EMPLOI DU FUMIER
Pendant longtemps le fumier de ferme a été le seul engrais régulièrement employé, les spéculations animales étaient alors étroitement liées à la culture et le progrès paraissait être corrélatif de l'augmentation du bétail entretenu sur les domaines.
Il n'en est plus ainsi aujourd'hui ; nous connaissons les éléments actifs du fumier, nous savons par quels principes il agit et on conçoit qu'on puisse le remplacer par d'autres matières fertilisantes renfermant ces mêmes principes ; de telle sorte que la question à discuter n'est plus : le fumier est-il nécessaire? De nombreux exemples nous prouveraient qu'on peut s'en passer, mais bien : l'emploi du fumier est-il avantageux? Sur quels sols, sur quelles plantes convient-il de l'employer?
C'est en divisant la question que nous avons chance de là traiter utilement et nous nous occuperons d'abord de montrer comment agit le fumier dans la culture des terres fortes, puis ensuite dans celle des terres légères en donnant des exemples de l'emploi du fumier sur diverses plantes.
Chimie agricole. . 45
§ 223. — Emploi du fumier sur les terres fortes.
Les terres fortes, argileuses, présentent, ainsi que nous l'avons TU déjà § 109, la propriété d'être peu perméables à Tair et à l'eau, •elles sont généralement assez humides, elles conservent les engrais ^qu'on leur fournit.
Ces prémisses étant posées, examinons d'abord quelle nature de fumier leur convient. Si elles reçoivent du fumier frais, pailleux. renfermant plutôt de Tammoniaque que de la matière organique azotée, elles pourront y trouver de l'avantage, car le fumier diminuera la compacité du sol, l'ammoniaque qu'il renferme retenue par l'argile, par l'humus, n*aura pas de chance de se perdre. Cette ammoniaque est très nitrifiable il est vrai, mais comme l'air n'entre <[ue très difficilement dans le sol, la nitrification est peu active, les ■chances de perte minimes ; il est même à remarquer qu'en aérant le sol, le fumier pailleux favorisera la nitrification habituellement trop retardée dans les terres fortes; nous avons vu, page 622, que le fumier nitrifie dans une terre forte là où des engrais animaux compacts n'exercent plus d'action favorable. Dans ce fumier très pailleux, les réactions qui mettent en liberté la vasculose, matière première de l'humus, sont à peine commencées: le mal n'est pas bien grand, car le sol étant peu aéré, l'humus y persiste, et le^ débris des plantes que portent ces sols compacts suffisent souvent pour y maintenir une quantité d'humus telle, qu'elle enlève toute utilité particulière au fumier quand on cultive les plantes comme les céréales sur lesquelles l'humus n'exerce pas d'action spéciale. Aussi conçoit-on que ces terres fortes puissent être cultivées sans fumier. C'est ce que démontrent les exemples suivants.
Exemples de cultures sans fumier sur les terres fortes. — La
•célèbre expérience dans laquelle MM. Lawes et Gilbert ont main-
•tenu la culture du blé à Rothamsted, sans jamais lui fournir de fu-
rmier, est justement célèbre : ces éminents agronomes ont donné il
y a quelques années le résumé ci-joint des résultats obtenus dans
la culture continue du blé : et bien que ces belles expériences
aient déjà été présentées dans d'autres parties de ce volume, nous
n'hésitons pas à les reproduire de nouveau, tant elles nous paraissent
^mériter l'attention.