‹ Traité de chimie agricoleChapitre 3 sur 399 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

cipes immédiats : carbone, hydrogène, oxygène et azote forment ainsi dans la plante des matières innombrables dont quelques-unes particulièrement précieuses servent d'aliments 'aux animaux.

Nous cherchons dans ce volume non seulement comment s'accomplit celte double fonction de réduction et de synthèse, mais en outre, comment à Taide d'espèces végétales appropriées au climat, au sol travaillé et enrichi, nous pourrons obtenir une quantité de matière organique telle, que sa vente couvrira nos dépenses et nous laissera un bénéfice.

La chimie agricole, en effet, n'est pas une science désintéressée, elle s'applique à rendre la culture rémunératrice.

Pour qu'elle le soit, il faut assurer aux plantes qui couvrent les surfaces cultivées des conditions tellement favorables qu'elles élaborent le maximum de matières organiques : amidon, sucre, huile, cellulose, albumine. Élever les rendements est la mission de la science agricole, mission digne des plus grands efforts, puisque son succès diminue le nombre des créatures humaines qui souffrent de la faim ou pâtissent par manque d'une nourriture suffisante.

S'il réussit à augmenter la masse de matières alimentaires que produit son domaine, le cultivateur sert à la fois l'intérêt général et sa propre fortune, car la prospérité agricole est bien mieux assurée par l'accroissement des rendements que par l'élévation des prix.

Pour assurer à la plante les conditions d'existence les plus favorables, il faut connaître ces conditions : c'est à leur étude qu'est consacrée la première partie de cet ouvrage.

Dans le premier chapitre : Germination y nous insistons sur l'importance que présente le choix judicieux de la graine à semer, les préparations qui la mettent partiellement à l'abri des ravages des parasites ; nous déterminons les conditions nécessaires au réveil de la vie qui sommeille dans la graine

AVERTISSEMENT. Vil

vivante, nous suivons son évolution, nous voyons apparaître les organes souterrains, plus tard les tigelles qui, frappées par les radiations lumineuses, se chargent de chlorophylle.

Nous abordons ensuite dans les chapitres : Assimilation du carbone f de l'azote, des matières minérales, la partie de la physiologie végétale qui touche de plus près à l'agronomie, puisque la connaissance de la nutrition des plantes de grande culture sert de base à l'emploi des engrais.

Les découvertes de MM. Berthelot, Hellriegel et Wilfarth, Schlœsing fils et Laurent, sur Tintervention des microorganismes ou des végétaux inférieurs dans la fixation de l'azote «itmosphérique par les légumineuses ou par le sol, précisant les observations déjà anciennes de M. Georges Ville, nous ont appris que l'élément le plus coûteux des engrais : l'azote, pouvait être emprunté à l'atmosphère par des cultures appropriées, et la pratique agricole n'a pas tardé à mettre à profit ces brillantes recherches.

Les matières assimilées par les végétaux subissent dans les cellules des transformations nombreuses, elles sont exposées dans les chapitres : Respiration ^i Formation des principes immédiats. Les travaux récents de MM. Lœw, Fischer et Maquenne montrent, une fois de plus, combien a été féconde la voie ouverte il y a trente ans par M. Berthelot, quand il a écrit son grand ouvrage, la Chimie organique fondée sur la synthèse. La reproduction dans le laboratoire d'un grand nombre d'hydrates de carbone réalisée aujourd'hui, l'étude attentive de quelques-unes des matières sucrées montrant leurs relations avec les matières résineuses, nous donnent une première idée du mode de formation des nombreux principes immédiats que produisent les cellules végétales.

Ces principes immédiats, formés dans les feuilles, n'y séjournent que momentanément; si les feuilles sont à la fois des usines dans lesquelles s'élaborent les matières organiques et des magasins, ces magasins se vident au profit des organes

Vlll AVERTISSEMENT.

en voie d'accroissement : au profit des graines qui servent à perpétuer l'espèce dans les plantes herbacées, au profit du bois dans les plantes vivaces ; ces principes y forment des réserves utilisées à la production des organes nouveaux, au commencement de la bonne saison. Ces migrations sont décrites dans les chapitres : Mouvement de l'eau dans la plante^ accroissement et maturatioti. Ces chapitres terminent la première partie.

L'ensemble des faits qui y sont exposés nous permet d'aborder utilement l'étude de la terre ar^able qui forme la seconde partie : pour comprendre, en effet, que le sol doit être un réservoir d'humidité, il faut savoir quelles énormes quantités d'eau dépensent les plantes herbacées par leur transpiration ; quand on a constaté que l'élaboration d'un kilogramme de matière sèche correspond aune évaporation parles feuilles de 250 à 300 litres d'eau, on comprend pourquoi le cultivateur ouvre sa terre en automne pour que l'eau y pénètre, comment il la roule au printemps pour y mettre en jeu la capillarité, comment au contraire il la bine en été pour rompre cette capillarité et empêcher la déperdition de l'eau emmagasinée pendant l'hiver.

Si nous n'avions appris au chapitre : Assimilation de l'azote^ que les nitrates sont l'aliment azoté le plus efficace d'un grand nombre de plantes de grande culture, nous ne sentirions pas l'importance de la découverte de MM. Schlœsing et Muntzqui, éclairés par l'œuvre admirable de M. Pasteur, ont montré que la formation des nitrates dans le sol est due à l'activilé d'un ferment aérobie.

Cette découverte précise les notions assez confuses que nous possédions naguère sur la fertilité; nous concevons maintenant qu'une terre fertile est un véritable milieu de culture du ferment nitrique, qu'elle doit être aérée, humide, pourvue de matières nitrifiables, de bases, nécessaires à la saturation de l'acide azotique au moment même de sa formation.

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