RÉTROGRADATION
Après un mois :
Acide phosphorique soluble... 77.80 87.07 89.00
— insoluble. 22.20 12.93 i4.00
Après trois mois :
Acide phosphorique soluble * . . 79 . 50 90 . 00 92 . 00
— insoluble. 20.50 10.00 8.00
Avec le temps la solubilité augmente.
11 en est tout autrement quand on agit sur la poudre des nodules . qui, nous l'avons vu, renferme toujours de l'oxyde de fer; Téchantillon attaqué par Millot renfermait sur 100 parties :
Acide phosphorique 18 .25
Chaux 28.00
Magnésie 1.12
Silice et alumine 37 . 83
Acide carbonique 8.00
Fer total 3.30
Eau et matière organique 3 .50
On a attaqué iOO parties par 80 p. 100 d'acide sulfurique à SS"" et 20 d'eau, on a obtenu :
Après 2«joar. Après Après deux ans
huit jours, deux raois. et demi.
Acide phosphorique soluble ... . 7.18 9.45 3.50 1.10
— insoluble.. 2.68 0.40 5.75 8.36
Total 9.86 il. 85 9.25 9.46
Chaux insoluble 3.51 ' » 1.00 0.66
L'acide phosphorique soluble a donc considérablement diminué, il s'est engagé peu à peu en combinaison avec les oxydes de fer ou d'alumine, il a, comme on dit, rétrogradé.
Un superphosphate conservé en magasin pendant quelque temps renferme donc de l'acide phosphorique à trois états différents.
1"* De l'acide phosphorique soluble dans l'eau, soit libre, soit combiné à la chaux, de façon à former le phosphate acide P^CaH^O'.
2'' De l'acide phosphorique uni à de l'oxyde de fer ou à de Talumine, mais ayant été dissous d'abord et ayant contracté après coup cette union avec les sesquioxydes.
3^ De l'acide phosphorique uni à la chaux et constituant le phosphate de chaux tribasique primitif qui a échappé à l'action de l'acide sulfurique.
L'expérience enseigne que dans nombre de cas les superphos-
phates sont beaucoup plus efficaces que les phosphates naturels ; nous en donnerons plus loin de nombreux exemples, et on peut considérer la chose comme évidente a priori, car il est visible que les cultivateurs ne consentent à payer les superphosphates à un prix plus élevé que les phosphates naturels, que parce que, malgré le prix plus élevé qu'ils en donnent, ils en tirent plus de profit.
Cherchons donc à nous figurer ce que devient dans le sol un superphosphate et puisque ce qui caractérise cet engrais, ce qui le distingue des phosphates naturels, c'est précisément la présence de Tacide phosphorique soluble, concentrons notre attention sur lui. Si on l'introduit dans une terre siliceuse où il ne trouve pas à se saturer, il exerce une influence funeste, la récolte avorte. Bobierre, qui a étudié l'emploi des superphosphates sur les terres schisteuses dépourvues de calcaires de la Bretagne, a donné des preuves nombreuses de leur influence fâcheuse; ce n'est donc pas à l'état libre que l'acide phosphorique est utilisé, mais bien à l'état de combinaison, sa causticité détruirait les radicelles; l'acide phosphorique introduit dans le sol y est en effet bientôt saturé par le carbonate de chaux, par l'alumine ou l'oxyde de fer des argiles. Nous avons résumé, dans le chapitre Y de la seconde partie : Propriétés absorbantes des terres arables^ les travaux exécutés sur ce sujet par Vœlcker et nous y renvoyons le lecteur (page 439).
L'acide phosphorique soluble, introduit dans la terre arable, ne persiste donc pas à cet état de solubilité, et à première vue on ne comprend pas quel avantage on rencontre à dépenser de l'acide sulfurique pour amener à Tétat soluble l'acide phosphorique, si bientôt après avoir été introduit dans le sol cet acide phosphorique reprend sa forme insoluble primitive; pour comprendre cependant l'utilité de cette opération il suffit de saturer par de l'eau de chaux une dissolution d'acide phosphorique : on obtient un précipité léger, gélatineux, insoluble il est vrai, mais absolument différent de la matière dure, lourde, compacte qui constitue les phosphates minéraux ou même le phosphate de chaux de provenance animale.
Ce phosphate précipité est facilement attaquable par l'acide carbonique, encore davantage par les acides organiques comme l'acide acétique, attaquable encore par les carbonates alcalins : toutes ces substances ramènent l'acide phosphorique contenu dans le phosphate précipité à l'état soluble, tandis qu'elles n'agissent que très faiblement sur les phosphates naturels.
C'est parce qu'en se saturant dans le sol l'acide phosphorique