LIV. V. CHA XI, FAIENCE
Elle est fine, blanche, légère et capable de recevoir les formes les plus pures et les décorations les plus délicates. Lorsqu'elle est bien faite, elle remplit la plupart des conditions exigées dans une bonne poterie; mais sa nature permet d’étranges variations quant à la composition de sa couverte, le poiut le plus essentiel pour sa salubrité,
La terre de pipe va bien au feu; sa couverte renferme beaucoup d’oxide de plomb, mais elle n’a pas, quand elle est bien faite, les inconvéniens qu’on lui a attribués. Bien entendu pourtant, que si l’oxide de plomb s'y trouve à trop forte dose, ainsi que cela arrive pour la plupart des terres de pipe qu'on fabrique maintenant en France, ces inconvéniens sont graves, sous tous les rapports. Les acides et même le vinaigre peuvent, au moyen d’un contact de quelques heures, attaquer la couverte et produire des sels de plomb. Les couteaux la rayent avec la plus grande facilité et détachent ainsi une poussière plombeuse qui se mêle aux alimens; enfin le vase une fois rayé absorbe tous les liquides et se trouve bientôt pénétré de matières grasses qui lui donnent un aspect sale des plus désagréables. Tous ces inconvéniens sont compensés par le bas prix de cette poterie, condition à laquelle on sacrifie toutes les autres ; en effet, en augmentant la dose d'oxide de plomb dans la couverte, on peut cuire à une FOIDÉTAUAE plus basse, et faire ainsi une économie de combustible à laquelle on sacrifie la salubrité et la véritable économie qui résulicrait de la durée plus grande des vases livrés au consommateur.
La faïence fine est composée d’une argile plastique blanche et de silex broyé.
L'argile doit ètre liante, afin que la facon des pièces soit prompte et facile: elle ne doit donc pas contenir une grande proportion de sable. Elle doit être exempte d’oxide de fer, afin que l’action du feu nela colore pas en rouge, ce qui ne permettrait pas de la recouvrir d'une couverte
\ FINE, 659 transparente. Il faut qu'elle soit peu fusible, afin qu'elle puisse éprouver une chaleur de près de 100° du pyromètre de Wedgwood, sans se déformer sensiblement et sans s’agglutiner à la façon des grès, ce qui rendrait la faïence cassante au feu.
L’argile est exploitée en grosses briques qu’on Due sécher ; on les concasse et on en épluche avec soin les cailloux et les fragmens d'argile colorée qui pourraient y être mélangés. L’argile est préparée par ces lavages; il faut alors y ajouter le silex, qui doit la dégraisser. Dans quelques fabriques on mêle tout de suite le silex à l'argile gàchée ; on ne la lave pas; on se contente de faire passer la masse au travers de tamis très-fins.
Le silex employé est le silex noir des crayères que l'on chauffe au rouge dans des fours semblables aux fours à chaux, pour l’étonner. Cette opération le rend beaucoup plus friable et d’un blanc opaque; alors on le pile sous le bocard et on le réduit en une poudre très-fine en le broyant avec de l’eau, dans les moulins particuliers qui servent dans la fabrication de presque toutes les espèces de poteries. On peut lebroyer, aussi bien et plus économiquement à sec, dans un moulin à farine ordinaire. Mais le broyage à sec des silex devrait être proscrit par les ordonnances de police, à cause des effets funestes de la poussière de silex sur les ouvriers qui la respirent. ILest bien prouvé qu'au bout de quelques années, ils périssont tous de maladies du poumon , évidemment occasionées par la poussière siliceuse qui s’y dépose à chaque instant, par la respiration. Quand le silex a été broyé à l’eau et qu'il est trèsfin, on est obligé, pour rendre sa décantation plus rapide, d’avoir récours à un moyen particulier. On ajoute à la bouillie qu'il forme un peu de chaux vive, et alors la décantation s'effectue très-vite.
On compose la masse ou pâte de la faïence, en ajoutant le silex broyé à l’argile lavée, à peu près dans la