PAILLE EN KILOGR
Sans ensrais
Fumier de ferme
Entrais minéral seul
Engrais minéral et 224 kil. sels ammoniacaux renfermant 48 kil. d\i7.ote.
Engrais minéral et 448 kil. sels ammoniacaux renfermant 06 kil. d'azote.
Engrais minéral et 672 kil. sels ammoniacaux renfermant 144 kil. d'azote.
Engrais minéral et 616 kil. nitrate de soude renfermant 96 kil. d'azote.. .
Sous l'influence de la faible dose de sulfate d'ammoniaque, la récolte de grains a passé de 13'**%72 fournis par les engrais minéraux employés seuls à 21*'*%71 ; quand on a doublé la dose de sel ammoniacal, la récolte est devenue 29*'*%47, enfin elle s'est élevée jusqu'à 32''**^6 quand la dose d'engrais a été portée à 672 kilos de sels ammoniacaux renfermant 144 kilos d'azote; il est à remarquer toutefois qu'elle a été précisément la même quand le sol a reçu seulement 96 kilos d'azote sous forme d'azote nitrique, ce qui indique qu'à Rothamsted, pour le blé, l'azote ammoniacal présente moins d'efficacité que l'azote nitrique.
En 1885, M. Porion et moi nous avons obtenu sur le champ d'expériences de Blaringhem les résultats suivants :
Poids
Poids
Poids
delà
du
delà
récolte entière.
grain.
paille,
Récoltes de blé à épi carré à Thectare.
Nature des engrais.
récol
kilos. kilos. kilos.
Fumier de ferme 10.245 3695 5950
Fumier : 300 kil. sulfate d'ammoniaque, 300 kil. superphosphate. i4.500 4850 8700
Fumier : 300 kil. nitrate de soude et 300 kil. superphosphate 14.750 4750 9250
Dans cette expérience le sulfate d'ammoniaque a exercé une action analogue à celle du nitrate de soude et lui a même été légèrement supérieur pour le grain, mais inférieur pour la paille, toutefois les 300 kilos de nitrate de soude ne renferment que 48 kilos d'azote, tandis que les 300 kilos de sulfate d'ammoniaque, en contiennent 60; d'où la preuve que l'azote nitrique est ici encore plus efficace que l'azote ammoniacal.
Sur le sol de Grignon, le nitrate de soude est aussi plus efficace
que le sulfate d'ammoniaque ; à forte dose celui-ci devient funeste, ainsi que le démontrent les exemples suivants :
Betteraves récoltées à Thectare en 1877.
Vilmoriu Collets
améliorées. roses.
kilos. kilos.
Sans engrais 30.600 46.600
Fumier de ferme 44.000 70,400
. , , , , j 400 kilos. 34.600 57.300
Azotate ae soude j ^ ^^^ 29 . 800 56 , 400
c ip , ,, i 400 — 29.400 49.100
Sulfate d ammoniaque, j ^200 - 20.000 37.200
Moyenne des récoltes de pommes de terre obtenues en 1876-78-77-78
et 1879.
(Hectolitres de tubercules à fhectare.)
Hectolitres.
Sans engrais 244
Fumier de ferme 304
i 400 kil. à rfaectare 286
Azotate de soude | 1200 kil. à Tliectare en 75-76
( et 77, rien depuis 278
( 400 kil. à rhectare 283
Sulfate d'ammoniaque, j 1200 kiLàFliectare en 75-76
( et 77, rien depuis 250
EMPLOI DU SULFATE D'AMMONIAQUE. 653
Moyenne des i^éooltes de maie fourrage, en tonnes à Thectare,
en 1876-77-78 et 79.
Tonnes de foarrage vert.
Sans engrais 49.3
Fumier de ferme 79.9
400 kii 59.6
Azotate de soude { 1200 kih en 1876-77-78,
rien en 1879 56.7
400 kil 53.4
Sulfate d'ammoniaque. \ ISOOkil. en 1876-77-78, rien
en 1879 49.6
Sur le sol de Grignon, léger, un peu calcaire, le nitrate de soude est donc supérieur au sulfate d'ammoniaque pour la culture des betteraves Vilmorin aussi bien que pour les Collets roses, il est supérieur également, mais dans une faible mesure pour la culture des pommes de terre', supérieur encore pour celle du maïs fourrage.
Il est bien à remarquer, en outre, que ces deux engraisont présenté plus d'efficacité quand ils ont été employés à faible dose que lorsqu'ils ont été appliqués en poids considérable.
Avant de formuler une conclusion sur ces résultats singuliers il convient de voir dans quel état se trouvait le sol après l'emploi de ces engrais salins; c'est ce que vont nous fournir les tableaux suivants :
Récoltes moyennes de sainfoin en 1879, 80 et 81, succédant aux betteraves de 1878-77 et mais fourrage 1878.
Foin sec
récolté à rhectare
sur les résidas laissés
par les cultures précédentes.
Toujours sans engrais 5.860
Fumier en 1875-76-77-78 8.269
Azotate de soude { 400 kilos 6. 300
en 1876-77-78 et 79. i 1200 kilos (rien en 1878).. 6.815
Sulfate d'ammoniaque ( 400 kilos 5.827
en 1876-77-78. I 1200 kilos (rien en 1878).. 4.295
Les résidus laissés par les fumures au fumier de ferme ont été très efficaces, ceux qu'a laissé le nitrate de soude ont porté la récolte au-dessus de la parcelle restée toujours sans engrais, mais la terre qui a reçu la faible dose de sulfate d'ammoniaque ne s'est pas trouvée en meilleur état que celle qui n'a pas eu d'engrais, et enfin les récoltes obtenues du sol qui a reçu la forte dose d'ammoniaque sont inférieures à toutes les autres.
Cet effet n'a pas été constaté seulement sur les cultures de sainfoin, mais aussi sur le blé, ainsi que le montre le tableau suivant :
Rendements moyens en quintaux métriques des récottes de grains obtenues sous lUnflnence des résidus laissés par diverses ftemnres appliquées aux pommes de terre de 1875 & 1879. (Récoltes de 1880 à 1883.)
UuiaUax métriques.
Toujours sans engrais 18 . 75
Fumier de ferme 24.71
/ 400 kil. de 1875 à 1879,
. , , j , ) rien depuis 21.09
Azotale de soude < .«^w/^ i i j *«-..
i 1200 kil. de 1875 à 1877,
rien depuis 20.57
400 kil. de 1875 à 1879,
c. 1* . 1, r rien depuis 19.45
Sulfate d ammoniaque. ^^ ^.^ ^^ ^^.. ^ ^^..^
\ rien depuis 17 . 77
Ces exemples suffisent pour montrer que : sur le sol de Grignon les engrais salins sont bien moins efficaces que le fumier, que le nitrate de soude produit plus d'effet à faible qu'à forte dose, que le sulfate d'ammoniaque toujours moins avantageux que le nitrate de soude devient nuisible ainsi qu'il a été dit déjà, aussitôt qu'on remploie en quantités considérables.
Cet effet fâcheux persiste pendant plusieurs années, ainsi que nous venons de le montrer, il doit donc être dû à une modification dans les propriétés du sol, qui mériterait une étude approfondie. Bien que cette étude n'ait pas encore conduit à des conclusions assez solides pour être formulées, il est possible de tirer déjà des faits précédents quelques indications utiles à la pratique agricole. Le point qu'il convient d'abord de mettre en lumière est le suivant : le sulfate d'ammoniaque exerce une action avantageuse à Rothamsted et à Blaringhem, il est plutôt nuisible à Grignon; or ces trois terres diffèrent essentiellement par la consistance, les terres de Rothamsted et de Blaringhem sont fortes, celle de Grignon est essentiellement légère; les premières ont dû être drainées, la troisième ne peut l'être, car elle souffre bien plus de la sécheresse que de l'humidité ; il semble donc d'abord qu'on puisse conseiller aux cultivateurs d'employer sur les terres légères, plutôt le nitrate de soude que le sulfate d'ammoniaque.
Quand la terre de Grignon reçoit du sulfate d'ammoniaque, puis qu'elle se dessèche, elle ne tarde pas à se couvrir d'efflores-
EMPLOI DU SULFATE D^AMMOMAQUE. 655
ccnces de sulfate de chaux, dues à la réaction du sulfate d'ammoniaque sur le carbonate de chaux du soi, en même temps cette terre durcit^ se lisse, Targile est coagulée, cesse de former une pâte liante, et il semble que toutes les propriétés de dessiccation des terres légères s'y exagèrent ; or nous avons constaté à bien des reprises différentes que les années sèches sont bien moins favorables à Grignon que les années hnmides, en 1888, la récolte du blé y a été tardive, les meilleures parcelles du champ d'expériences ont rendu la valeur de 60 hectolitres, en 1889 la moisson a été faite trois semaines plus tôt, les parcelles les mieux réussies n'ont donné que 40 hectolitres.
Nous avons vu (§ 30) que M. Muntz a montré que les plantes de grande culture assimilaient directement l'ammoniaque, il semble cependant que sous cette forme l'azote soit moins efficace que sous celle d'acide nitrique. M. Pagnoul en a donné récemment une nouvelle preuve : il a ensemencé en gazon un sable stérile, et a employé comme engrais outre les matières minérales, dans une première expérience : du sulfate d'ammoniaque seul, encore du sulfate d'ammoniaque mais additionné d'un peu de terre pour qu'il put se nitrifier, dans le second essai, et enfin dans le troisième : du nitrate de soude; et il a reconnu, que si avec le sulfate d'ammoniaque seul, le rendement était passable, il n'avait égalé celui qu'a fourni le nitrate de soude, que lorsqu'il a été employé dans des conditions telles que sa nitrification a été possible (1).
Il est bien à remarquer, en effet, que nous ignorons encore profondément quelles séries de métamorphoses subit l'azote dans l'organisme végétal^ pour passer de l'état d'acide nitrique ou d'ammoniaque à celui d'albuminoïdes et on conçoit dès lors, que bien que les deux matières soient assimilables, elles puissent être utilisées à des degrés différents. Il est vrai que lorsque les conditions sont convenables les sels ammoniacaux se transforment en nitrates et que par suite après quelques temps une fumure de sels ammoniacaux équivaudra aune fumure de nitrates; s'il en est ainsi, si très habituellement c'est sous forme de nitrates que l'azote des sels ammoniacaux finit par être assimilé après sa transformation dans le sol, si le sulfate d'ammoniaque est surtout avantageux quand il se transforme facilement en nitrates, nous allons en tirer une conséquence pratique importante, car il est visible que celte ni-
(1} Ann. a^rofl.yt. XVII, p. 274.
Iriiication se produira bien plus aisément dans les terres fortes que dans les terres légères. On se rappelle, et au premier abord cette proposition est contraire à la conclusion que nous vouions établir, que la nitrification exige une terre bien aérée, mais si cette condition d*aération est mieux remplie dans la terre légère que dans la terre forte, toutes les autres circonstances qui favorisent la nitrification se trouvent au contraire mieux remplies dans la terre forte : d'abord la terre légère, surtout quand la petite quantité d'argile qu'elle renferme a été coagulée par les sels solubles, se dessèche plus aisément que la terre forte, or la nitrification ne se produit que sous rinfluence de Thumidité, quand la terre se dessèche tout s'arrête ; en outre, la nitrification n'est facile que dans un milieu renfermant de petites quantités de sulfate d'ammoniaque, en effet, le sulfate d'ammoniaque réagit toujours sur le carbonate de chaux du sol, pour donner du carbonate d'ammoniaque et celui-ci présente une réaction alcaline assez puissante pour entraver la nitrification ; elle ne se produira donc que si l'alcalinité du carbonate d'ammoniaque est combattue par les propriétés absorbantes, or dans la terre légèretés matières colloïdales susceptibles d'absorber l'ammoniaque sont bien moins abondantes que dans la terre légère, par suite la nitrification y sera moins facile.
En résumé, nous arrivons à cette conclusion, le sulfate d'ammoniaque est surtout utile comme source de nitrates et il importe de bien préciser les conditions favorables à sa nitrification.
Influence derhumidité. — La condition la plus favorable à la nitrification du sulfate d'ammoniaque est la présence dans le sol d'une dose d'humidité convenable. Il est facile de le montrer par l'expérience : eh introduisant dans les terres des quantités d'eau variables, puis en maintenant les échantillons ainsi humectés dans une atmosphère saturée, on peut suivre l'influence qu'exerce sur la nitrification du sulfate d'ammoniaque la proportion d'humidité du sol; on a obtenu ainsi les résultats suivants :
Nitrification dans une atmosphère saturée.
Eau introduite Azote ammoniacal Acide axotiqoe
dans 100 gr. de terre. ajouté à 100 gr. de terre. dosé.
15 cent, cubes. 08^020 Q^filO
12 — Id. 0 ,096
10 — Id. 0 ,0€6
8 — Id. 0 ,032
EMPLOI DU SULFATE D'AMMONIAQUE
A une exception près la quantité formée décroit en même temp» que diminue la proportion d'eau introduite.
Influence des doses de sel ammoniacal employé. — L'activité de la nitrification décroit avec la quantité de sel ammoniacal introduite.
Nitriflcation de doses variables de sulfate d'ammoniaque dans 100 gr. d'une terre de Jardin renfermant 32 pour 100 d*eau.
Azote ammoniacal introduit Acide azotique dosé après 34 jours.
0,JiOO 0,013
Ainsi des doses énormes de sulfate d'ammoniaque peuvent encore se nitrifier dans un sol humide, mais elles se nitrifient moins bien que des doses moindres, et on conçoit dès lors que Ibu terre forte, qui conserve Thumidité, qui absorbe Tazote ammonia» cal, de façon que des dissolutions très étendues seules y circulent constituent un milieu de culture bien plus favorable au ferment nitrique que les terres légères et que par suite il faille éviter de donner à ces dernières des sels ammoniacaux.
§ 206. — Epoques de l'épandage.
Tous les engrais solubles doivent être distribués au printemps, bien que pendant Thiver la nitrification soit moins active que pendant Tété, Télévation de la température exerçant une influence décisive, la transformation hivernale peut être cependant assez rapide pour entraîner dans le sous-sol tout Tazole introduit sur une terre qui ne porterait pas une végétation assez luxuriante pour retenir les nitrates formés.
MM. Lawes Gilbert et Warington ont donné la composition des eaux de drainage d^une parcelle de leur champ de blé qui recevait à Tautomne 448 kilogrammes de sels ammoniacaux, avec une fumure minérale : les eaux étaient très chargées, le drainage de 4878 à 1881 a donné pour un mètre cube de celte parcelle, pendant riiiver : 28^%1 d'azote nitrique par mètre cube, tandis que la parcelle qui recevait la même dose de sel ammoniacal au printemps, avec une fumure semblable d'engrais minéraux, n'en accusait, pendant cette période, que 5*^4 et bien que les proportions fussent renver-
Chimie agricole. 42
sées au printemps, la parcelle qui avait reçu la fumure ammoniacale à l'automne perdait chaque année par hectare et par millimètre d'eau de drainage 193 grammes, contre 93 perdus par la parcelle qui avait reçu la fumure ammoniacale au printemps.
Malgré ces pertes les récoltes de ces deux parcelles ont été semblables (1).
Les praticiens diffèrent au reste d'opinion sur les avantages et les inconvénients que présente Tépandage des sels amoniacaux à Tautomne ; les uns craignent les pertes par les eaux de drainage et se refusent à employer le sulfate d'ammoniaque à l'automne, tandis que d'autres jugent que l'avantage de donner dès la semaille assez de vigueur au blé pour qu'il puisse supporter les rigueurs de l'hiver compense et au delà la perte qu'occasionne la nitriiication pendant la mauvaise saison.
 cette époque la nitrification n'est pas très active, on verra au moins dans l'observation suivante, que dans un sol de Grignon, les pertes pendant l'hiver ont été médiocres.
On a recueilli les eaux de drainage pendant toute l'année 4890 et le commencement de 1891, non seulement d'un vase qui avait reçu une très forte dose de sulfate d'ammoniaque : 12 grammes pour 50 kilos de terre, mais d'un vase renfermant une terre semblable, restée sans addition, de façon à pouvoir déduire de la comparaison des nombres observés l'activité de la nitrification.
Eaux de drainage et azote nitrique provenant d*une terre épuisée additionnée ou non de sulfate d*ammoniaque.
Eaux de drainage.
.\zote nitrique.
Terre
Terre
Terre
Terre
5aus
avec sulfate
sans
avec saLfate
addition,
d'ammoniaque,
addition,
d'ammoniaque,
cent, eubes.
cent, cubef.
milligr.
milligr.
6 au 24 janvier 1890..
24 janvier au 3 février.
3 février au 4 mai . . .
4 mai au 31 mai
3 juin au 15 juillet.. .
Il est manifeste que dans cette expérience la terre n'est pas devenue plus filtrante après avoir reçu le sulfate d'ammoniaque bien
(1) Ann, agron.^ t. X, p. 859.