SECONDE SECTION ENGRAIS
§ 176. — Définition de l'engrais.
De tous les procédés que possède le cultivateur pour augmenter ses récoltes, l'emploi de l'engrais est le plus rapide, le plus facile et souvent le plus efficace, mais aussi celui qui le plus facilement conduit à des perles si l'engrais est répandu naal à propos ou en trop grande proportion; toujours son acquisition, très souvent sa production représentent une dépense, si elle n'est pas couverte par une ou plusieurs augmentations de récoltes d'une valeur égale ou supérieure à la somme déboursée, l'opération est mauvaise.
11 convient donc d'étudier les engrais avec le plus grand soin, de nous pénétrer de cette idée qu'autant leur emploi judicieux est avantageux, autant leur épandage inutile est onéreux.
Cherchons d'abord à définir nettement la qualité que doit présenter une matière pour être un engrais.
J'ai proposé depuis longtemps (1867) une définition qui a été généralement acceptée, j'ai défini l'engrais : la matière utile à la plante^ qui manque au soi.
Cette définition comprend deux termes qu'il convient de discuter séparément :
L'engrais est la matière utile à la plante. — Une matière n'est un engrais qu'à la condition de pénétrer dans la plante, d'être assimilée, de rendre cette plante assez vigoureuse pour qu'à la maturité elle ait élaboré un poids de matière végétale plus fort que si cette matière avait fait défaut.
Pour que la matière soit utile, il faut d'abord, ainsi qu'il vient d'être dit, qu'elle soit assimilée, et tout d'abord nous sommes arrêtés par l'ignorance où nous sommes encore des méthodes à em-
ployer pour savoir si une matière est assimilable ou ne Test pas. En effet, une matière peut être soluble et n*ètre pas assimilable, tel est le cas du sel marin, qui bien que soluble ne pénètre pas dans la plante, qui très habituellement ne présente pas de soude dans ses cendres (§ 38).
Non seulement toutes les matières solubles sont bien loin d'être toutes assimilables, mais en outre, toutes les matières insolubles sont bien loin d'être inutiles, car elles peuvent être solubilisées soit par suite des réactions qui se produisent dans le sol, soit par l'action qu'exercent les sucs acides des racines sur les matières insolubles.
L'acide phosphorique dit rétrogradé, qui après avoir été dissous par les acides a contracté de nouvelles combinaisons qui l'ont rendu de nouveau insoluble, est cependant assimilable. Il le devient, soit par les réactions qui se produisent dans le sol même, en dehors de toute action des végétaux, par l'acide carbonique provenant des combustions lentes déterminées par les microorganismes qui pullulent dans le sol, soit par les réactions qui s'établissent entre les diverses matières que le sol renferme : par échange de bases notamment, et on conçoit dès lors que telle substance utilisable dans un sol parce qu'elle y devient soluble cesse de l'être dans un autre où cette solubilité ne se produit pas; c'est ce que l'expérience a enseigné nettement: les poudres de' nodules sont employées avec avantage sur les terres de défrichement, elles n'exercent qu'une action nulle ou très lente sur nombre de sols anciennement cultivés où les superphosphates font merveille.
La matière insoluble peut être dissoute, puis assimilée, par l'action qu'exercent sur elle les sucs acides des racines. Nous avons rappelé dans le cours de cet ouvrage (page 271) qu'il est facile de voir les ramifications les plus fines d'une racine de haricot tracer un léger sillon sur une plaque de marbre poli, en le dissolvant ; ces sécrétions varient naturellement d'une plante à une autre, c'est ainsi qu'en mettant en expériences dans les mêmes conditions des racines de blé ou d'avoine, on ne les voit pas attaquer le marbre, et on conçoit dès lors qu'une substance utilisable pour une espèce ne le soit pas pour une autre.
Une matière assimilable très utile, quand elle est employée par le végétal à l'élaboration de ses tissus ou des principes qu'ils renferment, cesse d'être avantageuse quand, distribuée avec profusion, elle ne sert plus qu'à constituer des réserves qui restent inutilisées dans les tissus ; ces matières peuvent même devenir nuisibles,