IRRIGATIONS EN FRANCE
Le système suivi est tout à fait différent de celui qui est pratiqué dans le Midi, Teau d'arrosage est chargée d'apporter aux plantes les matières alimentaires qu'elles consomment, on n'emploie pas d'engrais. L'épandage de ces grandes quantités d'eau exige des surfaces parfaitement planes ; l'irrigation par planche en ados est rarement usitée, on établit dans les vallées des rigoles à faible pente, d'assez forte dimension et parallèles entre elles. L'intervalle entre ces rigoles principales s'arrose par des émissaires en épis partant de la rigole principale et émettant des branches latérales qui déversent l'eau sur tous les points de la prairie.
Jamais les animaux ne sont tolérés dans les prairies irriguées. On est très jaloux de conserver des surfaces parfaitement unies et des rigoles de distribution en bon état de fonctionnement, qui seraient partiellement détruits par le piétinement des animaux.
On constate souvent dans les Vosges des rendements en foin s'élevant à 7,500 kilogrammes de foin par hectare, mais souvent aussi les rendements sont plus faibles et il est probable que si on ajoutait aux eaux d'arrosage des fumures de nitrate de soude et de superphosphates, l'augmentation de rendement couvrirait largement la dépense (1).
§ 173. — Irrigations dans la France centrale.
Au nord de la Loire, les irrigations ne sont pratiquées que dans les vallées, où l'eau est abondante, où les travaux d'amenée sont peu dispendieux; les quantités d'eau employées sont souvent excessives et les prés couverts de lèches, de joncs, des mauvaises graminées des terrains marécageux. J'ai eu occasion de voir dans la vallée de l'Avre (Eure) des prairies récemment achetées par la Ville de Paris, irriguées avec une extrême abondance et ne fournissant qu'un foin de mauvaise qualité, l'écoulement des eaux d'irrigation n'étant pas assuré.
C'est également ce qu'on observe en Limousin : l'irrigation est très bien entendue, mais l'assainissement laisse encore à désirer. Les irrigations se font surtout en février, mars et avril, et sont continuées toutes les fois qu'on le peut, après l'enlèvement des foins; l'eau dans la plupart des cas provient de sources, elle
(1) Hervé Mangon a consacré à l'étude des prairies des Vosges un mémoire important intitulé : Expériences sur l'emploi des eaux dans des irrigations sous différents climats. Dunod, 1863. — Voyez aussi Chevandier et Salvétat, Ann. de chim. et de phys.j tome XXXIV, 3« série, et un mémoire de Boitel, Ann, agron., tome VU, p. 32.
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est recueillie dans uo réservoir improprement appelé pêcherie que Ton peut vider à volonté. Des rigoles peu profondes à faible pente, suivant toutes les ondulations du terrain, répartissent Teau s'échappant du réservoir sur tous les points du pré qu'elle humecte et par infiltration et par déversement. C'est à l'aide d'une simple motte de gazon posée au travers de la rigole et déplacée à volonté qu'on dirige les eaux sur les différentes parties et qu'on provoque le déversement ; dans les parties hautes des prairies très ondulées, nombreuses dans la Haute-Vienne, l'assainissement est assuré, mais il n'en est plus de même dans les fonds, on y laisse souvent séjourner les eaux, aussi -les joncs et les carex s'emparent du sol et font disparaître les bonnes plantes de la prairie.
Les irrigations des prairies dans les parties hautes du Puy-de- Dôme sont conduites d'une façon analogue, les eaux sont abondantes, l'écoulement facile et le foin de bonne qualité.
Dans la vallée de la Saône, l'irrigation habilement conduite a quintuplé la valeur du sol, elle l'a décuplée dans certaines landes de Bretagne. En Sologne les prairies non arrosées donnent de 1,600 à 2,000 kilogrammes de foin par hectare; avec l'irrigalioD leur rendement s'élève de 5,000 à 8,000 kilogrammes. L'assainissement des parties marécageuses par des fossés d^écoulement conduisant les eaux dans des étangs a permis parfois dans cette contrée des irrigations particulièrement avantageuses, quand Teau est chargée de chaux qu'on place dans les rigoles d'écoulement où elle est entraînée peu à peu (1).
§ 174. — Irrigations à l'étranger.
Italie. Marcites. — Lltalie septentrionale, bordée au Nord par la haute chaîne des Alpes dont les eaux descendent dans la vallée du Pô par une multitude de cours d'eau, est un des pays du monde où l'irrigation est le mieux entendue. Les premiers canaux d'irrigation dérivés du Tessin et de l'Adda remontent aux douzième et treizième siècles.
Les irrigations s'étendent en Piémont sur 15,20 p. 100 de la surface totale ; la province de Novare la mieux partagée a 28,78 p. 100 de son territoire soumis à l'irrigation, c'est aussi lapro-
(I) L'irrigation delà Sologne n'est pas impossible : de Fourcy, ingénieur des mines, qui a levé la carte géologique du Loiret, pense qu'en utilisant d'une part les grands cours d'eau qui la traversent, de l'autre les ruisseaux, on pourrait l'établir sur un grand nombre de points. [Études sur laSologne^ par M. Masure, Orléans, 1870.)