‹ Traité de chimie agricoleChapitre 368 sur 399 · A IX · texte numérisé non relu

A IX

sont représentées par -p-» "Y * ^^"^î ^^^t ^'^® ^^^^^ ^^ ~p" • " y

a cinq ans l'engrais valait moins qu'il ne vaut aujourd'hui.

Cette conséquence est tellement fatale, il est tellement nécessaire que le prix d'achat des engrais ne s'écarte pas trop de leur valeur, qu'il y a quelques années la baisse des produits agricoles a entraîné celle des engrais ; les prix de l'azotate de soude, du sulfate d'ammoniaque ou de l'acide phosphorique n'étaient plus, il y a cinqansy ce qu'ils étaient dix ans auparavant, avant la baisse du blé.

Nous avons dit que dans le département de l'Hérault où l'on emploie, pour la culture de la vigne, le chiffon de laine, celui-ci se vend

d'autant plus cher que le prix du vin est plus élevé ; nouvelle preuve que le prix des engrais suit celui des matières qu'il sert à obtenir.

Quand on cultive des plantes de haut prix, des fleurs, des primeurs, on peut impunément forcer la dépense d'engrais, la plus petite différence obtenue entre R et R' étant multipliée par Y, qui a une grande valeur, donne à a: un prix qui suffit pour surpasser la dépense d'acquisition.

Le mode de calcul que nous venons d'indiquer conduit non seulement à la détermination de la valeur qu'a présenté l'engrais l'année même où il a été employé, elle permet en outre de savoir comment l'engrais se partage entre diverses cultures successives.

Fraction de la valeur de l'engrais qui incombe aux récoltes

successives. — La valeur de x déterminée précédemment repose seulement sur la comparaison entre les deux premières récoltes R et R', mais il est rare qu'un engrais épuise son action en une année ; très habituellement, au contraire, son influence est encore sensible pendant les années suivantes; pour connaître cette seconde valeur de l'engrais qu'il faudra ajouter à la première, il conviendra donc de continuer la culture sur les deux parcelles précédentes pendant une seconde saison, sans nouvel apport d'engrais. Supposons que, pondant cette seconde saison, on ait une récolte R" sur la parcelle qui a reçu l'engrais l'année précédente et une récolte R'", sur la parcelle cultivée sans engrais; il peut arriver que R^'^R" auquel cas l'action de l'engrais est épuisée et la valeur se réduit au chifTi-e x trouvé la première année, mais plus habituellement il n'en est pas ainsi et on a R' > R ".

En effectuant comme dans le cas précédent le calcul

on aura une seconde valeur x^ qui variera naturellement avec le prix de vente V afférent à cette seconde récolte.

En comparant xk x ow saura comment l'engrais s'est partagé entre les deux récoltes et par suite quelle part incombe à chacune des cultures.

En continuant pendant une troisième année la culture sur les mêmes parcelles toujours sans nouvel apport d'engrais, on aura une troisième valeur j:" à ajouter aux deux premières, et ainsi de suite jusqu'au moment où l'assolement terminé on donnera une nouvelle fumure.

La valear totale de Tengrais X sera donc formée de valeurs phtlielles j:-f-x'4-a;''4-j:''; et, ainsi qu'il a été dit, ce mode de calcul nous fournit non seulement une appréciation exacte de X pour les conditions dans lesquelles on a opéré, mais encore elle nous donne la fraction de X qui incombe à chacune des cultures, non plu& arbitrairement, mais d'après une donnée expérimentale, et on conçoit que si on avait un nombre suffisant d'expériences exécutées dans des conditions identiques, on pût en tirer pour chacune de ces valeurs une estimation* approchée, qui serait d'une grande utilité dans les calculs auxquels se livrent les cultivateurs.

La valeur de X étant déterminée, il nous reste à la comparer au prix d'achat ou au prix de revient présumé des engrais employés.

Quand on a fait usage d'un engrais commercial, la comparaison est bien simple, et suivant que X sera plus grande égal ou plus petit que B, prix d'achat de Tengrais, il en faudra conclure que l'emploi a été avantageux, indifférent ou nuisible.

Il faudra bien toutefois se garder d'aller au delà de l'expérience et vouloir en conclure, dans le cas où X est plus petit que B, que Tengrais ne doit pas être employé dans le sol considéré; l'expérience veut dire seulement que dans les conditions où Ton s^est placé, remploi de Tengrais a été onéreux, mais dans d'autres conditions, employé en d'autres quantités, associé h d*autres matières fertilisantes, il eût pu devenir avantageux.

Si l'engrais est fabriqué dans la ferme, la comparaison devient moins rigoureuse, puisqu'on ne sait que d'une façon approximative le prix de revient de cet engrais ; toutefois, on aura un aperçu qui suffira pour guider le cultivateur et lui indiquer dans quel sens il doit se diriger. Il aura même dans la valeur que ses cultures donneront à son fumier, après telle ou telle rotation, composée de telles ou telles espèces ou variétés, une justification de sa conduite, ou au contraire un avertissement salutaire que la route dans laquelle il est engagé est dangereuse.

§ 273. — Détermlmation de la Valeur d'un des éléments des

Le mode de calcul que j'ai proposé permet de déterminer la valeur de l'unité du poids d'engrais, mais il se prête également àla détermination de la valeur particulière d'un des éléments des engrais, et en modifiant très légèrement ce mode de calcul, il m'a

paru qu'on pourrait aisément réussir à démontrer que Tazote sous ses différentes formes est bien loin de présenter la même valeur.

Dans la formule p =x^ P représente le poids de l'engrais

employé; mais dans le cas particulier que nous avons à traiter, nous pouvons faire la convention que P représentera le poids d'un des éléments des engrais, de l'azote, par exemple, on en déduira aisément la valeur de x^ c'est-à-dire du kilogramme dazote dan^ l^engraU employé.

Prenons un exemple fictif pour bien faire saisir la méthode; j'ai obtenu avec 400 kilogrammes d'azotate de soude 40 tonnes do betteraves à 20 francs et sans engrais 25 tonnes.

J'écris que

la valeur des 100 kilos d'azotate de soude, je trouve 75 francs pour les 100 kilos d'azotate de soude ; mais au lieu de diviser par 4, poids de l'azotate de soude employé, je puis mettre au dénominateur de ma fraction le poids d'azote contenu dans les 400 kilos d'azotate de soude employés; or, l'azotate de soude du commerce renferme habituellement 16 kilos d'azote par 100 kilos ou 64 kilos pour les 400 kilos d'engrais employé ; j'aurais donc pour trouver la valeur du kilogramme d'azote de l'azotate de soude, à résoudre l'équation :

je trouve que ^ = 4 fr. 76.

Il est clair que si je cultive un sol comme celui de Grignon où le seul élément des engrais qui exerce une action sensible soit IV zote, je pourrai trouver la valeur du kilogramme d'azote dans le fumier et le faire entrer en comparaison avec le kilogramme d'azoto du nitrate de soude, avec celui du sulfate d'ammoniaque, avec celui des matières organiques et en tirer des conclusions précieuses.

Appliquons les calculs précédents à un exemple réel : en 1879. on distribua à une culture de maïs fourrage 20,000 kilos de fumier (1), on obtint 68,000 kilos de fourrage et seulement 22,500 sans

(I) Ann, agron., t. VHÏ, p. 78.

cûgrais ; la différence est de 43,300 kilos; si on estime à 15 francs

la tonne de maïs on aura 682 fr. 30, pour la différence de valeur des

récoltes, or, dans 20,000 kilos de fumier il y a 100 kilos d'azote,

682'' 50 on aura donc pour la valeur du kilogramme d'azote — jjrjr — ou

lUO

6 fr. 82.

Cette même année 400 kilos d'azotate de soude ont donné 32,500 kilos de maïs; c'est-à-dire 10,000 kilos de plus que la parcelle sans engrais, on a eu 150 francs de différence qui, divisés par 64, donnent seulement 2 fr. 34. Il est clair que le prix de l'azote est bien différent dans un cas et dans l'autre.

L'exemple précédent démontre que la valeur du kilogramme d'azote varie avec la nature de la combinaison dans laquelle il est engagé.

La formule se prête même à la discussion d'un cas encore plus complexe :

En 1885, sur nos cultures de blé de Grignon, j'ai mis en comparaison d'énormes fumures qui avaient moins pour but de pousser les récoltes jusqu^au maximum, que d'éprouver la résistance à la verse que présentaient les diverses variétés.

J'ai distribué par exemple aux blés : Rouge d'Ecosse, Scholey à épis carrés, Browick et Bleu de Noé, la fumure excessive de 50,000 kilos de fumier, d'autres parcelles des mêmes variétés ont reçu 30,000 kilos de fumier et 200 kilos d'azotate de soude; il est

f R — RM V

clair que si j'introduis au dénominateur de la fraction ^ g — - —

dans un cas 50,000 poids du fumier donné, et, dans l'autre cas, 30,200 poids du fumier et de l'azotate de soude, je n'aurai aucune valeur réelle, la comparaison ne portant pas sur des quantités comparables.

Il m'a paru que je pourrais tourner la difficulté en introduisant au dénominateur non plus le poids de l'engrais lui-même, mais le poids de réltment actif employé : dans le cas particulier où nous sommes, on écrira dans une des formules, le poids d'azote contenu dans 50,000 kilos de fumier, dans l'autre le poids d'azote que renferment 30,000 kilos de fumier et 200 kilos de nitrate de soude ; les valeurs obtenues dans l'un et l'autre cas permettront de comparer la valeur du kilogramme d'azote-fumier à celle du kilogramme azote-fumier et azote-nitrique mélangés.

En 1885, j'ai obtenu dans la culture du blé rouge d'Ecosse un

produit brut de 1,130 francs sur la parcelle qui a reçu 50,000 kilos de fumier et 602 francs sur celle qui a été cultivée sans engrais, j^ai donc une différence de 528 francs, et comme j'ai employé 250 kilos d*azote pour obtenir cette différence, je puis trouver

la valeur du kilogramme d'azote du fumier en divisant ^^

° 2oO

= 2 fr. 11 c.

Quand j'ai donné comme fumure 30,000 kilos de fumier et 200 kilos d'azotate de soude, j'ai obtenu 1,140 francs de produit brut, j'ai donc 1,140 — 602= 538 francs, d'excédent de produit, qui, cette fois, ont été obtenus par l'emploi de 150 kilos d'azote du fumier et de 32 provenant des 200 kilos d'azotate de soude ou 182. Je trouve pour la valeur du kilogramme d'azote : fumier-nitrique

'jjr^ = 2 fr. 95. Ainsi le mélange du fumier et du nitrate fait ressortir le kilogramme d'azote à près de 3 francs, par conséquent à un chiffre beaucoup plus élevé que celui du kilogramme d'azote du fumier seul.

En appliquant le même mode de calcul au blé Browick nous trouvons pour la parcelle qui a reçu 50,000 kilos de fumier un produit brut dé 956 francs, un produit de 620 francs pour la parcelle

chiffre plus faible que pour le blé rouge d'Kcosse. Quant à la parcelle qui a reçu le fumier mélangé de nitrate de soude, nous avons

jô^r = 1 fr. 75, le chiffre est encore plus fort que dans le cas

lo^

du fumier seul, mais le prix du kilogramme d'azote est médiocre précisément parce que les quantités employées ont été excessives et que ces fortes fumures ne peuvent être distribuées avantageusement qu'à des variétés particulièrement prolifiques; les variétés médiocres ne paient plus ces doses formidables d'engrais.

On verra mieux cette influence des fumures considérables par un autre exemple tiré des cultures de blé de Bordeaux de 1884; on a fait succéder du blé à du maïs, on a donné (1) à la parcelle 50, 5,000 kilos de fumier et 200 kilos d'azotate de soude, on a obtenu 5,950 kilos de paille et 34 quintaux métriques de grain, tandis que la parcelle sans engrais donnait 2,675 kilos de paille et 21 quintaux

■ (1) Ann, ngron., t. X[, p. 154.

sans engrais, nous avons donc — ^^^^ -•=: 1 fr. 34, c est-a-direun

métriques de grain ; on a eu comme produit brut dans un cas

920 francs et 527 dans l'autre, la différence est de 393 francs qu'il

faut diviser par 25 ~f- '^^ = ^'i' poids de Tazote contenu dans les

II, 000 kilos de fumier et les 200 kilos d*azotate de soude ; on a ainsi

pourla valeur du kilogramme d'azote formé du mélange du fumier

et de Tazotatc de soude -^= 6 fr. 59, chiffre bien supérieur à ceux

qu'on a obtenus précédemment.

Quand, au contraire, on a employé pour essayer la résistance à la verse du blé de Bordeaux 50,000 kilos de fumier et 200 kilos d'azotate de soude, on a eu un produit brut de 926 francs dont il faut retrancher 527, produit brut de la parcelle sans engrais et qu'il faut diviser enfin par 282, poids d'azote introduit, on a seulement

dans ce cas ^^ = 1 fr. 41 .

Il découle visiblement des renseignements précédents que le kilogramme d'azote présenté sous forme de mélange d'azotate de «oude et de fumier n'acquiert une valeur élevée que lorsque l'engrais •est distribué avec une certaine parcimonie.

Nous trouverons pour discuter la valeur de ce mélange quelques bons exemples dans les cultures d'avoine poursuivies à Grignon de 4875 à 1879.

Quand on a employé 10,000 kilos de fumier enterré seul, on a obtenu une récolte moyenne de 677 francs (calculant la paille à 35 francs la tonne et le grain à 19 francs les 100 kilos) ; la parcelle sans engrais a donné une récolte de 512 francs, on trouve ainsi pour la valeur du kilogramme d'azote du fumier donné à la dose

de 10,000 : ii-^^==3 fr. 30.

Quand on a employé 5,000 kilos de fumier et 200 kilos d'azotate de soude, on a obtenu en moyenne 749 francs; le témoin donnant 1)12 francs de récolte, on a donc pour la valeur du kilogramme

d'azote p=-^ — = 4 fr. 17. Valeur supérieure à celle qui ressort

de l'emploi du fumier seul.

Si enfin nous comparons h cette valeur du kilogramme d'azote fumier nitrate, à celui du nitrate seul, nous arrivons encore à une conclusion intéressante, la récolte de la parcelle considérée est seulement de 571 francs. Si on en retranche 512 francs fournis par la parcelle sans engrais, on obtient 59 francs qui, divisés

par 16 poids d*azote contenu dans les 100 kilos employés donne seulement 3 fr. 68.

Ainsi nous voyons que, sur Tavoine, des fumures modérées donnent les valeurs suivantes pour le kilogramme d*azote :

Azote du fumier 3'',26

— du nitrale 3 ,68

— du métange, fumier nitrale ^ »t7

Dans tous les cas examinés nous arrivons donc à cette conclusion : Tazotc n*a pas la même valeur sous toutes ses formes, c'est on employant le mélange fumier azotate de soude que nous obtenons le chiffre le plus élevé.

La méthode précédente permet de mettre ces différences en relief et de savoir sous quelle forme l'azote de Tengrais employé sur un sol déterminé et aune culture particulière présente le plus d'efficacité et acquiert par suite la valeur la plus haute.

Ces différences dans la valeur des engrais calculée d'après l'efficacité qu'ils présentent montrent quelle part revient à la sagacité, à l'habileté du cultivateur dans l'emploi judicieux des matières fertilisantes : j'ai souvent entendu dire d'un bon cultivateur : c'est un homme qui connaît bien sa terre ; cette appréciation est juste, mais il faut comprendre, qu'un homme qui connaît bien sa terre sait non-seujement comment il faut la prendre, à quel état elle doit être labourée, hersée ou roulée, mais aussi quels sont les engrais qu'il faut y distribuer et à quelles doses ils doivent être employés; un bon cultivateur est non-seulement celui qui connaît bien sa terre, mais qui sait en outre y employer judicieusement les engrais.

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