TOTALE
des 1000 kil.
fr.
L'engrais flamand, très étendu d'eau, est généralement mélangé à des tourteaux qui s'y décomposent assez rapidement. Le liquide ainsi obtenu présente, comme l'engrais flamand pur, une forte odeur de sulfhydrate d'ammoniaque, car les sulfates existant dans les eaux ou dans les matières fécales elles-mêmes sont amenés bientôt à l'état de sulfures, qui réagissent sur le carbonate d'ammoniaque provenant de l'altération de l'urée. Les cultivateurs du Nord conduisent l'engrais liquide sur leurs terres dans des tonneaux qui sont vidés peu à peu dans un baquet placé sur Tun des coins du champ qu'il faut fumer; l'engrais est alors lancé tout autour du baquet à l'aide d'écopes munies de longs manches. On transporte ensuite le baquet en un autre point, et Ion recommence la même opération.
A Anvers, l'exploitation des vidanges, faites depuis des siècles au profit du trésor communal, a de tout temps rapporté des sommes considérables. Le bénéfice annuel a été de 110,000 francs avant l'emploi du guano, la concurrence l'a fait tomber plus tard à 80,000 francs. La quantité totale fournie par la ville, chaque année, est d'environ 30,000 mètres cubes. Les matières solides sont embarquées en vrac et déposées dans un réservoir central formé de plusieurs citernes, situé sur la rive gauche de l'Escaut : c'est là qu'un agent de la ville les vend au public. Les matières liquides sont chargées dans des bateaux-citernes, qui vont alimenter les fosses à gadoues des cultivateurs et des marchands. C'est surtout le pays de Waës, où la culture des plantes industrielles est très développée, qui utilise cet engrais. Le prix moyen des matières fécales ordinaires est de 9 à 10 francs par mètre cube livré au bateau ; il varie, selon la densité, de 5 à 18 francs.
tout à fait au-dessous des prix actuels du commerce. Nous discutons ces prix à la lin de Touvrage.
La ville de Louvain ne se contente pas de vendre aux cultivateurs des environs les matières fécales qu'elle recueille chez elle : elle a fait construire des bateaux couverts qui circulent sur les canaux et vont chercher les matières des vidanges dans des villes même assez éloignées, à Anvers, à Amsterdam, pour les réunir dans des citernes, où elles sont vendues au public. 11 est remarquable de voir que ce sont les pays les plus renommés pour leur propreté qui ont surmonté depuis de longues années le dégoût qu'inspire la manipulation des matières des vidanges.
En France, il n'est qu'un petit nombre de localités dans lesquelles les matières fécales soient employées à l'état naturel; cependant nos départements du Nord ne sont pas les seuls dans lesquels on en fasse régulièrement usage : en Provence, dans les Alpes-Maritimes où le bétail est rare, on utilise les vidanges pour les cultures maraîchères si Soignées qu'on remarque aux environs des villes. Quand on parcourt la ville d'Aix, on voit à la devanture de chaque maison une petite porte fermant une loge dans laquelle se trouve un tonneau destiné à recevoir les déjections des habitants ; ces tonneaux sont changés de temps à autre et le contenu utilisé dans les campagnes environnantes. Le mode de transport dans ce pays de jardinage est des plus simples, et pour peu qu'on fasse quelques promenades sur les routes poudreuses de la Provence, on rencontre un paysan monté sur un cheval ou un mulet et portant de chaque côté de sa selle un petit tonneau renfermant l'engrais; celui-ci est déposé dans les champs, dans des tonneaux enfoncés en terre, et utilisé au moment convenable.
La Chine est sans doute la contrée où l'on utilise de la façon la plus complète la matière fécale. Les cultivateurs vont la chercher à la ville et la placent dans des jarres disposées à la porte de leurs maisons; les matières encore fraîches sont délayées dans l'eau et versées au pied des plantes à mesure des besoins. Ces pratiques^ qui se rapprochent du jardinage^ ne sont possibles que dans un pays où la main-d'œuvre est à très bon marché. Il est à remarquer en outre que ce transport continuel à travers la ville de aiatières de vidanges occasionne des odeurs repoussantes qui nous parailraient intolérables et dont souffrent cruellement les Européens établis en Chine.
Les Chinois ne paraissent pas s'en préoccuper ; cet inconvénient étant laissé de côté, on ne saurait manquer d'être frappé de voir la population extrêmement nombreuse de la Chine vivre sur un
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sol qui ne reçoit aucune matière fertilisante extérieure. Tandis que les Etats européens, qui nourrissent une population moins dense que celle de la Chine, ne conservent à leur sol leur fertilité qu'en épuisant successivement tous les gisements d'azote combiné et de phosphates du globe pour remplacer la masse énorme de matières fertilisantes jetées journellement dans les cours d'eau, les Chinois par l'emploi des déjections humaines ont su maintenir leur population tellement nombreuse qu'elle est animée d'un mouvement d*expansion continu; ils sont restés florissants depuis des milliers d'années, tandis que d'autres États de l'Asie cultivant mal ont successivement disparu, ne laissant que des ruines comme témoignage de leur grandeur passée. Quelque puissant que soit cet enseignement il ne semble pas de nature à modifier les habitudes : l'emploi direct des vidanges se continue dans les pays où il est établi depuis un temps immémorial, mais il n'est pas vraisemblable qu'il se généralise.
§ 197. — Fabrication de la poldrettk.
Dans un grand nombre de villes on établit dans le sol, au-dessous des maisons, des fosses maçonnées qui reçoivent les déjections des habitants ; un progrès considérable a été fait quand on s'est efforcé de rendre ces fosses étanches et que les liquides ne se sont plus infiltrés dans le sous-sol, arrivant jusqu'aux nappes d'eau souterraines et contaminant les puits. Tandis qu'habituellement l'eau des puits salubres ne renferme que des traces d'ammoniaque, on trouvait il y a trente ans, dans les puits des maisons du vieux Paris, 34"**",3, SS-^^SS et 30"^^",3 d'ammoniaque par litre; quantités énormes évidemment dues à des infiltrations de fosses d'aisances et la consommation d'eaux semblables est non seulement horriblement répugnante, elle est de plus terriblement dangereuse.
Les fosses maçonnées ne mettent pas à l'abri de tout danger, car elles laissent suinter les liquides qu'elles renferment. Wurtz a trouvé à Bicêtre dans un kilogramme de terre prise :
Autour Autour du tuyau de la fosse, de chute.
Carbone des matières organiques 8.11 57 . 00
Ammoniaque » 0.03
Ammoniaque extraite de matières organiques 0.098 0.612
Acide nitrique 0.037 0.815
et dans un kilogramme de terre prise à la Salpêtrière :
Très rapproché Très loin de la fosse, de la fosse.
Carbone des matières organiques 9.8 i .05
Ammoniaque 0.0*2 0.0018
Ammoniaque extraite des matières organiques 0.097 traces
Acide nitrique 0.316 0.019
D'où la preuve que les terres voisines des fosses recevaient des infiltrations. Bien que radministration de la ville de Paris veille aujourd'hui à ce que les constructions des fosses soient faites avec soin, les inconvénients dus aux infiltrations n'ont que partiellement disparu.
En outre l'extraction des matières des vidanges s'est certainement perfectionnée depuis quelques années; les gaz sont, au moment delà vidange, conduits au travers d'un foyer qui brûle les produits volatils à odeur forte, de telle sorte que la vidange des fosses d'une maison n'empeste plus toute une rue, ainsi que cela se produisait naguère ; quoi qu'il en soit, le procédé actuel est encore barbare et doit disparaître.
Que chaque maison recèle au-dessous d'elle des mètres cubes de liquide infect dont les émanations remontent dans les habitations à toutes les baisses barométriques, qu'il faille extraire ces liquides par des moyens mécaniques et les charrier à grand bruit pendant la nuit, troublant ainsi le sommeil des habitants ; que la nécessité de répéter ces opérations coûteuses, d'autant plus souvent que Teau pure arrivera plus abondamment dans les maisons et que par conséquent l'intérêt des propriétaires, auxquels incombent les frais de vidange, soit ainsi de restreindre les larges irrigations des cabinets d'aisance, c*est ce qui est intolérable.
Le système actuel est donc condamné, d'autant plus que la préparation des engrais à l'aide de ces produits a été longtemps des plus primitives et des plus grossières.
La fabrication de la poudrette a consisté en effet, pendant des années, à conduire les tonneaux renfermant des vidanges dans un dépotoir, qui à Paris est situé au nord-est, à la Villette ; là une machine repousse par une longue conduite ces matières dans de grands bassins situés à Bondy ; par le repos les matières solides se déposent, on décante les liquides et l'on finit par séparer une matière noire qui se dessèche lentement à l'air.
Quant aux liquides décantés, aux eaux vannes, elles n*ont été longtemps l'objet d'aucun traitement; repoussées dans une conduite
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elles étaient directement déversées à la Seine. Les compagnies de vidange trouvent surtout des bénéfices dans les redevances que paient les propriétaires, le traitement des produits n'est pour eux que secondaire, surtout quand les eaux sont pauvres en ammoniaque; aussi la fabrication du sulfate d'ammoniaque par distillation ne s'applique-t-elle qu'à une faible fraction des eaux vannes.
Le système des fosses fixes ne peut donc se défendre en donnant comme argument qu'il sauvegarde les intérêts agricoles; en réalité ces intérêts sont en général absolument sacrifiés, et ce n'est, nous le répétons, qu'une très minime quantité des produits qui arrivent dans les dépotoirs, qui sont utilisés.
M. L'Hôte a donné la composition d'une poudrctte prise à Bondy en 1860, elle provenait de matières déposées en 1848.
Composition de la poudrette.
A l'état Supposée
Matières dosées. normal. sèche.
Matières organiques azotées 32.81 47.00
Ammoniaque toute formée O.o9 0.05
Acide nitrique 0.30 0.43
— phosphorique 4.18 5.99
— sulfurique 3.50 5.02
— carbonique 2.87 4. H
Chlore 0.36 0.52
Potasse et soude 2.05 3.08
Chaux 6.70 9.59
Magnésie et oxyde de fer 2.72 3.90
Silice, sable, argile 12.62 19.51
Eau 30.20 »