DÉFINITION DE L'ENGRAIS
tel est le cas des nitrates qui s'accumulent dans les racines des betteraves fourragères, dans les tiges des sorghos ou des maïs en proportions telles qu^ils exercent des actions nocives sur les animaux qui consomment ces aliments.
Tandis que les nitrates employés en forte proportion élèvent régulièrement le poids des graminées, nous savons que leur influence est nulle ou très faible sur les légunaineuses pourvues de nodosités aux racines ; c'est là une des preuves les plus nettes que la qualité d'engrais est absolument relative, et qu^une matière utile à une plante, qui est pour cette espèce un engrais, cesse de mériter ce nom quand elle est appliquée à une autre espèce ; la première partie de la définition est donc absolument justifiée; une matière n*est un engrais qu'autant qu'elle est utile à la plante sur laquelle elle est appliquée.
L'engrais est la matière qui manque au sol. — Ajouter à un sol une matière qu'il renferme déjà en quantité suffisante pour subvenir aux besoins des récoltes est manifestement inutile et la doctrine de la restitution au sol des éléments enlevés par les récoltes, sans se préoccuper de la richesse du sol lui-même, est visiblement une pratique nuisible aux intérêts du cultivateur, puisqu'elle le conduit à acquérir des substances qui n'exerceront aucune influence sur l'augmentation des récoltes.
L'emploi de l'engrais, ainsi qu'il a été dit déjà, est réglé non seulement par la constitution des plantes, mais aussi par celle du sol; l'engrais, comme l'a toujours professé Chevreul, est essentiellement une matière complémentaire.
Les exemples justifiant cette distinction abondent : habituellement les superphosphates n'exercent aucune action sur le sol du domaine de Grignon, ils sont sans effet sur les terres du domaine de Bourdon dans la Limagne d'Auvergne ; ils sont très efficaces au contraire dans la terre de Blaringhem que j'ai cultivée autrefois avec feu M. Porion ; sur un grand nombre de sols d'Eure-et-Loir, les superphosphates exercent l'influence la plus heureuse; les nodules réduits en poudre, le noir animal ont transformé les landes de Bretagne ; les phosphates sont donc des engrais, mais là seulement où ils font défaut dans le soi.
Malheureusement ici encore, nos connaissances actuelles sont insuffisantes pour nous guider avec sûreté dans l'emploi des engrais. Si, en effet, l'analyse nous renseigne avec une exactitude suffisante sur la quantité totale d'une matière alimentaire pour les
végétaux ; si nous savons doser correctement Tacide phosphorique total, Tazote total d'un sol, nous ne sommes plus aussi bien renseignés sur Tétat dans lequel se trouvent ces matières alimentaires et encore moins sur les transformations que ces matières subissent pendant une saison, nous avons déjà développé ces considérations et il est inutile d'y revenir.
Résumé. Nécessité des champs d'expériences. — On conçoit dès lors que les études de laboratoire soient encore insuffisantes pour nous renseigner sur la valeur que présentera un engrais dans un sol donné et qu'il faille faire une grande part à l'expérimentation directe sur le sol, que par suite la multiplication des champs d'expérience présente le plus grand intérêt. Toutefois, pour que les résultats qui y seront obtenus puissent guider non seulement Tagronome ou le praticien qui ont établi ces cultures expérimentales, mais pour qu'en outre ces résultats puissent servir à Tinstruction générale, une condition doit être remplie : il faut qu'à l'énoncé des résultats, soit jointe une analyse du sol aussi complète que possible, un résumé météorologique donnant au moins les quantités d'eau tombées, avec leur répartition et les températures moyennes des mois de végétation active (1). Ces indications permettront de conclure que dans tel sol, sous tel climat, tel engrais réussit sur telle culture, et les praticiens qui se trouveront dans des conditions analogues à celles où les résultats ont été obtenus pourront en tirer des règles de conduite, tandis que des analyses de terre isolées, des pesées de récoltes sans indication de la composition du sol sont sans utilité générale; c'est seulement en liant ces indications les unes aux autres, nous le répétons, qu'on pourra un jour en dépouillant ces documents en tirer des conseils utiles aux cultivateurs et leur prescrire que le semis de telle espèce, dans tel sol, doit être précédé de l'épandage de tel engrais.
Les considérations précédentes montrent que l'emploi judicieux des engrais exige beaucoup de réflexions, puisqu'il n'est économique que lorsqu'il est réglé par la connaissance des besoins de la plante à cultiver, par la richesse du sol sur lequel elle est semée.
Nous exposerons les matières contenues dans cette dernière partie de la Chimie agricole, en classant les engrais d'après leur origine dans l'ordre suivant:
(i) Plusieurs des professeurs départementaux d'agriculture qui dirigent des champs d'expériences ne manquent pas de donner ces indications, je citsrai notamment M. Houzeau à Rouen, M. Garoia à Chartres, M. Zacharcwicz à Avignon, etc.