ASCENSION DB LA SÈVE DANS LES VAISSEAUX
Il résulte, en outre, des observations de M. R. Hartig (1) que la pression dans les vaisseaux est parfois, dans la couronne d'un arbre, réduite au cinquième de la pression atmosphérique tandis qu'à la base elle serait encore d*une demi-atmosphère.
L'expérience de M. von Hœhnel prouve que, dans certains cas, la pression dans les vaisseaux est inférieure à la pression atmosphérique, celles de Haies montrent, au contraire, que dans d'autres cas la pression est plus forte qne cette pression, et on conçoit facilement qu'il puisse en être ainsi.
Au premier prinptemps, en hiver, le sol est humide, de jeunes tissus se forment dans les racines, ils se gorgent d'eau, les feuilles n'étant pas encore développées, la transpiration est nulle, TabsorptioD domine et fait pénétrer dans les vaisseaux une quantité d'eau surabondante ; mais il peut en être tout autrement pendant l'été, le sol est plus sec, la transpiration plus active, les cellules restent gorgées d'eau à la condition d'en emprunter aux vaisseaux ; par suite, la pression diminue dans ceux-ci et les gaz dissous se dégagent, la pression intérieure est plus faible que la pression atmosphérique; pendant la nuit, au contraire, la transpiration diminue, la température baisse, les gaz se dissolvent, disparaissent et la pression peut redevenir égale à celle de l'atmosphère. On conçoit que de Teau ayant pénétré dans le bois par suite de la puissance absorbante des racines due à l'osmose et à la capillarité, il s'étublissedans ce bois une sorte d'équilibre entre la pression des gaz et la poussée de l'eau ; les gaz peuvent être comprimés quand la poussée est forte, dilatés si elle est faible; mais réciproquement les gaz dilatés par la chaleur ou contractés par le froid exercent à leur tour sur les liquides une pression forte dans un cas, faible dans l'autre, qui retardera ou favorisera le mouvement de l'eau.
Si, par exemple, en hiver ou au premier printemps, on taille un arbre et qu'il survienne une journée de soleil, les gaz contenus dans le bois, dilatés par la chaleur, détermineront un écoulement de sève plus fort que si la température est basse; c'est ainsi que lérable pleure parfois au milieu de l'hiver par une journée de soleil, alors que le sol est complètement gelé.
Les vaisseaux renferment donc des gouttes d'eau séparées par des index de gaz, et le tout est maintenu en équilibre comme dans Texpérience célèbre des chapelets de Jamin, dans laquelle on voit
l) Ann, agron,, t. IV, p. 231.
de petites colonnes d'eau séparées par des index d'air, non seulement rester suspendues et par conséquent résister à la pesanteur, mais encore opposer à la pression exercée à une des extrémités du tube une. résistance absolue, et ne subir aucun déplacement quand on souffle, par exemple, dans le tube.
Si les vaisseaux des plantes étaient imperméables comme le tube de verre de Jamin, les index d'air formeraient un obstacle à Félévation de Teau dans la plante, mais leur perméabilité permet, au contraire, à Teau et même aux gaz de s'échapper par des organes voisins; et un vaisseau peut être obstrué par des index gazeux sans que Teau cesse d'affluer aux feuilles, seulement elle passe alors de cellules en cellules au lieu de s'élever dans les vaisseaux mêmes'.
La poussée des racines et Tascension capillaire de Teau dans les vaisseaux du bois ne suffisent pas pour expliquer Tascension de la sève dans le bois de nos arbres. La première est en effet trop lente, car nous avons vu que les pleurs cessent de se produire lorsque les feuilles sont entièrement développées, la seconde peut donner lieu à une ascension directe qui ne dépasse pas quatre mètres. Frappé de ces difficultés. M. Sachs a invoqué la théorie de rimbibition dont voici le principe : au point de vue de la sève ascendante, le bois peut être considéré comme un échafaudage de parois cellulaires lignifiées et saturées d'eau. Si cette masse imbibée perd de Teau par évaporation en un de ses points a, et qu'en un autre point 6, elle se trouve en contact avec de Teau liquide, il s'établira un courant d'eau de 6 à a; Jes cavités des cellules ne seraient pour rien dans le phénomène de l'ascension de la sève.
Or nous avons vu plus haut qu'en réalité l'eau se meut, non dans Fépaisseur des parois cellulaires, mais soit dans les vaisseaux, soit de cellule en cellule, à travers les parois. Cette théorie doit donc être abandonnée.
Actuellement, les physiologistes sont partagés en deux camps. Les uns veulent expliquer l'ascension de la sève par le concours des seules forces physiques : vide fait dans les parties supérieures du bois par la transpiration, capillarité, osmose des racines; les autres, croyant que ces forces ne suffisent pas, ont recours à des propriétés particulières, d'ailleurs proprement hypothétiques, des cellules vivantes du bois, c'est-à-dire des rayons médullaires et du parenchyme ligneux, si ce dernier tissu y existe. On conçoit que si chacune des innombrables cellules vivantes, réparties dans le bois depuis la base jusqu'au sommet de l'arbre, travaille à la manière d'un cœur ou d'une pompe aspirante et foulante, on explique facilement l'ascension de l'eau à n'imporle quelle hauteur.
Il n'est cependant pas prouvé que les forces physiques ne suffisent pas, puisque Jamin a démontré que la capillarité peut amener Teau jusqu'au sommet d'un système de hauteur quelconque et y entretenir une évaporation, absolument comme Thuile, remontant par capillarité dans une mèche, entretient la flamme. Mais les choses sont plus compliquées dans la plante.