EMPLOI DU SULFATE DE FER
que les quaatités qu'il s'agit d'introduire sont extrêmement éloignées de celles que renferment les terres salées ; celles-ci contiennent plus d'un millième de sel, donc plus de 4,000 kilos à Thectare de 4,000 tonnes; or les doses qu'il s'agit d'introduire varient de 100 à 200 kilos; c'est-à-dire sont 20 ou 40 fois plus faibles que celles qui sont nuisibles.
Ces faibles quantités peuvent-elles être avantageuses ? A vrai dire, elles agissent seulement comme du chlorure de potassium, car ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois, le sel marin ajouté à urv sol, non absolument privé de potasse, s'y transforme en chlorure de potassium; or, celui-ci agit avantageusement sur les cultures de céréales et sans doute sur d'autres plantes cultivées pour leurs graines, et on conçoit dès lors, ce qui parait au premier abord paradoxal, que le sel marin puisse être avantageux, bien que le sodium ne se rencontre pas dans les végétaux de grande culture autres que la betterave.
Le sel marin sera donc utile par son chlore, et par son chlore seulement, et s'il était répandu sur une terre pauvre en potasse, il n'aurait aucune chance d'être assimilé, tandis qu'il pourra Têtre dans une terre où la potasse ne fait pas défaut.
S'il s'agit d'acheter des sels neufs, la différence de prix entre le chlorure de sodium et celui de potassium ne serait peut-être pas suffisante pour que, dans la culture des terres argileuses, on donnât la préférence au meilleur marché, mais il arrive souvent qu'on trouve à acquérir des sels de rebut : saumures, etc. Or ils peuvent être avantageux sur les sols riches en potasse, mais ils n'exerceraient aucune action utile sur les calcaires ou sur les sables.
§ 263. — Sels de fer.
Sulfate de fer. — Nous avons vu, page 150, que les sels de fer se sont montrés efficaces contre la maladie des plantes désignée sous le nom de chlorose; nous savons en outre que les dissolutions un peu concentrées de sulfate de fer sont employées pour détruire les plantes atteintes par la cuscute, mais ces exemples d'emploi des sels de fer ne justifient pas la place très importante qu'on est porté depuis quelques années à lui donner dans les formules d'engrais.
Si, en Angleterre, M. Griffiths parait avoir obtenu un effet avantageux du sulfate de fer, un grand nombre d'expériences exécutées par MM. Muntz, Grandeau, Wriglhson et Munro, Gaillot ont été négatives.
M* Marguerite Delachardonny assure au contraire avoir obtenu de très bons effets du sulfate de fer à la dose de 200 à 300 kilos par hectare.
Les travaux de M. A. Bernard, directeur du laboratoire départemental de Saône-et-Loire peuvent peut-être donner la raison de ces divergences : d'après lui, le sulfote de fer en passant au maximum sous rinfluence de Toxygène de Tair, réagirait sur le calcaire du sol pour le dissoudre, et diminuerait ainsi Texcès de cet élément nuisible à certains sols; l'emploi du sulfate de fer serait donc avantageux dans les sols calcaires et seulement dans ceux-là.
Ces essais doivent toujours être conduits avec une extrême prudence et sur de petites surfaces ; les doses un peu fortes exerçanl souvent une influence funeste.
Gendres pyriteuses. — Gendres de Picardie. — Il existe dans les départements de l'Aisne et de la Somme, des ligniles imprégnées de pyrite blanche, qui comme on sait s'oxyde très aisémenl au contact de l'air; ces matières sont disposées en tas, elles ne lardent pas à s'échauffer, il se forme des sulfates de fer et d'alumine, qu'on extrait par des lavages; les résidus dans lesquels le fer a passé à l'état de scsquioxyde, désignés sous les noms de cendres de Picardie, cendres rouges, renferment de 0,S à 2 centièmes d'azote et une proportion notable de sulfates.
M. Gaillot, directeur de la station agronomique de l'Aisne a trouvé à des cendres iioires, la composition suivante :
Matières organiques 20.2
Sulfate de protoxyde de Ter.. 15.1 )
— sesquioxyde de fer. 6.3 [ soit 34 0/0 de sels solublcs.
— d'alumine 12.6 )
Azote 0.47
On a trouvé dans les cendres rouges de Picardie do 0,5 à 0,6 d'azote, de 16 à 24 de matières organiques, et des quantités de sulfate de protoxyde et de sesquioxyde de fer variant de 16 centièmes pour les cendres non lessivées à 5 pour celles dont on a extrait les sols solubles par un lavage incomplet.
La structure sablonneuse des cendres, leur couleur qui modifie la teinte trop claire des terres calcaires, enfin leur teneur en azote et en sulfate, peut-être le sulfate de fer, qui se produit par l'oxydation lente de la pyrite qui n'a pas été transformée pendant la mise en las, expliquent Tefficacité de ces matières dont l'emploi est très fréquent dans la région septentrionale. On répand les cendres de
Picardie à la dose de 10 ou 12 heclolitres par hectare, elles sont' vendues 10 francs la tonne en gare d'origine. Pas plus que le sulfate de fer, les cendres ne réunissent dans tous les terrains : dans • une expérience exécutée en 1891, M. Gaillot a obtenu d'une terrefumée aux engrais chimiques 40 tonnes de betteraves à Thectare, mais avec la même fumure, la récolle est tombée à 37 tonnes quand ' on a répandu des cendres noires, et à 37\8, quand à l'engrais s'est ajouté du sulfate de fer.