ACTION DES DEUX COTÉS DU LIMBE
§ 2:2. — Action différente des deux côtés de la feuille.
Dans les beaux mémoires qu^il a publiés sur les fonctions des feuilles, M. Boussingault a étudié l'action qu'exerce sur Facide carbonique chacun des deux côtés de la feuille. Cette étude présentait ce genre particulier d'intérêt, qu'elle était de nature à éclairer une des questions les plus controversées de la physiologie végétale, h savoir : le rôle des stomates. En général, ces petites ouvertures ne sont pas distribuées également des deux côtés de la feuille : les feuilles nageant sur l'eau n'ont de stomates qu'à leur face supérieure en contact avec l'air; toutes celles qui sont complètement immergées [Potamogeton) ont un épiderme qui en est dépourvu; dans la plupart des feuilles affectant une situation horizontale les stomates ne sont nombreuses qu'à la face inférieure ; chez les feuilles à situation verticale, elles apparaissent sur les deux faces.
Si l'absorption des gaz et des vapeurs avait lieu par les stomates, on serait naturellement porté à conclure que le côté du limbe où elles sont les plus nombreuses, agit plus énergiquement sur l'atmosphère que le côté opposé où elles sont rares. L'expérience n'enseigne pas, cependant, que les stomates aient l'influence qu'on serait tenté d'abord de leur accorder.
Ingenhousz croyait avoir remarqué que lorsqu'elles sont plongées dans de l'eau de source les feuilles fournissent un air plus pur, si le soleil donne sur leur surface vernissée, que lorsque leur surface inférieure reçoit l'influence directe de la lumière ; mais cette observation était évidemment faite dans des conditions peu rigoureuses. M. Boussingault, pour constater comment se comporte un seul côté du limbe que Ton expose au soleil, dans un milieu gazeux renfermant de l'acide carbonique, plaça l'un d'eux à l'abri de la lumière, soit en y collant, à l'aide d'une très légère couche d'empois, une bande de papier noirci et absolument opaque, ainsi qu'on s'en était assuré en plaçant la feuille préparée sur un papier photographique exposé au soleil, soit en prenant deux feuilles de même dimension dont on réunissait les surfaces similaires avec de la colle d'amidon. Dans les deux cas, les feuilles étaient préparées au moment où l'on allait les introduire dans les appareils contenant les mélanges gazeux.
De ses expériences, M. Boussingault a tiré les conclusions suivantes : La face supérieure des feuilles épaisses, rigides, des lau-
riers, a décomposé plus de gaz acide carbonique que la face inférieure, Tenvers. Au soleil, la plus grande différence a été dans le rapport de 4 à 1, la plus faible : : i \ : 1. Le rapport moyen serait celui de 102 : 46. A Tombre, la différence n'a pas dépassé 2 : 1 , et dans une des expériences il y a eu égalité. Les trois observations faites à la lumière diffuse donneraient, en moyenne et approximativement, le rapport 4 : 3.
« Pour les feuilles de laurier, soit au soleil, soit à l'ombre, dans la moitié des observations, la somme des volumes du gaz acide carbonique décomposé par chacune des faces du limbe, agissant séparément, a excédé le volume de l'acide carbonique décomposé par les deux faces du limbe fonctionnant simultanément. Dans l'autre moitié, la somme des volumes d'acide décomposé séparément par chacun des côtés de feuilles placées dans des appareils distincts a été égale au volume d'acide décomposé par les deux côtés d*une seule et même feuille.
« Le volume d'acide carbonique décomposé par l'endroit et par l'envers de la feuille de framboisier a été :: 2 : 1. Pour la feuille du Populus alba, on trouve le rapport de 6 à 1 , ce qui n'a pas lieu de surprendre, puisqnç, à cause de l'enduit cotonneux blanc dont elle est revêtue, la partie inférieure est en quelque sorte à l'abri de la lumière. Pour le framboisier, de même que pour les lauriers, la somme des volumes de gaz acide décomposé séparément par la face supérieure et par la face inférieure a excédé de beaucoup le volume d'acide carbonique que les deux faces ont décomposé quand elles appartenaient à une feuille unique.
c< Les feuilles à parenchyme très mince, comme les précédentes, mais ne présentant pas de différence de teinte sensible sur les deux faces, n'ont pas réduit sensiblement plus d'acide carbonique par leur partie supérieure que par leur partie inférieure. C'est surtout vrai pour les feuilles de maïs, dont la structure anatomique, la nuance, sont les mêmes pour les deux côtés du limbe. »
Pour expliquer cette différence des actions qu'exercent souvent les deux limbes des feuilles, M. B^Tlhéhmy {Comptes rendus, 1868, t. LXVII, p. 520) a recours aux observations importantes de Graham sur la diffusion colloïdale. L'illustre savant anglais a montré que la vitesse de pénétration des gaz au travers d'une membrane colloïdale, comme le caoutchouc, était très variable : tandis que la vitesse de pénétration de l'azote est représentée par 1, celle de l'acide carbonique est 13,5, On sait qu'au contraire les gaz pas-