VALEUR DE L*AGIDE PHOSPHORIQUE RÉTROGRADÉ
soluble garde une forme très attaquable, qui lui permet de reprendre très aisément Tétat soluhle, qu'il est précieux; si après avoir préparé ce phosphate précipité gélatineux, on l'agglutine par l'action du feUy il devient moins attaquable et du même coup, beaucoup moins efficace.
£n résumé c'est bien moins la nature de la combinaison dans laquelle il est engagé que la forme même de cette combinaison qui rend l'acide phosphorique assimilable ou non, et on conçoit par suite que l'acide phosphorique soluble ait plus de valeur que l'acide phosphorique non attaqué, et enfin que l'acide phosphorique rétrogradé, lui-même soit, malgré son insolubilité dans l'eau coté sur le marché des engrais à un prix plus élevé que l'acide appartenant aux phosphates non attaqués, toutefois les considérations précédentes doivent être appuyées par des expériences directes sur le terrain, nous les rappelons dans le paragraphe suivant.
§ 242. — Valeur agricole de l'acide phosphorique rétrogradé.
Les chimistes agronomes sont arrivés à distinguer les trois formes sous lesquelles se rencontre dans les superphosphates l'acide phosphorique en épuisant l'échantillon d'abord par l'eau qui enlève l'acide phosphorique soluble, ensuite par une digestion avec le citrate d'ammoniaque ammoniacal qui dissout l'acide phosphorique rétrogradé, enfin par l'acide chlorhydrique ou l'acide azotique agissant à l'ébuUition qui attaque les phosphates, ayant pendant la fabrication résisté à l'acide sulfurique (1).
Cette distinction étant faite, on conçoit que les expériences agricoles puissent être très concluantes puisqu'on saura dans quelle variété d'acide phosphorique les plantes devront chercher leurs aliments.
M. Petermann qui a étudié cette question avec beaucoup de soins (2), rapporte d'abord une expérience de M. le baron Dael von Kœth, exécutée près de Mayence, montrant que quand on ajoute à une fumure azotée suffisante des quantités égales d'acide phosphorique soluble et d'acide phosphorique rétrogradé, on obtient d'une culture d'orge, le même poids de grain et dans le second cas une quantité de paille un peu plus forte que dans le premier.
(1) Voir pour le détail des opérations, à la fin du volume le chapitre XI : Analyse des engi*ais.
(3) Ann. agron., t. VI, p. 5.
Dans une autre expérience, exécutée également sur Torge, M. Petermann a obtenu lui-même 20^*^,66 de grains sans fumure phosphatée, 25''^,32 avec l'acide phosphorique soluble dans Teau, 23*',98 avec Tacide phosphorique rétrogradé, 27*', 31 avec Tacide phosphorique précipité et seulement 21*%83 avec Tacide phosphorique précipité mais chauffé, dans ce dernier cas Tacide phosphorique était devenu insoluble dans le citrate d'ammoniaq^ie ammoniacal.
Une expérience portant sur des pois a donné :
Grmins.
Sans fumure , 46 , 24
Acide phosphorique soluble dans Teau 50.48
— — rétrogradé 49. 58
Phosphate précipité 54.20
— — chaufTé Tacide phosphorique
étant devenu insoluble dans
le citrate d'ammoniaque ... 47.11
L'acide phosphorique rétrogradé a conduit dans ces expériences à des résultats analogues à ceux qu'on a obtenus de Tacide phosphorique soluble, mais inférieur à ceux que fournit Tacide phosphorique précipité.
On désigne sous ce nom l'ucide qui après avoir été dissous dans Teau est précipité de nouveau à l'état insoluble soit par de Teau de chaux, ce qui donne un phosphate tribasique, soit par du carbonate de chaux, qui fournit surtout un phosphate bicalcique; ces substances gélatineuses ou à structure cristalline (1) sont non seulement solubles dans le citrate d*ammoniaque, mais en outre attaquables également par les acides faibles ; tandis que l'acide phosphorique rétrogradé uni à des sesquioxydes est insoluble dans l'acide acétique. On voit cependant qu'aussitôt que ces phosphates perdent leur état gélatineux, par l'action du feu, ils perdent en même temps une partie de leur efficacité ; ce qui confirme ce que nous avons dit plus haut : l'état de la combinaison dans laquelle est engagé l'acide phosphorique a plus d'influence sur son assimilabilité que la nature même de cette combinaison.
Les considérations précédentes permettent de concevoir que les fabricants d^engrais, ne vendent pas leurs produits, en distinguant l'acide phosphorique qu'ils renferment, sous les noms d'acide
(I) Comptes renduSf t. LXVI, p. 1327, E. Pelouze et Dusart.