que les terres du champ d'expériences ont commencé à récupérer l'azote qu'elles avaient perdu pendant les premières années ; les pertes par nitrification s'y atténuent et il est possible que dans ces conditions les terres en jachère nue s'enrichissent.

Très habituellement en outre, la terre ne reste pas absolument dénudée pendant l'année où elle n'est pas régulièrement emblavée; des plantes adventices s'y développent, elles retiennent les nitrates, et au moment des grands labours, elles contribuent à l'enrichissement du sol ; c'est ainsi notamment que les choses se passent en Algérie, en Tunisie, et partout où la terre est abondante et la population rare. Dans ces régions, une terre est cultivée pendant une ou deux années, puis abandonnée, elle se couvre d'une maigre végétation qui peu à peu lui donne une teneur en humus suffisante pour alimenter de faibles récoltes; mais en réalité, cette terre n'est plus en jachère, c'est une steppe verdoyante au printemps, brûlée pendant l'été, qui ne nourrit les troupeaux des nomades qu'à la condition qu'ils auront de vastes espaces à parcourir, et si de semblables méthodes de culture conviennent aux contrées pauvres où l'étendue des espaces cultivées compense la faiblesse des rendements, si dans ces conditions, la jachère peut durer, elle n'a plus de raison d'être dans nos sols qui reçoivent de copieuses fumures.

DÉFINITION DE L'ÉCOBUAGE. 555

ÉCOBUAGE.

On désigne sous le nom d'écobuage une opération qui a pour but de modifier les propriétés physiques du sol arable par l'action d^une température élevée et en même temps de débarrasser le sol des végétaux qu'il porte ou des débris qu'ils y ont laissés. Ce dernier résultat est le plus important à obtenir et Ton applique particulièrement Técobuage aux vieilles prairies infestées de mousses, aux friches couvertes de plantes vivaces difficiles à extirper, gènets, ajoncs et bruyères. Dans les pays chauds, on brûle aussi quelque temps avant la saison des pluies, les pâturages chargés d'herbes dures et sèches ; au moment où la pluie arrive, les graminées repartent du pied, qui n'a pas été détruit et une herbe verte et tendre remplace celle qui ne pouvait plus être consommée par le bétail. Cette pratique est au reste fort dangereuse, bien souvent la flamme se communique aux forêts, ou plutôt aux taillis et aux broussailles qui la plupart du temps en Algérie et en Tunisie sont désignés bien à tort sous le nom de forêts, donnant aux personnes qui ne les ont pas parcourus Tidée fausse qu'elles exercent sur le climat une action semblable à celle de nos grands bois du Nord, impénétrables aux rayons du soleil où règne toujours une fraîcheur inconnue dans les massifs algériens.

L'écobuage a surtout pour but ainsi qu'il a été dit de modifier la constitution physique du sol, on ne pourrait y réussir par un simple brûlis, et l'opération exige un découpage du sol en plaquettes au moyen d'un écobiie^ sorte de bêche légèrement courbée plus large au tranchant qu'à la douille et à laquelle est adapté à 45 centimètres, un manche de bois. Les plaquettes de terre dressées les unes contre les autres se dessèchent peu à peu; elles sont alors disposées en forme de pain de sucre, les plantes en dedans autour de menu bois auquel on met le feu; les racines, les tiges sèches brûlent, l'argile se durcit en prenant une consistance analogue à celle de la brique et le tout est répandu sur le sol.

Nous avons insisté dans les premiers chapitres de la seconde partie de cet ouvrage sur les différences de propriétés physiques que présentent les terres argileuses et les terres siliceuses ; nous avons reconnu en même temps qu'il était à peu près impossible de changer la nature physique d'un sol sans s'engager dans des dépenses hors de toute proportion avec les avantages à obtenir;

556 ÉCOBUAGE.

Técobuage permet cependant d'accomplir dans une certaine mesure ces modifications. Si le feu n'exerce pas grande action sur le sable, il n'en est plus de même pour Targile. Quand celle-ci est calcinée, elle change complètement de nature : au lieu d'être plastique, tenace, de conserver l'eau, d'être froide, elle acquiert toutes les propriétés du sable; elle est cassante, se pulvérise aisément, l'eau la traverse sans difficulté, et l'on conçoit sans peine qu'une terre très argileuse pourra être modifiée heureusement par l'écobuage, puisque celui-ci aura pour effet de tempérer, par l'adjonction d'une matière analogue au sable, les propriétés trop dominantes de Targile.

Les travaux de MM. Huxtable, Thompson, Way et Brustlein, nous ont montré que les terres possédaient la propriété importante de retenir certains principes des engrais; l'ammoniaque, les phosphates, la potasse, sont absorbés par certains sols, qui les enlèvent aux dissolutions avec lesquelles ils sont en contact. (Voyez dans la 2" partie, chapitre v : les propriétés absorbantes des terres arables). Mais si nous comparons, dans les tableaux auxquels nous renvoyons le lecteur, les propriétés absorbantes des terres argileuses à celles des terres siliceuses, nous reconnaissons de grandes différences : celles-ci, bien plus facilement que celles-là, laissent filtrer les principes des engrais. Or, nous avons reconnu que les plantes prennent souvent leurs aliments dans des dissolutions, et nous comprenons que si l'eau qui baigne leurs racines est privée, par l'action de la terre, d'une partie des principes qu'elle tient en dissolution, la plante pourra souffrir. Il s'établit ainsi qu'il a été dit déjà, une sorte de lutte entre les propriétés absorbantes de la terre et l'action dissolvante de l'eau : dans les terres argileuses, les propriétés absorbantes sont très puissantes, et les agriculteurs savent que lorsqu'ils amènent, par des labours profonds^ des sous-sols argileux à la surface, il faut forcer la dose d'engrais pour que les propriétés absorbantes des argiles étant satisfaites, l'effet des fumures se fasse sentir. D en est tout autrement avec les terres riches en sable, et Ton conçoit que, si l'on prive une partie de l'argile de ces propriétés absorbantes par la calcination, si on l'amène par l'écobuage à partager les propriétés du sable, on puisse faire prédominer l'action dissolvante de l'eau, et suppléer dans une certaine mesure à l'abondance des engrais en facilitant la dissolution de leurs principes solubles.

IRRIGATIOiNS. 557

Comment se détruisent les propriétés absorbantes des argiles par la calcination? C'est d'une part par la destruction de Thumus; c'est en outre parle changement d'état de Targile qui perd la forme colloïdale sous laquelle il retient très aisément l'eau et les matières dissoutes, pour se convertir en une matière poreuse analogue au sable. Cette porosité favorise singulièrement l'action de Tair. Or, si les plantes ne prennent pas seulement leurs aliments azotés dans les nitrates et dans les sels ammoniacaux, mais aussi dans certains principes azotocarbonés plus complexes, on conçoit combien il peut être avantageux de favoriser l'accès de Fair, qui métamorphose les matières noires insolubles en principes assimilables.

L'écobuage a non seulement enfin pour effet de modifier les propriétés physiques du sol, il l'enrichit, en outre, des sels contenus dans les plantes brûlées.

La pratique de l'écobuage, beaucoup plus répandue dans les contrées peu peuplées que dans notre pays, est déjà fort ancienne, puisque Virgile la mentionne [Géorgiques, I, 84).

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