‹ Traité de chimie agricoleChapitre 268 sur 399 · EMPLOI DES EAUX D'ÉGOUT A GENNEVILLIERS · texte numérisé non relu

EMPLOI DES EAUX D'ÉGOUT A GENNEVILLIERS

est interdite, il est manifeste que la Ville doit disposer d'un terrain qui lui appartienne et sur lequel elle pourra épurer Peau qui sera refusée par la culture.

En 1887, 25 millions de mètres cubes d'eau ont été employés aux irrigations dans la plaine de Gennevilliers, la Seine a donc reçu encore 100 millions de mètres cubes d'eau d'égout; certainement les irrigations continueront à se développer, mais bien que la culture maraîchère soit très active, que le loyer des terres arrosées se soit beaucoup accru, puisqu'il atteint maintenant de 4 à 300 fr. l'hectare, il est visible, qu'il faut absolument joindre aux terrains en culture, un terrain inculte toujours prêt à recevoir les eaux non employées par les maraîchers; c'est là ce qui a décidé la Ville de Paris, à conduire ses eaux dans un terrain domanial de la forêt de Saint-Germain, à Achères assez vaste pour assurer l'épuration.

Il est vraisemblable qu'on ne s'arrêtera pas là, et que les avantages des irrigations de mieux en mieux appréciés, conduiront les ingénieurs à continuer les canaux de déversement dans la vallée de la Seine où ils trouveront en s'éloignant de Paris, des terrains de médiocre valeur sur lesquels les eaux seront employées aux irrigations des prairies.

De toutes les cultures, c'est celle qui peut absorber la plus grande quantité d'eau d'égout en fournissant des rendements en foin extrêmement élevés; sans doute on ne réalisera pas avec le foin les produits en argent qu'on obtient des cultures de carottes ou de choux, mais on obtiendra cependant encore des sommes suffisantes pour que dans un temps plus ou moins long, toutes les eaux d'irrigation soient utilisés, et pour que le terrain d'Achères ne reçoive plus que des quantités de plus en plus faibles.

La question est donc très facile à résumer : si on ne cherche que l'épuration, des surfaces restreintes suffisent, si on veut arriver à utiliser la masse de matières fertilisantes que renferment les eaux d'égout, il faut étendre beaucoup les surfaces et pousser plus avant dans la vallée de la Seine, qui est assez large et assez longue pour absorber complètement le fleuve infect actuellement déversé à Asnières.

§ 202. — Etat sanitaire des terrains arrosés.

Quand on a consulté les hygiénistes les plus éminents, les bactériologues les plus éclairés sur les dangers que ferait courir aux populations l'épandage d'eaux d'égout dans lesquelles les matières

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des vidanges deviennent de plus en plus abondantes, ils n ont pas caché leurs inquiétudes.

On sait, en effet, que nombre de germes, pathogènes ou non, se conservent dans le sol, que les bactéries y vivent, s'y reproduisent. L'épuration est due ainsi qu'il a été dit déjà à la nitrification provoquée par les ferments nitreuz et nitrique, et leur présence dans tous les sols démontre déjà que la terre n'est pas un milieu impropre au développement des microorganismes. M. Pasteur a montré que la bactéridie charbonneuse persiste dans la terre pen~ dant des années; M. Yerneuil a reconnu que le germe du tétanos existe également dans le sol ; la terre recèle encore les germes des fièvres paludéennes, de la fièvre jaune. Nous avons montré, M. Maquenne et moi, la présence dans le sol d'un ferment butyrique, j'y ai trouvé un ferment décomposant la cellulose avec formation de gaz des marais, etc., etc., on pouvait donc craindre envoyant avec quelle facilité les ferments se propagent dans le sol, que des évacuations alvines contenant les germes du choléra ou de la fièvre typhoïde, répandus avec les eaux d'égout, ne déterminassent des foyers d'infection extrêmement dangereux pour la grande ville dont ils sont voisins.

Il s'est trouvé que jusqu'à présent, rien n'est venu justifier ces craintes et on peut espérer qu'elles sont vaines, que, sans doute, les germes pathogènes de la fièvre typhoïde ou du choléra s'atténuent sous l'influence de Toxygène et de la lumière, de telle sorte que, quand l'épandage des eaux d'égout n est pas exagéré, que l'eau traverse un sol bien ameubli, par suite bien aéré, non seulement elle y brûle sa matière organique morte, mais qu'elle y abandonne les spores des microorganismes qui aérés, mais surtout insoles quand les labours les ramènent à la surface, finissent par périr. Jusqu'à présent l'emploi des eaux d'égout à Gennevilliers n'y a provoqué l'apparition d'aucune maladie spéciale.

M. J. Bortillon s'est livré à une étude approfondie de la question. Après avoir établi que les légumes obtenus dans les cultures arrosées n'ont occasionné aucun trouble particulier, il conclut en disant : « L'état sanitaire des localités arrosées par l'eau d'égout n'est ni notablement meilleur, ni pire, que celui des autres localités du nord et de l'ouest de Paris; les maladies épidémiques notamment n'y sont pas plus répandues et l'emploi de l'eau d'égout comice engrais n'exerce sur la santé publique aucune influence nuisible (1). »

(l) Revue scientifique, 1888, I, 268.

tout a l'usine et non tout a dégoût. 047

§ 203. — De l'emploi des vidanges des villes. Tout a l'usine.

Actuellement en France la tendance est de se débarrasser des matières de vidanges en les projetant dans les égouts et en utilisant les eaux aux irrigations ; nous venons de montrer qu'on est encore bien loin d'employer la totalité des eaux et que même vraisemblablement un temps assez long s'écoulera avant que cet emploi ne soit complet ; ce procédé est-il le meilleur qu'on puisse employer, et la formule « Tout à l'égout » représente-t-elle un système qu'il faille préconiser ou bien au contraire est-ce un palliatif destiné à disparaître et la formule a Tout à l'usine » ne doit-elle pas la remplacer?

Ainsi qu'il a été dit plusieurs fois dans le courant de ce chapitre, deux questions sont à résoudre : d'une part, assurer la salubrité des villes, de l'autre, utiliser aussi complètement que possible la masse de matières fertilisantes que représentent les déjections d'une population qui consomme les produits récoltés sur une fraction notable de la surface du pays.

La question d'utilisation des vidanges d'une population énorme comme celle de Paris, de grandes villes comme Lyon, Bordeaux ou Marseille mérite qu'on s y arrête. Nous avons déjà montré, que de toutes les contrées arrivées à un état de civilisation avancée dès Tantiquité, la Chine seule est restée prospère, florissante et n'a pas subi le sort des grands empires de l'Asie centrale, et, que certainement une des raisons qui l'ont maintenue peuplée, est l'emploi constant des matières fécales à la fertilisation du sol ; les terres sont restées ainsi assez productives pour que la population se soit maintenue, malgré des guerres terribles, des dévastations et des massacres dont aucune contrée du globe n'a été préservée. Aujourd'hui, ainsi qu'il a été dit déjà, les États européens poussent les rendements de leurs sols à des chiffres beaucoup plus élevés qu'autrefois, en travaillant mieux le sol, mais aussi en profitant des dépôts d'azote combiné d'Amérique, en employant sur une très vaste échelle d'abord le guano, puis lorsqu'il a été épuisé, le nitrate de soude; en ce moment, cet engrais est à bon compte, mais le gisement, dû à des causes locales très particulières ne se renouvellera pas et dans un nombre d'années, impossible à déterminer exactement, il sera épuisé ; il est manifeste qu'à ce moment le prix du sulfate d'ammoniaque augmentera considérablement et les villes

qui auront disposé leurs égouls de façon qu'il ne soit pas possible de séparer économiquement les matières des vidanges des eaux ménagères, des eaux de lavage des chaussées, auront lieu de s'en repentir.

Cette séparation est loin d'être impossible ; on conçoit très bien au contraire que les égouts puissent recevoir une canalisation spéciale fermée, dans laquelle se déverseraient les tuyaux de chute des maisons, les liquides entraînant les matières solides seraient conduits aux usines et emmagasinés dans des réservoirs clos ; ces usines devraient être outillées de façon à transformer rapidement les matières, elles y seraient forcées, au reste, pour ne pas donner aux récipients emmagasinateurs des dimensions exagérées; en distillant les matières additionnées de chaux^ on obtiendrait de l'ammoniaque à condenser; les gaz conduits dans des foyers spéciaux seraient brûlés, enfin les eaux résiduaires dépouillées de matières organiques rejoindraient les égouts et, traversant les champs d'épuration, y laisseraient les phosphates et la potasse qu'elles renferment.

Le traitement des vidanges par ce procédé, indiqué par M. Aimé Girard dans le remarquable rapport qu'il a écrit pour la commission de l'assainissement de Paris, pourrait être très avantageusement réalisé actuellement; il le sera certainement, quand l'épuisement du nitrate de soude donnera au sulfate d'ammoniaque une valeur assez grande pour que sa fabrication constitue par elle-même une industrie rémunératrice, malgré la dilution de plus en plus grande des matières des vidanges.

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