‹ Traité de chimie, appliquée aux arts (volume 2)Chapitre 196 sur 218 · LIV. V4. CI. XI. POTÉRIES ROUGES · texte numérisé non relu

LIV. V4. CI. XI. POTÉRIES ROUGES

d’être à un prix très-bas ; elle doit ce dernier avantage au peu de combustible qu’il faut employer pour la cuire, en raison de la grande fusibilité de sa couverte.

La préparation et l’application des couvertes dont on vient de parler n’exigent pas de grands soins. On prend de la litharge, ou même du sulfure de plomb , qui donnent une couverte d'un jaune transparent et sale. On ajoute quelquefois à ces substances de l’oxide de manganèse ou de l’oxide de fer, qui donnent une couleur brune, ou de l’oxide de cuivre, lorsque la litharge n’en contient pas naturellement; c’est ce qui produit la couverte ou vernis vert de certaines poteries. On broiïe ces matières, on les suspend dans l’eau, et on y plonge les pièces.

Les potiers qui ne font que des poteries fort communes et ordinairement fort mauvaises emploient un procédé plus simple, sujet à bien des inconvéniens. Il laissent simplement sécher leurs pièces sans leur donner une cuisson préalable ; ils les trempfent alors dans une eau qui üent de l'argile fine en suspension et qu’on nomme eau grasse : l’argile s'attache à la surface de la pièce ; on la saupoudre alors de vernis et on la porte au four. La pâte se cuit et le vernis se fond au même feu. Ces procédés sont très-économiques , mais les pièces sont remplies de défauts.

107. Des poteries rouges. Ces poteries ne sont autre choseque des faïences communes sans couverte. A l'égard des faïences communes, ellessont à peu près cequeles pipes sont à l'égard dela faïence fine. Mais comme la nature des terres propres à fournir des poteries rouges peut beaucoup varier, on se trouve obligé de confondre des objets bien différens sous le même nom. Ici se trouvent, en effet, la plupart des pots à fleur, beaucoup de petites terrines et autres poteries très-communes, mais sans couverte; des vases d'une pâte assez fine ; enfin les fameux vases étrusques. Cette espèce de poterie, la plus commune et la plus imparfaite,

ALCARAZZAS. 689

s'obtient avec une argile ferrugineuse dégraissée par une quantité suflisante de sable ou de ciment de cette même poterie. Quelquefois on lave la terre grossièrement et on broie la pâte dans un moulin. On a fait à Sèvres, avec de l'argile d’Arcueil et du sable, des vases d’un ton rouge assez agréable et d'une pâte légère.

Lorsque ces vases sont destinés à recevoir des fleurs, ils sont enduits en dedans d’une couverte de verre plombifère, afin que l’eau ne les traverse pas en raison de leur porosité. Îls sont mats et sans couverte extérieurement ; mais ils peuvent être ornés de peintures noires ou blanchâtres à la manière des vases étrusques. Ces couleurs sont fixées à la terre par la fusion. Les vases étrusques, si remarquables par leurs formes , et par la pureté de style des-figures qui les décôrent, ont été faits d’après ces prin-

cipes.

1508. Alcarazzas. Dans plusieurs contrées chaudes de l’ancien continent on se sert, pourrafraichir l’eau, de vases poreux dans lesquels on met ce liquide ; ilsuinte peu à peu à traversles pores fins et nombreux de ces vases, et se présentant à l’air sous une grande surface, ils’évapore promptement. Cette évaporation perpétuelle abaisse de quatre à cinq degrés la température de l’eau , celle de l'atmosphère étant de vingt à vingt-cinq. Ces vases sont connus en Espagne sous le nom d'alcarazzas, en Égypte sous celui de balasse. Is sont faits avec une faïence grossière très-poreuse, peu cuite et sans couverte. La porcelaine dégourdie, c'est-à-dire celle qui n’a reçu qu’un premier et léger degré de cuisson , laïsse transsuder l’eau, comme les alcarazzas , et la rafraîchit sans lui communiquer aucun goût. Ce refroidissement fait descendre l’eau jusqu’à 5 5 de-

grés au-dessous de la température qu'elle avait.

On peut deviner, d’après cela, les principes de composition de ces vases. Ils doivent être faits avec une argile

rendue poreuse et perméable par une forte addition de . sable, ou par une très-légère cuisson.

Creusets.

1609. On donne le nom de creusets à des vases généralement destinés à contenir les corps auxquels on veut faire supporter uné température élevée. On peutfaire des creusets en métal, et on.est souvent obligé d’y avoir recours ; mais ici il ne peut être question que des creusets argileux. Les creusets se divisent selon leurs usages en des classes assez variées. La plus distincte est celle des creusets dont la pâte contient du graphite. Ils'sont très-bons , en ce sens, qu’ils supportent de hautes températures sans se fondre ; qu’ils ne cassent pas au feu, enfin qu’ils résistent à l’action de beaucoup de corps.

Parmi les creusets purement argileux, il en est qu’on veut rendre imperméables, tels sont ceux de porcelaine. Ces creusets cassent facilement au feu. Il en est d’autres, et c’est le plus grand nombre, pour lesquels onne recherche pas cette qualité ; ceux-ci sont poreux, à pâte grossière, et résistent fort bien en général aux changemens de température.

Les creusets poreux se laissent pénétrer par l’eau , maïs peu importe, car en général ils nesont pas destinés à contenir des liquides aqueux. Ce qui est plus fâcheux, c’est que presque tous les sels en fusion les traversent aisément. Aussi, le nitre, le sel marin en fusion coulent à travers, mais il n'en est pas ainsi des métaux ou des produits qui ne fondent pas au feu. Ces creusets sont les meilleurs pour ces derniers cas, puisque ce sont ceux qui supportent les plus grands coups de feu et les changemens de température les plus brusques , sans être fondus ou cassés. Aussi, dans les laboratoires , emploiet-on presque toujours les creusets de Æesse si célèbres qui offrent le type des creusets poreux. Ils sont triangulaires.

CREUSETS. Ggr Voici la composition des creusets de Hesse, analysés par M. Berthier.

DILICE ee ve 709 Alumine. . . 24

Oxide de fer. . 38{ 99°

Magnésie. . trace,

On les obtient au moyen d’une argile très-riche en alu- ‘mine , à laquelle on mêle beaucoup de sable quarzeux. Ils sont très-réfractaires et supportent bien des changemens brusques de température sans casser. Mais la grande quantité de silice qu'ils contiennent les rend faciles à attaquer par la litharge et les oxides métalliques très-fusibles. D'un autre côté, leur grain très-grossier les rend d’un emploi peu agréable pour beaucoup d'opérations dans lesquelles on veut recugillir exactement le produit. Ils sont sonores, peu épais, assez solides pour supporter facilement les . transports. Les petits creusets de Hesse, chauffés au rouge, peuvent être jetés dans l’eau froide sans casser. Depuis quelques années , M. Beaufaye fabrique à Paris des creusets excellens dont M. Berthier a fait également l'analyse. Ils contiennent :

Silice. #æ ste 646 ÂAlumine.. . 344} 100 Oxide defer. 10

Ces creusets sont faits avec de l’argile d’Audennes, près Namur , simplement mêlée de ciment de la même argile, sans addition de sable. Les pièces sont enduites d’une

couche mince d'argile crue et pure, qui rend leur surface plus lisse et plus unie. Ces creusets sont surtout remarquables, en ce que leur pâte étant très-dense , ils peuvent néanmoins supporter très-bien les alternatives de température. Leur composition indique awreste qu’ils sont trèsréfractaires , et l'expérience montre qu’ils le sont même plus que ceux de Elesse. Moins riches en silice que ces

Page 1