ÉTUDE DES RACINES
B. Mais les substances minérales peuvent être aussi unies aux principes immédiats neutres, les phosphates aux matières albumi* noîdes, la silice à la cellulose des tiges de graminées ou de fougères, les sulfates et les iodures aux tissus des fucacées. Ces dernières combinaisons n'ont plus le caractère nettement défini des précédentes; l'adhérence des principes minéraux aux tissus végétaux est variable ; tantôt capable de résister à l'action des réactifs éner- ^ques, elle peut parfois céder à des lavages multipliés, ainsi que nous Tavons remarqué pour les sulfates et les chlorures dans quelques plantes marines. Des exemples de ces combinaisons encore mal définies, dans lesquelles les éléments peuvent être retenus, non plus par la force énergique qui est mise en jeu par le contact d'une base ou d'un acide, mais par cette force affaiblie et dégénérée, jusqu'à devenir, suivant l'expression de Chevreul, une simple affinité capillaire, nous sont fournis à profusion par l'art de la teinture. Nous savons que les mordants adhèrent aux tissus et résistent aux lavages ; nous savons que les matières colorantes se fixent également sur ces tissus mordancés, et ces alliances durables après le mordançage, éphémères, au contraire, quand la matière colorante est mise directement en contact avec la fibre végétale, nous paraissent avoir de profondes analogies avec les unions plus ou moins stables que contractent les substances minérales avec les tissus appartenant aux plantes encore vivantes.
§ 47. — ExAMEIf DES ANCIENNES HYPOTHÈSES PROPOSÉES POUR EXPLIQUER
Examen des organes d'absorption. — L'hypothèse la plus simple qu on puisse faire pour expliquer le choix qu'exécutent les végétaux consiste à supposer que les tissus des racines ne présentent pas la même structure dans les espèces différentes ; que les organes d'absorption du blé sont aptes à se laisser pénétrer par la silice ou les phosphates, tandis que ceux du trèfle, qui refusent la silice, absorberont au contraire la potasse et la chaux. Il suffit presque d'énoncer cette hypothèse pour voir combien elle est singulière et peu d'accord avec ce qu'enseigne la science actuelle, ennemie des causes occultes. La répugnance qu'inspire cette hypothèse est, au reste, justifiée par l'examen des organes d'absorption : en soumettant àun examen microscopique attentif les racines de ces deux espèces, il est impossible d'y découvrir les moindres différences, bien que la
composition des cendres des plantes auxquelles ils appartiennent montre qu'ils ont absorbé des principes très différents. Au reste, pour démontrer qu'il n'existe pas dans les racines, une faculté de sélection suffisante pour produire les effets constatés par l'analyse des cendres, on peut avoir recours, comme Ta fait depuis longtemps Trinchinetti, à des expériences directes (1).
Les racines absorbent tous les éléments solubles qui sont mis en contact avec elles. — Ce naturaliste a reconnu, en plongeant pendant quelque temps des plantes munies de leurs racines en bon état dans des dissolutions salines variées, que toutes les matières dissoutes pénètrent dans les tissus.
J'ai donné du fait observé par Trinchinetti une nouvelle démonstration en faisant vivre des haricots en voie de germination, n'ayant pas encore vidé leurs cotylédons, dans des dissolutions de sel marin, et en caractérisant la soude dans leurs cendres, à l'état de chloroplatinate (2).
Or, on sait que le haricot ne prend jamais une trace de sodium dans les conditions normales, mais on voit qu'on ne saurait attribuer l'exclusion des combinaisons de ce métal à une structure particulière de la racine, puisqu'on réussit à les faire pénétrer en les présentant seules, au moment où le végétal, en voie d'accroissement, assimile avec une grande énergie les matières minérales.
Excrétion des racines. — Nous reconnaissons donc, d'une part, que tous les sels pénètrent dans les plantes; de l'autre, que ces principes ne sont pas tous simplement en dissolution dans l'eau qui gorge la plante, mais que quelques-uns d'entre eux sont combinés avec les divers principes immédiats. Si nous pouvions reconnaître dans les plantes la faculté d'excrétion, nous arriverions facilement à comprendre le mécanisme suivant lequel se fait le choix constaté par l'analyse. Supposons, en effet, qu'une dissolution complexe, comme celle qui existe dans le sol, pénètre dans la plante et se répande dans tout l'organisme, elle arrive au contact de différents tissus; quelques-unes des substances minérale^ introduites perdent leur solubilité, et les autres, après un séjour plus ou moins long dans le végétal, sont expulsées au dehors par les racines : de telle sorte que, bien que tous les éléments solubles contenus dans le sol aient pénétré dans la plante, l'analyse n'y décèlerait plus que ceux qui sont capables de contracter quelque combinaison.
(1) Sulla facoUa assorbente délie radice de vegetahUi^ JVlilano, 1863.
(2) Ann. agron.f t. IV, p. 321.