CHAPITRE IX
Le fumier de ferme est employé, depuis un temps immémorial, comme engrais, et pendant des siècles a seul été utilisé pour fertiliser la terre; aujourd'hui même, malgré les progrès qu'a réalisés l'agronomie, nombre d'exploitations n'utilisent que le fumier, et dans celles qui achètent des engrais de commerce, le fumier reste la plus importante des matières fertilisantes; on ne saurait donc apporter trop de soin à son étude.
Elle comprend deux parties : fabrication du fumier, emploi du fumier ; chacune de ces parties est divisée en nombreux paragraphes.
Fabrication du fumier,
§ 212. Détermination des matières qui donnent au fumier sa valeur. Préparation des matières ulmiques. § 213. Composition des urines et des excréments du bétail. § 214. Composition des litières.
§ 215. Fermentations qui se produisent dans le tas de fumier. § 216. Origine des matières azotées du fumier. § 217. Pertes d'azote pendant la fabrication.
§ 218. Pertes d'azote des fourrages consommés parles animaux.
§ 219. Composition immédiate du fumier.
§ 220. — élémentaire — .
§ 221. Dispositions diverses données aux fumières.
§ 222. Pertes que subit le fumier exposé à Tair.
§ 223. Arrosages du fumier.
Emploi du fumier,
§ 224. Emploi du fumier sur les terres fortes.
§ 225. — — légères.
§ 226. Emploi simultané du fumier et des engrais salins.
§ 227. Des transformations que subit, dans le sol, le fumier enfoui.
§ 228. Emploi des fumiers frais et des fumiers consommés.
§ 229. Durée d'action du fumier. — Fumures mixtes.
§ 230. Emploi du fumier enfoui ou en couverture.
§ 231. Composts. — Mélange du fumier à la chaux.
Nous terminerons ce chapitre en indiquant § 231 la composition des engrais de ville, des gadoues^ très employées aux environs de Paris.
§ 212. — Détermination des jiatiêres qui donnent au fumier SA valeur. — Production des matières ulmiques.
Tous les agronomes sont d'accord sur ce point : que l'azote, l'acide phosphorique et la potasse que renferme le fumier contribuent dans une large mesure à son efficacité; mais les uns attachent à ces matières, un tel intérêt, qu'ils sont disposés à conduire la fabrication du fumier de façon à éviter avec le plus grand soin leur déperdition; d'autres, au contraire, tout en estimant ces principes à leur juste valeur, pensent que ce n'est pas à leur seule présence que le fumier doit son action fertilisante ; ils y voient surtout la matière première des composés ulmiques qui exercent, sur la fertilité, une influence de jour en jour mieux reconnue, et consentent à perdre une fraction de l'azote du fumier, si cette perte est nécessaire pour assurer la formation de ces composés ulmiques.
De ces deux manières de voir dérivent deux méthodes bien différentes de traiter le fumier; dans la première, on n'hésitera pas à lui ajouter des substances telles que des sulfates, même de l'acide
sulfurique, pour décomposer le carbonate d'ammoniaque volatil; dans Taulre, au contraire, on blâme ces additions; on veut conserver aux liquides du fumier leur réaction alcaline, qui est la condition même de la fermentation très particulière qui prend naissance dans la masse, et y détermine la destruction de quelques-uns des principes de la paille, Taltération d*un autre : la vasculose, jusqu'à ramener à cet état de substance noire désignée sous le nom d'humus.
A notre avis, le fumier vaut non seulement par l'azote nitriiiable qu'il renferme, par ses phosphates, par les carbonates alcalins qui ont sans doute un rôle fort important à remplir, il vaut, en outre et surtout, par sa matière organique plus ou moins altérée, qui est, nous le répétons, la matière première de l'humus.
Si, dans les terres fortes comme celle de Rothamsted, où MM. Lawes et Gilbert ont pu maintenir indéfiniment la culture du blé en l'alimentant seulement d'engrais salins ; si, dans le col que cultive M. Prout également en Angleterre, et qui porte exclusivement des céréales, la nécessité de reconstituer l'humus, constamment en voie de destruction par l'action des microorganismes du sol, n'est pas évidente pour la culture des céréales ; il n'en est sans doute pas de même pour d'autres végétaux, et notamment pour les légumineuses ; il n'en est surtout pas ainsi dans les terres légères comme celles de Grignon, où je n'obtiens de pleines récoltes qu'à la condition de joindre aux engrais salins de copieuses fumures de fumier de ferme.
Si le rôle de l'humus, comme aliment pour certaines espèces végétales, n'est pas admis par tous les agronomes, tous sont d'accord sur le rôle encore mal délini, mais important, que remplit le fumier en apportant au sol la matière première de l'humus qui maintient ensemble en dissolution des principes minéraux, acide phosphorique, chaux, oxyde de fer qui dans une dissolution dépouillée de matières organiques se précipitent les uns les autres. On subordonne au reste l'idée de préserver de toutes déperditions l'azote que renferment les déjections des animaux à celle de préparer la matière ulmique, on juge que cette préparation est le point secondaire ou essentiel de la fabrication, suivant la nature des terres cultivées, et nous verrons que les cultivateurs des terres fortes, dans lesquelles l'humus ne disparait que lentement, n'attachent pas à la production d'un fumier fermenté le même intérêt que les cultivateurs des terres légères.