‹ Traité de chimie, appliquée aux arts (volume 2)Chapitre 206 sur 218 · IL, Â · texte numérisé non relu

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725 LiV, V. CH: Xlife NITRIERES.

ou les terres, les lessiver et évaporer les eaux de lavage pour avoir e nitrates. Nous verrons plus tard comment on se débarrasse des sels étrangers, et comment on ramène tous les nitrates à l’état de nitrate de potasse. Examinons d’abord les circonstances nécessaires à la formation des nitrates eux-mêmes.

Théorie de la formation des mitrates.

1526. Danslesnitrières, l'acide nitrique se produit. Tous les anciens chimistes ont admis qu'il se formaitau moyen de l’oxigène, de l'air et de l'azote fourni par des matières animales existant au milieu des masses qui se nitrifient. Cet azote, dégagé par la putréfaction de ces masses ; et présenté à l’état naïssant à l’oxigène de l’air, semblait réaliser toutes les conditions nécessaires à la combinaison.

M. Longchamp, le premier, a pourtant mis en doute la réalité de cette théorie. Divers faits de pratique en grand lui ayant paru dificiles à expliquer de cette manière, il a pensé d’abord que l’acide nitrique des nitrates naturels pouvait bien provenir des pluies d'oragé qui en renferment toujours, auquel cas cet acide se formerait aux dépens de l'air; mais cette supposition, qui est applicable aux terres nitrées des pays chauds, ne pouvait s'étendre aux nitrières des pays tempérés. Dans ces derniers temps, M. Longchamp a présenté une nouvelle théorie qui s’applique à tous les cas, et qui devrait probablement se combiner avec la Hrébédente: en ce qui concerne les * chauds.

1527. Cette théorie consiste à regarder la formation de l'acide nitrique comme ayant Heu encore aux dépens de l'air, mais par un procédé différent du précédent. M. Longchamp admet que les carbonates de chaux et de magnésie, pris dans un état de division convenable et humectés, peuvent absorber de l'air, le condenser et le transformer

NITFRIÈRES. h23 à la longue en acide nitrique, ou plutôt eñ nitrate de chauxæt de magnésie ; à plus forte raison, le carbonate de potasse, pris dans un état convenable, produirait-il le même phénomène. En tout cas, d'après M. Longchamp, l'acide se produit sans le concours des matières animales regardé avant lui comme indispensable, simon par tous les chimistes, au moins par le plus grand nombre d’entre eux. | ;

M. John Davy, qui a examiné avec un soin particulier les nitrières naturelles de l’ile de Ceylan, a admis un mode de formation semblable à celui que nous venons de décrire. De son côté, M. Proust pensait également que les nitrates se formaient en Espagne sans le concours des matières animales.

1528. Ainsi, nous avons àexaminer, 1° si l'azote de l’acide nitrique provient des matières animales ; 2° si cet azote provient au contraire de l'air; 3° si les matières animales ne sont pas utiles dans la nitrification, ou même indispensables en certains cas, indépendamment de l'emploi dé léur azote relativement à la formation de l’acide nitrique.

Il est d’abord certaines conditions sur lesquelles tout le monde est d'accord.

1° La présence bases puissantes telles que la chaux, la magnésie ou la potasse. On admet de même que ces bases doivent toujours être dans un état de division trèsgrand ; ainsi, la chaux doit être à l’état de craie, de carbonate pulvérulent ou de pierre à chaux très-poreuse. Il en est de mème de la magnésie. Les marnes offrent la chaux dans un état coavétahle aussi; mais les marbres ne se nitrifient jamais.

Thouvenel admet que les bases précitées ne se nitrifient bien qu'autant qu’elles sont carbonatées. Privées d'acide carbonique, elles se nitrifient mal, quoiqu’elles soient capables de reprendre cet acide à l'air, maïs lente a + ; Si on Opère sur de grandes masses.

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2° L'humidité. I parait incontestable qu'elle est nécessaire, et l’on peut aisément s'en rendre compte dans les deux théories. L'expérience et le raisonnement indiquent aussi qu'il ne faut pas que les matières soient gorgées d’eau, ce qui empêcheraït l’absorption de l’air. L'humidité d’une terre de jardin parait être le poiht convenable.

3° La température. Elle joue un rôle non contesté. On admet que vers 0°, la nitrification devient faible ou nulle, et qu'une température de 15 à 25° est nécessaire pour qu’elle soit active.

4° La lumière. paraît que dans les nitrières aruficielles de la Suède, on redoute son influence. Toutefois, l’ensemble des faits semble indiquer qu'elle n’est pas défavorable ; quoique une exposition au soleil puisse nuire, en ce sens que l'humidité s'évapore trop promptement.

1520. Il est facile de voir maintenant que toutes ces conditions sont nécessaires ou également favorables dans les diverses hypothèses. Ainsi, quand on admet que l'azote de l'acide nitriqueprovient des matières animales, on doit admettreaussi que l’acidenese produira quesous l'influence de bases fortes; ces bases doivent être très-divisées, car l’oxigène de l'aide est emprunté à l'air, du moins en partie, et dès-lors il est indispensable que cet air soit condensé par des matières poreuses. L’humidité n'est pas moins nécessaire, car les matières animales sèches ne se décomposent pas, et il faut qu’elles se détruisent pour que l’azote devienne libre, ou que, du moins, son état de combinaison change. Une température élevée est également indispensable à la décomposition spontanée des matières animales, ét par conséquent, point de nitrification possible à o° et aux environs de cette température.

1230. Quand on admet au contraire que l’azote et l’oxigène proviennent de l'air, on a de même besoin de bases énergiques pour déterminer la formation del acide ; il faut que ces bases soient très-divisées et à l'état pe re

NITRIÈRES. .r0ÿ . que l'air condensé agisse sur une plus grande surface. La présence de l'humidité est nécessaire aussi, car le contact entre un solide et un gaz est bien faible, si le gaz n'est pas dissous dans un liquide. La température favorise ici da réaction, comme elle favorise toutes les actions chimiques. Enfin, on peut même concevoir l’utilité des matières organiques, en ce sens que par leur décomposition spontanée, elles produisent de la chaleur et élèvent aïnsi la température des masses, et que, par la nature des produits qu’elles fournissent et qui en général sont hygrométriques, elles retardent l’évaporation de l’eau. Dès lors, on conçoit pourquoi le nitre semble se former sans matières organiques dans les pays chauds, et pourquoi il a paru favorable d’en introduire dans les matières nitrifiables des pays froids.

1531. Ainsi, dans le phénomène de la nitrification en lui-même, rien n'indique, d’une manière précise, le rôle des matières animales.

Consultons l’analogie tirée des phénomènes d’un autre ordre.

M. Thénard a vu une matière animale particulière se converlir tout à coup en acide nitrique. Cette matière pourrait se former dans les circonstances qui président à Ia nitrification , et dès lors, le rôle des substances animales serait facile à concevoir, ainsi que leur nécessité. M. Liebig a bien voulu me faire connaître des résultats qui conduisent à la même conséquence, et sur lesquels j'espère pouvoir donner plus tard quelques détails.

…. Mais quand on voit, d’un autre côté, que pour produire 100 kilog. de salpêtre, il faut la quantité d’azote contenue dans 75 kilog. d’une matière animale ordinaire supposée sèche, ou bien dans 3 ou 400 kilog. de la même matière, à son état ordinaire d'humidité, il devient difficile d'admettre que cette proportion énorme de matière animale se trouve en présence des bases qui se nitrifient,

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soit sur le sol des pays chauds, soit dans les grottes de Ceylan , soit dans les grottes de “ Roche-Guyon, etc.

Ainsi, bien qu'il soit prouvé que ces matières animales peuvent se transformer en acide nitrique, il reste douteux qu'on doive leur attribuer un rôle exclusif dans tous les cas de nitrification, et particulièrement dans ceux que nous venons de citer.

1532. D'autre part, est-ilbien probable PR ol oxigène delair puissent se combiner pour former l'acide nitrique ? On peutrépondre qu'en effet ces deux gaz se combinent sous cêtte forme, à l’aide de l’étincelle électrique et sous

Vinfluence de l'eau. Or, comme des bases fortes exercent

une action bien plus énergique que celle de l'eau, il est possible que la présence de telles bases et la D des gaz équivalent à l'effet de l'électricité. D'ailleurs on sait que le charbon, imprégné d'hydrogène sulfuré et mis en contact avec le gaz oxigène, condense ce dernier avec assez d'énergie pour qu'il y ait action à froid entre les deux gaz. Le charbon s’échauffe, il se forme de l'eau, et le soufre est mis à nu. On sait encore que présque tous les corps poreux déterminent la combinaison de l'hydrogène et de l’oxigène, à la facon de l'éponge de platine, :

Ces considérations puissantes, appuyées d’ailleurs des faits observés par M. John Davy, laisseraient peu de doute, si les tentatives faites pour nitrifier la craie dans nos cli- -mats n'eussent été infructueuses, quand elle n'était pas mêlée d'une matière animale, ou exposée aux exhalaisons d'une matière animale en putréfaction.

1533. Ainsi, bien qu'il soit probable que la formation de J'acide nitrique peut avoir lieu par la seule influence des bases fortes, humides et très-divisées sur l'air dans certaines localités, il paraît presque certain que les climats tempérés sont soumis à des conditions particulières. El faudrait au moins un concours de circonstances bien singulier, pour que tout fût erreur dans les remarques faites

NITRIÈRES. R 727 en tant de lieux différens, à l’occasion des nitrières artificielles dont il sera question plus loin; nitrières où l’on a toujours fait jouer un rôle important aux matières ani males, même à une époque où l’on ignoraït leur composition et celle de l'acide nitrique.

Toutes ces questions sont certainement du plus haut intérêt pour la théorie et les arts. C’est là ce qui m'encourage à présenter une autre face de la question qui n’a point été abordée, et qui pourrait néanmoins être utile à considérer, si l’on entreprenait de nouvelles recherches à ce sujet.

1534. On observe que dans la sine qe cas où la nitrification paraît s'effectuer sans le concoursbien manifeste des matières animales, il se produit beaucoup de nitrate de potasse. Il y avait donc de la potasse en quantité proportionnelle dans les matières nitrifiées. Les matières salpétrées des pays tempérés contiennent au contraire peu de nitrate de potasse et PRE de nitrate de chaux ou de magnésie. La potasse n'existait donc qu'en faible proportion dans ces matériaux. Ne serait-il pas possible que le rôle de la potasse, ou plutôt du'carbonate de potasse, füt alors dévolu au carbonate d’ammoniaque, produit constant de la décompositionles matières animales ? Ons’expliquerait ainsi la nécessité des matières animales, là où il manque de la potasse, et l'on généraliserait le phénomène , en ce sens , que la production de l'acide nitrique serait ne effectuée par la combinaison des princi pes de l'air, sous l'influence de bases variables, mais toujours énergiques.

Mais s’il en était ainsi, on devrait retrouver dans les . matériaux salpètrés des sels ammoniacaux, quand iln'ya pas eu de chaux vive en présence de ceux-ci. Or, si ces sortes de sels se rencontrent en pareil cas , au moins ne les a-t-on jamais signalés, et c’est là même un des argu- ‘mens qui peuvent appuyer l'opinion des chimistes qui

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