CLASSIFICATION DES ENGRAIS ANIMAUX
particules argileuses qu'on doit attribuer cette différence d'action ; les propriétés de ces terres fortes ont été en quelque sorte neutralisées par cet apport de débris végétaux et la nitrification a pu s'établir d'une façon presque normale, alors qu*avec les engrais plus concentrés, elle était sensiblement nulle. Mais, même avec ces derniers, la matière organique avait subi une décomposition et l'azote ne pouvant pas se transformer en nitrate se trouvait dégagé de la matière carbonée à l'état d'ammoniaque.
«Aussi pour le sang, la corne, le cuir torréfié, le guano, etc., a-t-on trouvé des quantités d'ammoniaque variant de 100 à 300 milligrammes par kilogramme de terre. Il y avait donc là une fermentation ammoniacale bien plutôt qu'une fermentation nitrique et la quantité d'ammoniaque formée était à tel point considérable qu'on peut se demander si elle n'eût pu agir défavorablement sur la végétation. Il y a donc plus d'intérêt à donner aux terres très fortes des engrais organiques pauvres et volumineux que des engrais concentrés, riches en azote.
« La terre acide, comme on devait s'y attendre, n'a pas nitrifié les engrais animaux ; on sait que l'alcalinité du sol est une condition indispensable à la formation des nitrates. Le fumier de vaches donne cependant de notables quantités d'acide nitrique. Ce fait est dû à son alcalinité propre, aux carbonates alcalins qu'il renferme... »
MM. Muntz et Girard ne se sont pas bornés à prévoir au laboratoire comment les divers engrais animaux nitrifiaient l'azote qu'ils renferment, les auteurs ont en outre employé ces engrais animaux à soutenir deux récoltes successives de maïs-fourrage. Ces engrais étaient employés en quantités telles que chaque are du champ d'expériences reçut i'',250 d'azote. Nous rapportons les nombres qui représentent les poids de la récolte sèche de l'année 1888, de l'année 1889 et l'ensemble des deux récoltes; le nitrate de soude a donné, en 1 888, 797 kilog. de fourrage vert à l'are et 287 kilog. l'année suivante, la première récolte est donc bonne et la deuxième faible ; faiblesse due non seulement à l'épuisement de l'engrais, mais aussi à l'absence d'humidité, la saison ayant été très sèche.
Mais, fourrage récolté à l'are (matière sèche).
kilogr.
Nitrate de soude 143
Sulfate d'ammoniaque 141
Sang desséché 130
Corne torréfiée 123
Tournure de cornes 146
Ràpure de cornes 130
Poudrette 99
Cuir torréfié 91
Ensemble
kilogr.
kilogr.
Chiffons de laine 89 41 130
Famier de mouton 102 41 143
— de vaches 93 49 142
Luzerne (engrais vert) 143 47 1 90
Sans engrais 59 43 102
On voit qu'en général Tordre d'efficacité des engrais est aussi celui de leur aptitude à la nitrification établie dans les tableaux précédents; la ràpure de cornes fait seule exception, elle a très mal nitrifié dans les deux expériences 1 et 2 et a cependant donné de très bonnes récoltes ; sa nitrification est probablement lente à établir; on remarquera que pendant la seconde récolte le cuir torréfié se place au premier rang, tandis qu'il était à Tavant-dernier en 1888, c'est donc encore un engrais très lent; c'est aussi ce que j'ai obtenu à Grignon, ainsi qu'il a été dît (page 619).
Il est visible que les engrais d'origine animale d'une décomposition lente finissent cependant par agir dans le sol, mais quelquefois après plusieurs années, ceux qui sont dans ce cas (laines, cuir, etc.), conviennent particulièrement aux cultures permanentes, telles que les vignes. S'il est impossible d'indiquer plus complètement que notis venons de le faire quelle nature d'engrais animal il convient d'employer dans tel ou tel sol, il est très utile d'essayer ces divers engrais et de ne fixer son choix définitif qu'après ces essais; j'ai vu souvent des cultivateurs trouver de très grands avantages k l'emploi d*un de ces engrais animaux; sur des terres pauvres des environs de Rambouillet, qui paraissaient ne pouvoir porter utilement que du bois, M. Berthault a obtenu des récoltes moyennes de 23 hectolitres de froment avec des fumures de viande.
On conçoit cependant que la lenteur d'action de quelques engrais animaux diminue beaucoup leur valeur marchande et que par suite il puisse être avantageux dans les localités où la houille est à très bas prix d'utiliser ces résidus azotés, à la fabrication du sulfate d'ammoniaque, en les calcinant au rouge en présence de chaux sodée, comme l'a proposé M. L'Hôte ily a déjà plusieurs années (i). L'on pourrait encore dissoudre les matières animales dans de Tacide sulfurique de façon à transformer leur azote en sulfate d'ammoniaque ; en saturant l'excès d'acide par de la poudre de nodules, comme l'a fait M. Aimé Girard pour les liquides qui ont servi à détruire les animaux morts de maladie infectieuse, on aurait un engrais très actif et d'une fabrication peu coûteuse.
(1) Comptes rendus^ t. LXXVIJ, p. 1085.
EMPLOI AGRICOLE DES MATIÈRES EXCa&MErfTITIELLES. 625