Terre de Grignon avec 1 kilogr
de fumier
10. Terre de Griçnon avec l'eau de lavage d'un kilogr. de fumier. .
11. Terre de Grignon avec l'eau de lavage d'un kilogr. de fumier privée d'ammoniaque
Si on compare entre elles les deux premières lignes, on voit que c'estlapartiesolubledufumierquiestsurtoutatlaquéepar le ferment nitrique, les nombres fournis par la terre qui a reçu 1 kilogr. de fumier étant sensiblement égaux à ceux de la terre qui n'a eu que la matière soluble ; cette égalité montre en outre que la dissolution préalable de ]a matière azotée n'exerce pas grande influence sur l'activité de sa nitrification.
La comparaison de la seconde et de la troisième ligne fait voir que si, à l'origine, l'ammoniaque est entrée en jeu donnant plus d'azote nitrifié dans le vase n** 10 que dans le n* H, puisque le n' 10 fournit pour les deux premiers dosages 144 milligrammes, tandis que le nMi n'en donne que 128, dès le 23 juillet ce dernier a repris l'avantage qu'il a conservé jusqu'à la fin de l'expérience, ce qui prouve que dans cette terre légère de Grignon la matière orga* nique s'est très bien nitrifiée.
Nous pouvons donc tirer de ces expériences les conclusions suivantes :
l*" La nitrification de Tammoniaque du fumier se fait bien dans les terres fortes et dans les terres légères, plus lentement, toutefois, dans les terres fortes très chargées de matière organique comme celles de la Limagne d'Auvergne que dans celles qui n'en renferment qu'une quantité moyeiine, comme la terredeVardrecques.
2* La nitrification de la matière organique azotée du fumier se produit aisément dans les terres légères, mais les faibles quantités d'azote du fumier nitrifiées, du 22 juillet au 11 octobre, àWardrecques, à Pasbost et à Marmilhat montrent que la nitrification de l'azote organique du fumier est lente au contraire dans les terres fortes.
§ 229. — Emploi des fumiers frais et des fumiers consommés.
L'expérience précédente démontre que, dans une terre forte comme celle de Wardrecques, Tammoniaque se nitrifie aisément, mais qu'au contraire la matière organique azotée résiste, il en découle que si nous fumons une céréale, qui ne bénéficie guère que des nitrates, nous devons employer le fumier à un état tel que sa nitrification soit active; par conséquent tious devons le prendre peu fermenté, c'est-à-dire très imprégné d'ammoniaque, non encore métamorphosée par l'action des ferments en matière organique azotée.
Si donc un cultivateur exploite ainsi qu'il arrive souvent des terres de natures différentes, il devra de préférence conduire le fumier qui a séjourné peu de temps sur la plate-forme sur les terres fortes et réserver celui qui occupe la partie inférieure de la masse sur les terres légères.
Cette manière de faire est d'autant mieux justifiée qu'un fumier un peu pailleux aère un sol trop compact, y facilite l'arrivée de l'air; à côté de cet avantage se rencontre le danger d'avoir au moment des semis une terre soulevée, creuse, dans laquelle il n'y ait pas contact intime entre les radicelles et les molécules terreuses, de telle sorte que les roulages seront nécessaires.
Il convient au contraire d'employer sur une terre légère très perméable à l'air un fumier consommé pour éviter qu'une nitrification trop rapide entraîne une déperdition telle que les plantes ne trouvent plus, soit à la fin de la saison, soit l'année suivante, une alimentation azotée suffisante.
Les conclusions que nous déduisons des expériences précédentes sont au reste absolument d'accord avec lespratiques des cultivateurs; on fait usage dans les terres légères de fumiers très consommés, j'ai vu dans l'Allier des femmes distribuer du fumier tellement fermenté qu*il se cassait à la main, tandis qu'au contraire, dans les sols argileux de la Brie cultivés enbillons même lorsqu'ils sont drainés, les fumiers pailleux sont disposés dans les sillons des charrues pour être enterrés à son parcours suivant.
§ 230. — Durée d'action du fumier. — Fumures mixtes.
I L'expérience relative à la nitrification du fumier, exécutée à
I Grignon en 1891, que nous avons rapportée plus haut, présente un
intérêt sur lequel il convient d'insister.
FUMURES MIXTES. 717
Si nous réunissons Tensemble des nombres trouvés, nous reconnaissons que Fazote nitrique total obtenu provient d^une part de la matière azotée du sol, c^est celui que nous a donné l'analyse des eaux écoulées des vases 2, 4, 6 et 8 sans fumier, celles des autres vases 1, 3, 5, 7 ayant reçu du fumier donnent Tazote nitrique provenant à la fois de la matière azotée du sol et de celui du fumier; or nous trouvons pourFensemble de ces deux quantités les chiffres suivants:
Azote nitrique des eaux de drainage provenant de diverses terres, ftimées on laissées sans engrais, mars-octobre 1891 (en milligr.}.
Terres
— 111^ '^^'^ DifTéreoces :
fumées. sans engrais.
Grieçnon 2224 H31 1093
Wardrecqiies 1307 595 712
Marmilhat 1411 660 751
Palbost 1205 727 478
La moitié environ de l'azote nitrique recueilli provient du fumier introduit, par conséquent l'autre moitiéestdue àlanitrificationdes matières azotées formées spontanément dans le sol, des débris des végétations antérieures et enfin des anciennes fumures.
On voit, en effet, que dans le cas le plus favorable celui de la terre de Grignon, un cinquième seulement de Tazote du fumier a été nitrifié Tannée même de son emploi, les quatre autres cinquièmes de Tazote introduit sont restés dans le sol et oxydés peu à peu serviront les années suivantes, apportant à la fumure récente un supplément d'azote nitrique presque égal à celui qu'elle fournit elle-même. Pour les autres terres la fraction du fumier utilisé pendant la première année n'est plus d'un cinquième, mais seulement de
SOO n w A 500 .. ^ .,, , ^300 ,.
— -= 7 pour Wardrecques, -^tô- =^6. 6 pour Marmilhat et -pr =10
pour Palbost. Elle est donc très inégale d'une terre à l'autre, ainsi qu'il a été dit déjà.
Si on admet que la plus grande partie de l'azote assimilé l'est sous forme d*azote nitrique, ce qui n'est absolument exact que dans le cas des céréales, on reconnaît, d'après les expériences précédentes, qu'il faut considérer le fumier comme un engrais lent n'épuisant pas l'année même de son emploi toute son action, mais au contraire accumulant dans le sol des réserves qui ne s'épuiseront que lentement, aussi les cultivateurs habiles cherchent-ils par l'emploi du fumier à maintenir dans leur sol ces richesses qu'ils désignent sous les noms d'engrais en terre^ de vieille graisse^ de vieille force.
Cette lenteur de nitriRcation du fumier, qui souvent retardée par la sécheresse ne se produit pas en temps opportun, explique en outre le grand avantage qu'on a trouvé à employer les fumures mixtes. En ajoutant au fumier du nitrate de soude, on se place dans d'excellentes conditions : en effet nous venons de voir, dans l'expérience précédente, que jusqu'au 20 mai le dixième seulement de Tazote du fumier est nitrifié, si on a fumé à 30,000 kilos, on a introduit dans le sol 150 kilos d'azote, dont 15 kilos seulement seront utilisés, or cette quantité est manifestement insuffisante pour soutenir une récolte de blé, à fortiori de betteraves, et le nitrate de soude sera très utile puisqu'en remployant au printemps, on est certain de fournir à la plante au moment convenable une alimentation d'autant plus précieuse que les nitrates s'accumulent souvent en nature dans la plante même, ils y constituent des réserves qu'elle utilise à la formation des albuminoïdes, à mesure que les hydrates de carbone, provenant de l'activité chlorophylienne deviennent plus abondants.
En résumé il faut considérer le fumier comme un engrais qui ne dépense qu'une fraction de sa matière azotée l'année même de son application; les autres fractions ne s'oxydent que lentement, mais entrent en jeu les années suivantes, elles constituent cette richesse accumulée dans les sols bien cultivés, qui conduit aux grands rendements.
La nitrification des matières azotées du fumier étant étroitement liée aux conditions climatériques, en général peu favorables au premier printemps, il est avantageux de joindre aux fumures du fumier de ferme, des nitrates dont l'action est plus rapide.
§ 231. — Emploi du fumier enfoui ou en couverture.
Je crois qu'on ne doit employer le fumier en couverture que lorsqu'il est tout à fait impossible de faire autrement, or ce cas est aujourd'hui très rare, puisqu'il est facile de se procurer des engrais pulvérulents : tourteaux, poudrettes, guanos, nitrate de soude, sulfate d'ammoniaque, superphosphates, etc., qu'on peut facilement enfouir par un léger hersage.
Dans les essais que j'ai faits à Grignon le fumier en couverture a donné des résultats bien inférieurs au fumier enfoui, il est naturel qu'il en soit ainsi, le fumier en couverture se dessèche facilement et perd une quantité notable d'azote sous forme d'ammoniaque.