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ENGRAIS DE POTASSE SUR LES BETTERAVES

Ainsi, tandis que le chlorure de potassium employé seul a augmenté la récolte, qu'il Ta augmentée encore davantage quand il a été mélangé au superphosphate, l'acide phosphorique sans potasse n'a exercé aucune action.

Voilà donc une terre sur laquelle la potasse est avantageuse; on remarquera cependant que ces cultures ont eu lieu sans qu'on employât le fumier de ferme; si on avait commencé par en distribuer, il est vraisemblable que le complément de chlorure de potassium «ùt été sans effet.

Nous en trouvons une preuve dans un mémoire du D' Gilbert sur la culture des pommes de terre; en employant un engrais complet, renfermant du nitrate de soude ou des sels ammoniacaux, des superphosphates et des sels de potasse de chaux et de magnésie, on a obtenu en moyenne 14785 et 14923 kilos de tubercules sains à l'hectare, de 1876 à 1887 ; quand on a employé du fumier, du nitrate de soude et du superphosphate, sans sels de potasse, le rendement a été de 14782 kilos, c'est-à-dire à peu près semblable aux précédents. En résumé, quand la culture sera soutenue par des produits chimiques, on fera bien d'essayer d'ajouter au nitrate de -soude et au superphosphate du chlorure de potassium, si on cultive la pomme de terre dans une terre sablonneuse ; mais si on donne du fumier de ferme, l'addition de l'engrais de potasse sera généralement inutile.

Topinambours. — Dans un travail publié récemment (1), M. Lechartier a trouvé que sur un sol renfermant S*"" par kilo de potasse attaquable, le chlorure de potassium exerçait une influence décisive sur le développement des topinambours, tandis que sans engrais on obtenait 20 tonnes de tubercules à l'hectare, l'emploi du chlorure de potassium portât la récolte à 35 tonnes.

Emploi des engrais de potasse sur les cultures de betteraves. — Les engrais de potasse ne doivent être employés sur les betteraves à sucre qu'avec quelques précautions; s'ils n'augmentent pas la récolte, ce qui arrive dans les terres fertiles, ils sont facilement absorbés par les racines, accroissent le poids des cendres et abaisfîent le coefficient de pureté.

En 1866, les expériences exécutées à Grignon, ont donné dans une des terres sur lesquelles jivaient été disposés les essais, 42700 kilos de betteraves roses de Flandre, pour les parcelles sans

(1) Ann. agr., t. XVIII, p. 70.

engrais de potasse, et 44 000 pour celles qui en ont reçu; cl sur une autre partie du domaine 36400 pour les parcelles sans engrais de potasse et 35500 pour celles qui en ont reçu. La récolte n'a donc pas été sensiblement augmentée; la proportion de sucre n'a pas varié, mais en revanche on a trouvé dans un cas 0,84 de cendres dans 100 de betteraves venues sur engrais potassique, contre 0,68 dans les betteraves sans engrais; dans l'autre essai, 1.06 de cendres pour 100 de betteraves à engrais de potasse contre 0.67 dans les betteraves sans engrais; l'influence des engrais de potasse a donc été tout à fait défavorable ; en 1867 les résultats ont été également désavantageux. Corenwinder avait de son côté étudié Taction des engrais de potasse sur la betterave et n'en avait obtenu aucun profit.

11 ne faudrait pas conclure de ces échecs, que la potasse ne soit pas nécessaire à la betterave ; c'est à une autre cause qu'il faut attribuer le peu d'influence qu'exercent sur elle les engrais de potasse; il est à remarquer d'abord que les betteraves ne sont habituellement cultivées que dans des terres fertiles où la potasse ne fait pas défaut, il est à remarquer en outre que la betterave bénéficiant à un haut degré de la matière ulmique, reçoit des fumures de fumier de ferme, et avec elles des quantités notables de potasse, qui enlèvent toute utilité aux applications directes de ces engrais.

Remarquons cependant que même, quand on cultive avec des engrais chimiques, la potasse n'exerce pas une influence décisive. M. Pagnoul (1) ayant disposé en 1872, 73 et 75 des cultures de betteraves sur deux sortes de parcelles, les unes recevant chaque année des sels de potasse et les autres des sels de soude, reconnut que les betteraves à la potasse étaient un peu supérieures pour la richesse et la pureté, un peu inférieures pour le rendement. M. Pagnoul ne conseille de substituer le nitrate de potasse au nitrate de soude que lorsque les prix de ces deux engrais ne seront pas très éloignés l'un de l'autre.

§ 258. — Emploi des engrais de potasse sur les céréales.

Blé. — Il y a longtemps que M. G. Ville (2) a montré que la potasse était un élément indispensable au développement du blé,

(I) Ann. agr., t. II, p. 328.

(2} Comptes rendus f t. Ll, p. 24G, 1860.

ENGRAIS DE POTASSE SUIl LES CÉRÉALES. 781

nous avons insisté plus haut (page 165) sur la netteté des résultats qu'il a publiés; on en pouvait déduire que lorsque la potasse n'est pas très abondante dans le sol ou que les conditions favorables à sa dissolution ne se rencontrent pas, l'emploi des engrais de potasse doit être particulièrement efficace sur la culture du blé.

J'en puis citer, en effet, des exemples : en 1866, à Grignoa, une parcelle qui est restée sans engrais de potasse a fourni seulement 21 heclolitres de blé, deux autres qui ont reçu soit du sulfate de potasse pur, soit du sulfate de potasse et de magnésie ont donné 22 et 23'',5, enfin quand la potasse a été donnée sous forme de chlorure avec le kalidunger, la récolte est montée à 27 hectolitres.

En 1867, sans engrais de potasse, on a recueilli sur les parcelles témoins 15^,5 et 17'',5; les parcelles qui ont reçu l'engrais depo* tasse seul ont donné en moyenne 24**, 4, associés à du phospho-guano les engrais de potasse ont donné 27 hectolitres et 30 quand on a ajouté à ces deux engrais, du sulfate d'ammoniaque.

Depuis cette époque, j'ai essayé à Grignon, à diverses reprises, les engrais de potasse sur le blé sans en tirer grand avantage, il est facile d'en trouver la raison, on s'est particulièrement occupé au champ d'expériences du blé à épi carré, qui ne donne de pleines récoltes que lorsqu'il se trouve dans une terre très fertile, on a donc été conduit à ne le mettre que sur des terres enrichies par de copieuses distributions de fumier de ferme, soit pour la récolte qui a précédé le blé, soit pour le blé lui-même ; or ainsi qu'il a été dit déjà, le fumier apporte assez de potasse pour qu'en général, une nouvelle addition devienne inutile.

Un des plus beaux exemples qu'on puisse citer de l'emploi des engrais de potasse dans la culture du blé est fourni par les cultures aux engrais chimiques de Rothamsted, tandis qu'en maintenant constantes les quantités de sulfate d'ammoniaque (448 k.) et de superphosphates (407 k.) on obtient sans autre addition 25 hectolitres de grains à l'hectare, on monte à 30, quand on ajoute à ces engrais du sulfate de potasse ; il est remarquable que le rendement soit le même, quand on substitue du sulfate de soude ou du sulfate de magnésie, au sulfate de potasse; on conçoit qu'il en soit ainsi quand on se rappelle l'expérience que nous avons citée (page 150), dans laquelle on a vu des haricots arrosés par des dissolutions de plus en plus riches en sel marin, mourir par pléthore de chlorure de potassium; montrant ainsi que le chlorure de sodium ajouté avait fait double échange avec le carbonate de potasse du sol.

Il ne faut pas croire cependant qu'il soit indiiTérent de distribuer aune culture de blé : du sulfate ou du cblorure de potassium, le second me parait préférable; dans les expériences que j'ai exécutées sur ce sujet en 1866, j'ai employé des quantités de potasse égales et cependant quand elle a été donnée sous forme de sulfate de potasse, elle a été, ainsi qu'il vient d^èlre dit, bien moins efficace que sous forme de cblorure.

On se rappelle enfin les expériences de Nobbe, Erdmann et Schrœder sur l'action qu'exerce le chlorure de potassium sur la migration de Tamidon et je ne serais pas étonné que celte action se produisit dans le blé (page 167).

M. Fr. Bella, ancien directeur de l'École de Grignon, pensait que s'il est avantageux de mettre des blocs de sel gemme dans les bergeries, ainsi que l'École le fait depuis longtemps, c'est non seulement parce que ce sel exerce une influence heureuse sur la santé du bétail, mais aussi parce que passant dans les urines, puis dans le fumier, il arrivait finalement au sol au grand bénéfice des cultures. Une serait pas étonnant qu'il en fût ainsi, le chlorure de sodium se transformant aisément dans le sol en chlorure de potassium.

Avoine. — On doit à M. D. Zolla, professeur à TEcolc de Grignon, une observation très nette de l'influence heureuse qu'exerce parfois le chlorure de potassium sur la récolte d'avoine (1)^ elle a porté sur une très grande culture de 30 hectares divisée en plusieurs pièces, sans chlorure de potassium on a obtenu 47^,4 de grain, avec 45 kilos de chlorure de potassium à l'hectare, on a recueilli 47**, 8, la différence est minime, mais lorsque la dose a été portée à 190 kilos, on en a obtenu 51*',45.

Dans son ouvrage sur l'emploi des sels de potassé en agriculture M. Mœrcker est très affirmatif, il dit :

« De sept essais se rapportant à l'engrais de potasse dans la culturc de l'avoine, pas un n'a donné un résultat défavorable. Nous pouvons dire que l'avoine est une des plantes sur lesquelles les sels de potasse exercent le plus d'influence, cette influence se fait sentir môme dans les meilleures terres. »

Nous n'avons pas, à Grignon, observé ce résultat avec la mémo netteté, et je ne serais pas étonné que cette divergence dût être attribuée à la place qu'occupe l'avoine dans notre assolement :

(1) .47171. agron., t. XI, p. 45.

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