CHIMIQUES
L'emploi simultané de ces deux engrais conduit aux grandes récoltes, et cela pour plusieurs raisons.
Le fumier est formé des résidus de la digestion des animaux qui consomment des aliments récoltés sur le domaine, résidus excrémenlitiels reçus sur des pailles également fournies par le domaine. Supposons que le sol considéré soit pauvre en acide phosphorique ou eu potasse, visiblement la petite quantité de ces éléments que renferment les fourrages sera utilisée par les animaux qui n'en laisseront échapper que des traces, les pailles elles-mêmes perdront au moment de la maturation tout ce que les plantes auront pu recueillir de ces éléments nécessaires à l'élaboration des grains; le fumier sera donc pauvre lui-même en acide phosphorique ou en
(1) An?i. agr,, t. XVII, p. 517.
EMPLOI SIMULTANÉ DU FUMIER ET DES EiNGRAIS CHIMIQUES. 80$
potasse et les plantes ne deviendront vigoureuses que lorsqu'ellesrecevront de Textérieur des phosphates ou des sels de potasse.
ËnoutrO) bien que Tazote ammoniacal ou organique du fumier puisse être assimilé, c'est après nitrification que cet azote pré^ sente le plus d'efficacité, or nous avons vu que le fumier ne laisse^ nitrifier son azote que lorsque les conditions d'humidité et de température sont convenables; sr le printemps est sec et froid, cette* nitrification ne se produit que très incomplètement au moment même où la jeune plante a besoin d'une alimentation copieusepour se développer vigoureusement ; on conçoit, par suite quel'addition d'une faible quantité de nitrate de soude puisse exercer une influence décisive.
Nous avons donné déjà dans le chapitre consacré à l'étude di» nitrate de soude et du sulfate d'ammoniaque des exemples desrécoltes obtenues par l'emploi simultané du fumier et des engrais* chimiques, nous pouvons y ajouter encore quelques résultats empruntés aux cultures de Blaringhem.
En i885, on a recueilli à l'hectare en blé, à épi carré :
Grain. Paill«.
ktl. kil.
Avec fumier seulement | ^5*J ^S
k^^n f.,«»;^ ^ sulfate d'amm. et superph 4900 8800
Aveciuraierj __ ^^^ ^^^^
A ^ p -^ ( azotate de soude et superph. . . 4750 10100 Aveclumierj ^^.^ ^^^^
{ sulfate d'amm., superph. et chlo-
Avec fumier | ^^^^ ^® potassium 46o0 8400
j sulfate d'amm., superph. et chlo-
( rure de potassium 4850 9500
Ainsi dans cette expérience les admirables rendements de 48 et V9 qtm. de grains correspondant à 57.6 et à 58.8 hectolitres ont été obtenus avec une fumure renfermant outre du fumier des engraischimiques; la terre de Blaringhem est très argileuse, la potasse n'y fait pas défaut, et l'addition du chlorure de potassium aux deux autres engrais n'a présenté aucune efficacité.
En 1886, sur le même domaine de Blaringhem, avec du fumier seul on obtenait 41^"*, 4 de grain, et 46«"» quand au fumier se sont ajoutés les nitrates et les superphosphates.
En 1887, année moins favorable avec une forte fumure de 34,000 kilos de fumier à l'hectare, le blé à épi carré a rendu à Blaringhem 32'*",5, et 38'*°', 2 quand au fumier on a ajouté des superphosphates^
Il Q*est pas besoin d*iDsislcr davantage, d'autant plus que riiabitude d'ajouter à une bonne fumure de fumier pour betteraves une fumure complémentaire, soit de superphosphate, soit de nitrate do soude, soit de Tun et de l'autre, est aujourd'hui reconnue si avantageuse qu'elle est pratiquée par nombre de cultivateurs; ils emploient aussi avec succès une fumure très modérée de nitrate de soude, ou de sulfate d ammoniaque pour blé, sur une forte arrièrefumure de fumier donné aux betteraves; à Grignon, où la fumure directe du blé détermine aisément la verse, j'obtiens mes meilleures récoltes de blé après betteraves, en donnant seulement de 130 à 200 kilos de nitrate de soude.
Le très grand avantage que présentent les engrais chimiques, c'est d'oiïrir séparément les divers engrais de fertilité, azote, acide phosphorique et potasse, on n'ajoute que l'élément qui fait défaut, aussi je vois que presque tous les cultivateurs, de même que presque tous les syndicats, achètent simplement les matières premières : nitrate de soude ou sulfate d'ammoniaque, comme engrais azotés, superphosphates ou scories de déphosphoration, chlorure ou sulfate de potassium, comme engrais phosphatés ou potassiques, et font de moins en moins usage des engrais complets ou intensifs, présentant des formules qui ne s'appliquent avantageusement que sur des sols où manquent à la fois tous les éléments de fertilité.
§ 267. — Emploi simultané des engrais vehts et des engrais
chimiques.
L'emploi des engrais verts remonte, ainsi qu'il a été dit déjà, à l'antiquité la plus reculée, il a été préconisé de nouveau depuis quelques années par M. Georges Ville, sous le nom de $idération\ la découverte d'Hellriegel et Wilfarlh, sur la fixation de Tazote par les légumineuses, enfin les recherches récentes, montrant combien sont considérables les pertes de nitrates que subissent les terres au moment des grandes pluies d'automne, ont appelé l'attention des cultivateurs sur les cultures dérobées pour engrais vert.
Si cette pratique se généralise, elle ne pourra être avantageuse qu'à la condition de s appuyer sur l'emploi des engrais chimiques. Il est visible que les engrais verts, si ce sont des légumineuses, apportent au sol une certaine quantité d'azote prélevé sur Talmosphère , si ce sont les plantes d'autre famille : elles retiennent les nitrates, empêchent les déperditions, mais n'enrichissent le sol