‹ Traité de chimie, appliquée aux arts (volume 2)Chapitre 147 sur 218 · LIV. V. ÉH, 11. SEL MARIN · texte numérisé non relu

LIV. V. ÉH, 11. SEL MARIN

tement livré au consommateur, tantôt il exige une purification préalable.

Le sel de Cardona en Catalogne , celui de Wieliczka en Pologne, sont dans le premier cas. Ontaille les masses ‘de sel en forme de baril, on les enferme dans des tonneaux

et on les livre au commerce.

Il n’en est pas de même du sel de la mine située aux environs de N orthwich dans le comté de Chester. Ce sel est pur par lui-même, maisil renferme de petites cavités remplies d'une dissolution saturée de chlorure de magnésium mêlé d’un peu de chlorure de calcium. Quand on le pulvérise ou qu on le dissout , le sel pur se mêle avec ces deux

corps, qui le rendent déliduescent et qui lui donnent une

saveur désagréable. Ce fait remarquable, observé par M. W. Nicol, suffit pour expliquer la nécessité où l'on En He dE vel pour le purifier par cristallisation. Ce travail se fait à Liverpool, où l’on emploie l'eau de mer pour redissoudre le sel brut. On évapore et on fait cristalliser.

M. À. Boué m'a remis une variété de sel gemme qui explique des phénomènes d'inflammation, tr és-rares, ilest vrai, mais qu on a quelquefois observé dans la mine de Wi cheska, et qui par leur ensemble se confondent avec le feu & grisou HÉOTOteR ES C’est une variété de sel qui décrépite quand on. l’a mis dans l'eau et pendant qu’il s'y dissout. Cette décrépitation est due au dégagement d'un gaz très-condensé. Ce gaz m'a paru de |’ hydrogène presque pur. Il est évident qu'à mesure que les paroïs des cavités qui le contiennent sont affaiblies par la dissolution du sel

ui les forme, le gaz. les fait éclater avec bruit. Le sel

doué de cette propriété venait de Wieliczka, mais on le retrouvera probablement ailleurs.

Sources salées.

1286. L' exploitation des sources salées se fait par desprocédés qui peuvent varier selon les occasions, mais quise réduisent en général à deux: l’évaporation NT air libre aidée par des appareils convenables, et l'évaporation à l’aide du feu. Ces eaux renferment, en Brad: du chlorure de sodium , du chlorure de magnésium, di sulfate de mägnésie, du sulfate de chaux, du carbonate de chaux et quel-

SÉL MARIN. Ë A5x

quefois du carbonate de fer dissous dans de l'acide carbonique.

Lorsque l’eau de la source contient du carbonate de fer dissous par de l’acide carbonique en excès, elle laisse déposer de l’oxide de fer en grande quantité, au moment de sa sortie du sein de la terre ou dans les tuyaux de conduite qui l’amènent au lieu de l’exploitauon ; de sorte qu’elle en est presque toujours dépouillée quand elle y arrivé. Une partie du carbonate de chaux dissous par 1 'a- ‘cide carbonique se dépose en même temps. Dans la boue qui résulte de ces deux dépôts, croissent souvent des conferves qui y pourissent après leur mort, et qui communiquent à l’eau une odeur infecte dont l'évaporation la dé-

ouille. | |

L'eau étant parvenue au lieu de l'exploitation, voici comment on conduit son évaporation. On donne le nom de bâtimens de graduation à des hangars très-longs et assez élevés, ouverts à tout vent, et dans lesquels on dispose des appareils destinés à diviser, autant qu’on le peut, l’eau à évaporer. Tantôt, on se sert de fagots d’épine disposés en parallélipipèdes rectangles, tantôt on emploie des cordes, tantôt enfin des tablést L'eau qu'on veut concentrer est versée sur les fagots où elle se divise en couches infiniment minces, coule d'une branche à l’autre et se trouve, pendant tout son trajet, en contact avec l'air qui circule ati travers des fagots. Lorsqu'on se sert de cordes, elles sont tendues verticale ment sous le hangar, et l'eau s'écoule 1é long de ces cordes. Elle se divise donc encore beaucoup et offre à l'air de nombreux points de contact. Dans les bâtiméns à tables , on dispose sous le hangar deux rangées dé cuvéttes en bois, à rekords très-peu élevés. Ces cuvettés sont légè-

LR ma PE Mae . feMmeñt inclinées tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre.

À leut parûé dédlive, on à percé un trou qui permet à l'eau versée dans la cuvette supérieure de tomber dans celle qui’est au-dessous, et ainsi de suite. L'air passe entre les cuvettes et lèche Ia couche mince d’eau salée qui s’y trouve, se sature de vapeur aqueuse et rend ainsi l'évaporation très-prompte,

Les bâtimens à épines ont été d'abord employés en Lombardie, On les introduisit ensuite en Saxe, et en 1559 ils

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furent adoptés dans les salines de Bavière. Dès cette époque, toutes les exploitations placées dans des conditions convénables les ont adoptés ; mais tantôt on les forme avec un seul rang d'épines , tantôt avec deux, tantôt avec trois. Ces bâtimens sont toujours construits avec une charpente en bois que l’on soutient quelquefois sur des piliers de maçonnerie; ils sont couverts d'un toit en planches qui abrite les fagots et prévient le mélange des eaux pluviales avec l’eau salée. Ces bâtimens ont une longueur de 250 à 820 mètres sur 8 à 10 mètres de largeur. Leur position doit être étudiée avec soin, eu égard à la direction babituelledu vent dominant de la contréeou ils sont placés. Il est évident que le vent doit les frapper perpendiculairement à leur longueur ; il ne l’est pas moins que le mode de distribution des eaux doit être susceptible de changemens prompts , en rapport avec les changemens que la direction du vent éprouve elle-même. On remplit cette condition en plaçant, au sommet du bâtiment de graduation, une rigole garnie d’entailles sur ses deux bords ; des planchettes disposées dans la rigole, mobiles et munies d’entailles semblables, peuvent glisser le long de ses bords. Quand, d’un côté, les entaiïlles de la planchette et de la rigole se correspondent, l’eau s'écoule par les entailles, et le côté opposé ne laïsse rien passer. Au moyen de leviers disposés à cet effet, on peut, en un instant, fermer ce côté et ouvrir l’autre, en faisant glisser les planches entaillées. FUN | Dans les bâtimens de graduation, on partage la longueur en deux ou plusieurs parties : la première reçoit les eaux de la source, la seconde celles qui ont déjà passé sur la remière , et ainsi de suite. L’étendue de chaque division, fe réunion dans le même hangar, ou leur séparation en divers bâtimens sont déterminés par des circonstances pu rement locales ; elles dépendent de la nature des eaux, de la disposition du terrain , enfin, de la distribution possible de la forcé motrice. Les pompes qui élèvent l’eau sout placées ordinairement au milieu du bâtiment, et la puisent dans des réservoirs situés dans sa partie inférieure pour la porter dans Îles canaux qui la déversent sur les fagots. Ces pompes sont presque toujours mues par une roue HYdraUtqUEs 2 |

On peut se représenter la marche de l'évaporation ; L Al Lé L « e t d'après les résultats suivans obtenus à Moutiers.

Chutes. Surface totale des fagots Densité de l'eau. Eau évaporée: parcourus.

se de De SEP RE eee es LT ME OR 610

reet 2e 1... « . 0168. , . 4 15023, + : , . 0,540

3,4,5,6,17,8et 9. + 2720, . . . , 1,072. 4 . « 0,333

On or sin ee a: OU à, 2011008 SO O0002

Évaporation totale." ."=0,985 Eau restant à 1,140 de densité.. . — 0,065

.: Eau employée r;o10 de densité. . = 1,000

On voit d’après ce tableau, extrait d’un mémoire trèsapprofondi de M. Berthier qui va mous servir de guide dans tout ce chapitre, qu'il n’a pas fallu moins de dix chutes pour amener l’eau de la densité de 1,010 à celle de 1,140; encore, les circonstances sont-elles supposées les plus favorables à l’évaporation, car on est bien souvent obligé de répéier les chutes plusieurs fois avant de passer d’un bâtiment à l’autre. Une autre conséquence trés-importante et bien connue ressort encore de ces résultats, c’est que le retard que l’accroissement de densité apporte à l’évaporation est à peine sensible. En effet, dans le même espace de temps, l’eau exécute les deux premières chutes , les sept suivantes ou la dixième; et les nombres qui, dans ces trois cas, représentent l'évaporation par des surfaces égales, sont comme 10,12et 11. Ainsi, l’é- Vaporation semblerait même croissante; mais cela tient aux pertes que l’on éprouve par dispersion. Les quantités d'eau évaporée doivent sans doute diminuer, mais ces nombres suflisent pour montrer que c'est dans un rapport peu sensible, | | 4

L'eau amenée ainsi à une densité de 1,140, ou trés-près de ce terme, est placée dans de vastes réservoirs ou baissoërs. Ce sont des bassins en maconnerie, couverts et trèsvastes, L'eau y dépose toutes les matières qu’elle tenait en suspension; de là, elle est conduite dans l'atelier où elle doit êtne soumise à une évaporation rapide à l’aide du feu.

uand la source salée contient du carbonate de chaux et de fer, elle laisse déposer du carbonate de chaux et du peroxide de fer jusqu’à qu’elle marque 3°,5 à l'aréomètre

! | # été à LIV. V. CH, Us SBL MARIN.

de Beaumé, ce qui correspond à 1,023 de densité. Le sulfate de chaux ayant un maximum de solubilité dans les eaux salées qui correspond à la densité 1,033, il est évident que ce n’est qu'à partir de cette époque qu'il pourra s’en déposer des quantités proportionnelles à l'eau évaporée. Voici, d’après M. Berthier, les nombres qui expriment cette .solubilité. |

Degré de Béaumé. Sulfate de chaux dissous.

Dem bre 0, Oaoue lei tuile 00083 C0 8 à: és où 2h10 0043 pes | 100,050, 7, 70.000009 Maximum.

C0, 299, 2,0: 0,6043 Nuit Die; où) at ju 0) 050000

Ainsi donc, le dépôt qui se fait pendant les premiers momens de la graduation, doit toujours consister en sulfate de chaux mêlé de peroxide de fer et de carbonate de chaux: ensuite il se dépose du sulfate de chaux pur; maïs les rapports entre ces substances doivent varier avec la nature de l’eau saline. |

Le tableau suivant qui exprime les quantités d’eau qui s’évaporent par la graduation, depuis 1°,6 de Beaumé jusques à 26°, permettra de calculer tous les effets des bâtimens. Il a été construit par M. Berthier, d’après ses

expériences. À ES Degrés Poids Poids Sulfate de chaux de Beaumé. À de l'eau restart. { de l’eau évaporée. déposé. ) ARTS RER DESSERT ROSE DRE ARTE 1°,6 10000 » »

Pour faire usage de ce tableau, il faut savoir seulement

SEL MARIN. 455 qu'entemps ordinaire, on évapore 6o kilog. d’eauen vingt: quatre lieures par mètre carré de surface garnie de fagots. Il reste à faire uu calcul de localité, pour savoir à quel degré il convient d'arrêter la graduation à l'air. 14° et 20°, sont les deux limites entre lesquelles on se renferme. On s’arrête à 14°, quand on a du combustible à très-bas prix, et on pousse à 20°, quand il est cher. Pour fixer ce point, il faudrait connaître la quantité d’eau dis: persée pendant la graduation. Alors, on pourraït comparer le prix du sel perdu ét celui du combustible nécessaire pour remplacer l'effet de l'air. É |

1287. L'eau contenue dans les baïssoïrs passe immédiatement dans les chaudières oùelleest évaporée par la chaleur: Ces chaudières ou poëles sont très-vastes. On les fait avee des plaques de tôle forte de 4 ou 5 millimètres d'épaisseur, assemblées par des clous rivés. Elles sont soutenues par des piliers en fonte, placés par dessous et dont la disposition

peut varier. On chauffe au bois ou à la houille. Dans quel- Ques fabriques de l’Allemagne, on ne met qu’un seul foyer pour deux chaudières. Celle qui est chauflée directement estla chaudière à faire le sel. Celle quisuit est la chaudière à schloter. Les chaudières sont couvertes d’un toit en planche, terminé par un cône ouvert, par lequel s’échappent les vapeurs. LULU

Le travail présente, ici, trois époques distinctes : le schlotage, la précipitation du sel et la dessication du sel égoutté. Ces trois opérations marchent ensemble et ordinairement au moyen d'un seul foyer.

On désigne, en Allemagne, sous le nom de schlot, un dépôt abondant qui se forme quand l’eau salée est mise en ébullition. Le schlot est principalement formé d’un double sulfate de chaux et de soude.

Pour schloter , c’est-à-dire pour débarrasser l’eau salée de tout le sulfate double qu'elle peut produire, on amène Veau des baissoirs, qui marque 18° de Beaumé, ou 1,140 de densité, dans la chaudière et on la fait bouillir. Il se forme de suite une ééume provenant de la coagulation de matières extractives. Quelquefois, on ajoute un peu de sang de bœuf pour en faciliter la séparation , maïs ordinairement on s'en dispense. Comme l'eau salée est presque toujours alors saturée de sulfate de chaux, le schlotage com-

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mence de suite. Le sulfate doublese dépose, entraînant du sel marin, et comme il s’attacherait aux chaudières, on l’enlève avec de longs rables et on le dépose dans des augets carrés en tôle, connus sous le nom d’augelots, qui sont placés au-dessus de la chaudière. Au bout de quinze ou vingt-heures de feu, le sel commence à se déposer luimême. Cependant on ne procède pas encore au salinage. On ajoute de nouvelle eau provenant des baïssoirs, et on schlote encore pendant huit ou dix heures. Quand la chaudière est pleine d’eau à 27° de Beaumé ou 1,23 de densité elle est bonne à saliner.

+ On la porte alors dans la chaudière dé salinage ou de soccage où elle est chauffée doucement. Le sel cristallise en trémies ou pied de mouche, à la surface du liquide. On sépare un peu d’écume qui se forme, on ramasse le sel ét on l’égoutte dans des trémies; de là, il passe au séchoir. Le salinage qui dure plusieurs jours, n’est arrêté que lorsque le sel devint impur. Il reste une eau mère épaisse, visqueuse et odorante que l’on porte dans un réservoir particulier. Les analyses de M. Berthier prouvent que la purcté du sel va en décroissant, comme on aurait pu le prévoir. |

Les eaux mères contiennent beaucoup de chlorure de magnesium, du sel marin et du sulfate de magnésie. Elles contiennent, en outre, fort souvent des iodures ou des brômures de magnésium que l’on commenceà exploiter. Enfin, elles renferment toujours une matière organique , qui parait provenir des fagots. |

Comme le sulfate de magnésie et le sel marin se décomposent en sulfate de soude et en chlorure de magnésium, à une basse température, on tire parti de ces eaux mères en les mettant dans un réservoir, où elles passent l'hiver sans qu'on y touche; il s’y forme trois dépôts successifs. Le derdernier est formé de sulfate de soude presque pur. On le retire et on le livre au commerce. Outre ces trois dépôts, il reste encore des eaux mères.

La présence du chlorure de magnésium est la cause de grandes pertes; il donne des sels désagréables au goût et déliquescers. Il faut s’en débarrasser dans une saline bien dirigée. On y parvient en faisant usage d’une observation de Grenn, dont M, Berthier est parvenu à faire une ap-

plication très-ingénieuse à la purification des eaux salines. Grenn a fait voir que le sulfate de soude et Le chlorure de calcium se décomposent mutuellement et donnent du sel marin et du sulfate de chaux. [l a montré en outre que la chaux décompose le chlorure .de magnésium et qu'il en résulte du chlorure de calcium et de la magnésie ; en sorte que, si l’on met dans de l’eau

1 at. sulfate de soude , on obtiendra 1 at. sulfate de chaux. 1 at. chlorure magnésium, 1 at. sel marin.

rat. chaux, 1 at. magnésie.

Dans presque toutes les sources salées, 1l existe du sulate de soude ét du chlorure de magnésium, mais en gé-

néral moins de ce dernier qu’il n’en faudrait. Si l’on ajoute donc, dans l’eau salée, assez de chaux, pour décomposer le chlorure de magnésium , il restera un mélange de sulfate de soude, ds sel marin et de sulfate de chaux. Après le schlotage, on pourra donc évaporer'à sec, sans qu'il reste d’eau mère, Quand on a des eaux mères à sa disposition , on peut s'en servir pour ajouter à l’eau le chlorure de magnésium nécessaire à l'entière décomposition du sulfate de soude, et alors, après le dépôt du sulfate de chaux, une évaporation brusque donnera du sel marin d'une pureté parfaite. Ces observations dg M. Berthier doivent offrir à l'application en grand'une fouie d'avantages qu’il est facile de prévoir , surtout en ce qui concerne l’économie du combustible, puisqu'elles permettent de rendre l’évaporation très-rapide. |

Pendant l’évaporation du sel, il s'attache au fond des poèles un peu de schlot, que l’on est obligé d'enlever à coup de marteau, au‘ bout de douze ou quinze cuites. On conçoit que sa formation est très-ficheuse, en ce que les chaudières conduisent moins bien la chaleur , et qu'on les gûte pour le déiacher. Ce dépôt est connu sous le nom d'ecailles.

À Moutiers, on‘se sert d'un batiment de graduation particulier pour remplacer, enété, l'évaporation par lefeu. C'est le bâtiment à cordes, au moyen duquel il est facile d'obtenir le sel cristallisé. Ce bâtiment a go mètres de longueur, dont 50 sont garnis de cordes. Au sommet du bâument, sont placés des canaux de 13 centimètres de large, espacés entre eux de 15 centimètres. Des cordes sans fin

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