NITRIFICATION DU SULFATE D'AMMONIAQUE
que cependant il se soit formé du sulfate de chaux qu'on a trouvé dans les eaux de drainage.
En comparant les quantités de nitrates formées nous trouvons que dès le début, ils sont plus abondants dans la terre au sulfate d'ammoniaque que dans celle qui en a été privée ; toutefois pendant rhiver la nitrification de Tammoniaque n'est pas très active ; ainsi pendant le commencement de janvier, la différence a été de 60 milligrammes, puis de 121 pendant la fin de janvier et les premiers jours de février; ces quantités ne sont pas assez considérables pour entraîner de grandes pertes sur une pièce emblavée en blé.
Il est vraisemblable, en revanche que les nitrates formés auraient donné au blé une grande vigueur ; que par suite le premier effet de l'épandange eût été avantageux, malheureusement à Grignon au moins, le printemps a été relativement sec et la nitrification du sulfate d'ammoniaque très peu active, de telle sorte que c'est au moment où la plante aurait eu besoin de la nourriture la plus abondante, que la nitrification a été la plus faible; c'est seulement au moment des grandes pluies d'été qu'elle s'est produite, mais à cette époque il était déjà trop tard pour que le blé en profitât.
Les 12 grammes de sulfate d'ammoniaque distribués au mois de novembre 1889, renfermaient environ 2^%5 d'azote, et si nous comparons les quantités d'azote, contenues dans les eaux de drainage de la terre sans addition à celles que renferme le drainage de la terre qui a reçu du sulfate d'ammoniaque, nous trouvons que la différence 2.611 — 0,646 = l«%96o, par conséquent, à la finde juillet, tout l'azote n'était pas encore nitrifié.
Les dosages continués jusqu'en février 1891 ont montré que les eaux de drainage de la terre qui a reçu le sulfate renfermaient 0^%574 d'azote nitrique, une terre semblable non additionnée de sel ammoniacal en renfermait 335 milligrammes, on peut donc supposer que 0^%239 d'azote a encore été nitrifié, en les ajoutant à celui qui a été recueilli précédemment, on ne trouve pas encore tout à fait la quantité d'azote introduite. Dans une terre légère la nitrification du sulfate d'ammoniaque est donc assez lente; il est possible qu'il reste longtemps dans le sol, du carbonate d'ammoniaque dont l'action sur les plantes peut être funeste à cause de son alcalinité, d'où nous concluons de nouveau que le sulfate d'ammoniaque ne doit être employé qu'avec beaucoup de ménagement.
Quand dans ces sortes de terre on distribue cet engrais au printemps peu de temps avant les semailles de betteraves, il arrive
parfois que la levée se fait mal, ou même pas du tout, le sulfate OU le carbonate d'ammoniaque qu'il produit serait donc vénéneux pour les jeunes racines.
En résumé, on voit que le sulfate d'ammoniaque n'est pas un engrais qu'on puisse répandre sur toutes les terres, à toutes doses, ni distribuer à toutes les époques.
Les observations que j'ai recueillies me conduiraient à penser que le sulfate d'ammoniaque doit être réservé aux terres fortes, à raison de 150 à 200 kilos à l'hectare; les fumures plus abondantes produisent parfois un effet un peu plus marqué, mais sans grand profit, l'excès de récolte obtenu ne payant plus que très médiocrement la dépense faite.
Quant à l'époque d'épandage, je croirais que sur les terres fortes, il peut être bon de répandre une très faible dose de sulfate d'ammoniaque à l'automne en conservant le surplus pour le printemps. Enfin il y a souvent de graves dangers à répandre le sulfate d'ammoniaque avant les semailles sur une terre qui va porter des betteraves ; la causticité du carbonate d'ammoniaque formé pouvant être nuisible, et je crois que Tépandage à la volée ou mieux au semoir entre les lignes des jeunes plantes déjà levées est préférable.
Ces restrictions conduisent naturellement à comparer l'un à l'autre le sulfate d'ammoniaque et le nitrate de soude, c'est ce que nous fcroDS quand nous aurons étudié le nitrate de soude.