COMPARAISON ENTRE LES PHOSPHATES NATURELS ET LES SUPERPHOSPHATES
1 fr. 20 le kilogramme, c'est-à-dire toujours plus du double et parfois le triple de Tacide phosphoriqne insoluble.
Ce mémoire provoqua de vives contradictions. A. Vœlcker, chimiste de la Société royale d'agriculture d'Angleterre (1), rappela dans le journal de cette Société, nombre d'expériences où les rendements avaient été considérablement élevés quand on substitua l'emploi des superphosphates à celui des phosphates naturels.
En 1843, le duc de Richmond dépense pour 94 francs par hectare de poudre d'os sur une culture de turneps, il obtient une récolte de 28.763 kilos ; la même poudre d'os traitée d'abord par l'acide sulfurique a donné pour une dépense de 54 francs seulement 33.910 kilos de racines.
En 1845, M. Haunam emploie 753 kilos d'os broyés, par hectare, il en obtient 25.538 kilos de racines ; 376 kilos d'os traités par la moitié de leur poids d'acide sulfurique donnent 40.340 kilos; une quantité moitié moindre du même engrais donne encore 31 550 kilos. Le D"^ Vœlcker cite nombre d'autres exemples favorables à l'emploi des superphosphates.
Quoi qu'il en soit, la question était posée et la discussion précédente provoqua de nombreuses expériences, elles conduisirent naturellement, suivant les sols, à des résultats différents.
M. Garola rapporte notamment (2) qu'aux champs d'expériences de Lucé dans Eure-et-Loir, riche en débris organiques, les nodules pulvérisés ont produit autant d'effet que les superphosphates.
Au contraire, au champ d'expériences de Cloches, cultivé par M. Oscar Benoit, la terre est moins riche en débris organiques, les superphosphates . ont exercé sur la culture des betteraves une influence très marquée, tandis que les nodules n'ont rien donné. Au champ d'expériences de Gas, encore cultivé par M. 0. Benoist, la terre ne renferme que 0 *^ 58 d'acide phosphorique par kilogr. l'emploi des superphosphates fournit 35 hectolitres d'orge, celui des nodules laisse la récolte à 21, tandis que sans engrais phosphatés on obtenait 19 ^,75.
M. Raulin, au champ d'expériences de Pierre-Bénite, dépendant de la station agronomique de Lyon, trouva pendant la première année d'emploi sur du blé Dattel, une supériorité marquée aux superphosphates sur les nodules, mais il ajoute avec raison que les phosphates à acide peu soluble ne peuvent être jugés par une
(1) Ann, agron.t t. VI, p. 501.
(2) Ann. of/ron., t. XI V, p. 170
seule année (Inexpériences et qu'il convient de voir si leur action peu sensible, immédiatement après leur épandage, ne s'accentue pas les années suivantes. 11 trouva en effet, en continuant ses essais, que les nodules réduits en poudre, qui n'avaient rien donné Tannée même de leur emploi, fournirent au contraire sur les récoltes qui suivirent, un excédent sur la parcelle sans engrais plus considérable que les superphosphates ; aussi Tauteur arrive4-il à cette conclusion : « les phosphates à acide insoluble dans le citrate sont lentement assimilables par les céréales, soit qu'ils se modifient dans le sol avec le temps, soit qu'ils se disséminent peu à peu par des cultures répétées : on peut donc les employer avec profit, à condition d'en mettre la première année un grand excès, et de réparer les pertes les années suivantes (1). »
M. Raulin arrive ainsi, à une conclusion analogue à celle de M. Jamiesson; M. Grandeau d'autre part a soutenu la même opinion ; on fera donc bien d'essayer comparativement les phosphates [ insolubles et les superphosphates, en se rappelant que les phosphates
; insolubles n'agissent que lentement et que c'est souvent l'année qui
[ suit leur épandage que leur action devient sensible. Il est bienà re-
I marquer au reste que le prix des superphosphates étant aujour-
I d'hui beaucoup moins élevé qu'au moment où cette question a été
[ soulevée, l'intérêt de substituer des phosphates insolubles au su-
> perphosphate a singulièrement diminué.
§ 2S3. — Emploi des scories de déphospuoration.
^ Nous avons vu que l'industrie métallurgique fournit actuellement
à l'agriculture une grande quantité de scories riches en acide phosphorique, dont l'emploi s'est beaucoup répandu pendant ces dernières années.
MM. Wrighton et Munro ont exécuté un grand nombre d'essais de ces matières, dans deux localités différentes en Angleterre {î\ àDownton, le sol est léger, crayeux, il accuse à l'analyse 27,9 àe carbonate de chaux et 0,2S d'acide phosphorique, dont 0,07soluble dans l'acide acétique ; à Ferryhill, dans le Durham, la terre ne renferme au contraire que 0,1 S de carbonate de chaux et 0,054 d'acide phosphorique.
On a employé dans ces expériences : des scories, du phosphate
(1) Ann. agr.f t. XV, p. 177, ^2) An.i, agy., t. XII, p. iS8.
EMPLOI DES SCORIES DE DÉPflOSPHORATION. 767
précipité, du superphosphate, contenant 12 p. 100 d'acide phosphorique, un superphosphate riche à 20, 1 p. 100 d'acide phosphorique et de la poudre de nodules à 23, 1 p. 100 d'acide phosphorique.
Les scories et le phosphate précipité présentaient la composition suivante :
Scories. Phosphate précipité.
Chaux 41 .54 29.91
Magnésie 6.13 0.63
Alumine 2.60 1 .89
Protoxyde de fer 14. 66 traces.
Peroxyde de fer 8.64 3.62
Protoxyde de manganèse. ... 3.81 O.o6
— de vanadium 0.29 0.99
Silice 7.40 7.53
Acide phosphorique 14.32 30.89
Anhydride suif urique 0.31 5.13
Soufre 0.23 n
Acide carbonique » 0.28
£au combinée » 11.66
Humidité » 7.06
Dans Texpérience suivante sur les turneps, les auteurs ont mis en comparaison diverses formes d'engrais phosphatés, ils ont ohtenu les résultats suivants :
300 kil. de superphospliates à l'hectare ont donné :
Tonnes.
A Downton un accroissement de 8.8 par hectare valant 77 francs. AFeiryhill — 11.3 — 98 —
300 kil. de pondre de nodules :
Tonnes.
A Downton un accroissement de 1.8 par hectare valant 16 — AFerryhiil — 10.0 — 87 —
600 kil. de scories :
Tonne?.
A Downton un accroissement de 8.8 par hectare valant 77 — AFerryhiil — 14.4 — 126 —
A Ferryhill, sol non calcaire, les scories réussissent mieux que les superphosphates, cependant, en donnant ces deux engrais en poids tels, qu'ils renferment la même quantité d'acide phosphorique, on trouva que Tacide phosphorique soluhle des superphosphates est plus efficace que Tacide contenu dans les scories, mais
les différences sonl bien plus grandes à Downton qu*à Ferryhill.
En préparant, à Taide des scories, un phosphate précipité, on trouve encore qu'à Downton ce phosphate est plus efficace que celui des scories et surtout que celui des nodules, mais qu'à Ferryhill, le phosphate précipité et les scories, supérieurs Tun et Tautre aux nodules exercent des actions presque semblables.
Répandues sur des sols peu calcaires, les scories exercent donc souvent une influence décisive. C'est ce qui découle encore des expériences suivantes :
M. P. Geoay les a mises en comparaison dans une série d'expériences, disposées de 1886 à 1888 (1). Résumant les résultais obtenus, cet habile cultivateur s'énonce ainsi :
« En employant des engrais chimiques complets dans lesquels Tacide phosphorique a été donné au sol sous une forme différente dans chaque lot, mais toujours pour la même somme d'argent par hectare, on reconnaît que le phosphate minéral est de beaucoup inférieur aux trois autres. Malgré la présence de Tazote et de la potasse en quantité considérable le phosphate minéral n^a été assimilé qu'en faibles proportions et son emploi a occasionné une perte de 27 francs alors que le phosphate précipité donnait un produit net de 63 francs, le superphosphate de 122 francs et la farine de scorie phosphorée de 357 francs.
Nous trouvons d'autre part dans le bulletin de la station agronomique de la Loire-Inférieure, les résultats suivants dus à M. Andouard,qui cultive aux environs de Nantes un champ d'expériences silico argileux; la terre ayant reçu le même poids d*azote assimilable a fourni à l'hectare, en 1889.
Scories Diffêr«)nc«s
de Piiosphates en faTeor
déphospho- fossiles. des scories.
ration,
quint, met. quint, met. qnint. met
Blé du pays | Grain 21.8 19.4 2.4
*^ ' (Paille 45.2 40.6 4.6
Avoine noire .... I !;••*;» «f.S 18.6 4.2
Paille 40.5 36.4 4.6
Prairie naturelle. Fo'" «•? «.5 3.0
Scories de Super-
déphospho- phosphates, ration.
Blé Victoria ]^ 24.0 20.4 3.6
/Paille 44.5 46.6 — 2.1
^1) Aun, ayr., t. XVI, p. 217.