ALTÉRATIONS DE LA CHLOROPHYLLE
régulateur (1) quand ils n'avaient pas traversé une couche de verre.
II est à remarquer au reste que les rayons qui déterminent la destruction de la chlorophylle sont différents de ceux qui provoquent le verdissement, c'est ce qu'a démontré M. J. Sachs par une élégante expérience.
Une éprouvette à pied est remplie d'une dissolution alcoolique de chlorophylle, on y plonge un tube également rempli de cette même dissolution et on reconnaît que la chlorophylle y reste sans altération, tant qu*elle est protégée par la couche extérieure qui se décolore peu à peu ; les rayons actifs pour provoquer la décompo* sition sont arrêtés par la dissolution extérieure; si cependant on enlève cette dissolution intérieure et qu'on la remplace par un tube renfermant de jeunes plantes étiolées, elles verdissent, la chlorophylle extérieure, même encore intacte, étant incapable de retenir les radiations efficaces pour provoquer ce verdissement.
Il résulte des recherches de M. Reinke que l'action destructive des diverses radiations lumineuses est en relation étroite avec leur faculté d'absorption ; en représentant par 100 la quantité de chlorophylle détruite par la partie rouge orangée correspondante à la grande bande d'absorption, il trouve que dans le rouge sombre, à gauche de la bande d'absorption, cette destruction n'est plus repré* sentée que par 37, par 77 pour Torangé, 53 pour le jaune, 33 pour le vert, mais qu'elle remonte à 49 et à 72 pour le bleu et le violet, lun et Tautre bien absorbés (2).
L'altération rapide de la chlorophylle sous l'influence des radiations lumineuses parait être due à une oxydation : M. Y. Jodin (3) a trouvé qu'une dissolution de chlorophylle exposée à l'action de la lumière se décolorait en absorbant de l'oxygène et émettant de l'acide carbonique, mais cette oxydation n'a pas lieu à l'obscurité ; d'autre part on a reconnu qu'à l'abri de l'air la chlorophylle ne se décolore plus, M. Pringsheim a maintenu de la chlorophylle intacte, même en concentrant sur elle les rayons au moyen d'une lentille, à la condition de faire parcourir le tube qui la renfermait par un courant d'hydrogène ou d'acide carbonique.
§ n. — Disposition des grains de chlorophylle dans les cellules. Un grand nombre d'observateurs : MM. Bœhm, Sachs, Familzin,
(1) Ann. agron,, t. Vil, p. 457.
(î) Arm, agron., t. XI, p. 231.
P) Comptes rendus, t. LIX, p. 857 (1864).
Borodin, Prilleux ont observé les diverses positions que prennent dans les cellules les grains de chlorophylle ; ces mouvements s*ob • servent surtout dans les plantes inférieures, notamment dans les mousses désignées sous le nom de Mniums (1). M. Borodin a étendu ces observations à la plante aquatique désignée sousle nom de Lemna trisulca (2). Il a vu les grains de chlorophylle, d'abord distribués irrégulièrement dans les cellules, changer de place sous rinfluencc de l'insolation, se réunir sur les parois, y former un chapelet continu, puis finir, si l'éclairage est trop vif, par se grouper, soit sur les parois des cellules parallèles aux rayons incidents , soit même former des paquets volumineux dans les angles des cellules comme s'ils fuyaient l'action trop vive des rayons lumineux.
Cette étude a été reprise plus récemment par M. Stahl, il a particulièrement opéré sur un Mesocarpus, algue filamenteuse, fréquente dans les fossés pleins d'eau ; chaque cellule renferme un ruban de chlorophylle qui parcourt toute sa longueur, apparaissant tantôt, lorsqu'il est vu de champ, comme un mince filet vert, tantôt, quand il se présente de face, comme une large plaque qui remplit toute la cavité cellulaire.
Ces filaments étant étendus horizontalement sur le porte-objet du microscope, on remarque qu'ils se déplacent avec la direction des rayons lumineux qu'ils reçoivent; si on soumet le mésocarpus à un éclairage modéré dirigé horizontalement le ruban se place verticalement, de façon à ne montrer que sa tranche à l'observateur, tandis qu'il se remet à plat en présentant sa largeur si la lumière arrive verticalement; les filaments s'orientent ainsi perpendiculairement aux rayons lumineux tant que ceux-ci proviennent d'une lumière diffuse peu énergique; mais c'est l'inverse qui a lieu quand on emploie les rayons solaires directs, dans ce cas les rubans de chlorophylle se déplacent et, pour se soustraire aux radiations trop énergiques, ils ne leur présentent que leur tranche (3), c'est-à-dire qu'ils sont horizontaux quand la lumière est elle-même horizontale et verticaux quand elle est verticale.
C'est peut-être aux déplacements des grains de chlorophylle dans les cellules, qu'il faut attribuer le fait observé depuis longtemps par J. Sachs de la décoloration des feuilles exposées à une vive lumière. L'expérience est facile à répéter, en appliquant de
(1) Famitzin, Ann.des sciences naturelles. Botanique^ 5« série, t. VII, p. 193.
(2) Borodin, Ann. scien. nafur. bot, 5« série, t. XII, p. 80.
(3) Ann. agron.^ t. VII, p. 150.