‹ Traité de chimie, appliquée aux arts (volume 2)Chapitre 207 sur 218 · LIV, V. CH. X{IJ. NITRIÈRES · texte numérisé non relu

LIV, V. CH. X{IJ. NITRIÈRES

pensent que l'azote des matières animales passe à l'état d'acide nitrique. : |

1535. te de cette Ro si jene m’abuse point, que le phénomène de la nitrification peut avoir lieu suivant les cas, sous l'influence de causes diverses, et que ce qu'on en sait jusqu à présent peut se prêter à des hypothèses variées, peut-être également éloignées de la vérité. | On pourrait s'étonner, à bon droit, d’une hésitation pareille, après tant d'années écoulées depuis qu’on a commencé à s'occuper d’une question aussi sérieuse; mais on va voir, en examinant les procédés en usage, que les expériences sur ce sujet sont de longue durée, et qu’un travail de plusieurs années pourrait seul conduire à des résultats précis, ce qui suflit pour montrer pourquoi si peu de personnes ont eu le courage de l’entreprendre ou de le ter= miner.

Nitrières naturelles.

1536. Il n’en existe peut-être point auxquelles ce nom puisse s'appliquer d'une manière rigoureuse, si l'on entend par naturelles les nitrières qui, contiennent des dépôts de nitre formé à une époque antérieure à 1à dernière révolution du globe. Le nitrate de soude d'Amérique parait seul être ee ce cas, etencore faudrait-il des renseignemens plus étendus pour trancher la question.

On. est done convenu d'appeler nitrières naturelles, celles qui, offrant accidentellement une réunion de circonstances convenables à la formation des nitrates, produi- ‘sent ces sels actuellement et journellementsans le concours de l'industrie des hommes. Ces nitrières nous présentent quelques phénomènes utiles # considérer, pour l’imtelligence des nitrières artificielles.

1537. INur ières de Ceylan. D'après M. John Davy qui les a étudiées, ces nitrières sont au nombre de vingt-deux.

“NITRIÈRES, 729

Ce sont des cavernes creusées naturellement d’abord, puis agrandies par le travail de l'exploitation. Les parois en

sont formées d’une roche contenant du carbonate de

chaux, du talc et du felspath, qui lui-même est composé de silice, d’alumine et de potasse. On sait que certaines variétés de felspath se décomposent à l'air, que la potasse s’en sépare, soit libre soit faiblement combinée, et celui-ci paraît être dans ce cas. Aïnsi trois bases énergiques se irouvent là dans un état de division fort grand, en con-

tact avec l'air et.sous l'influence d’un climat très-chaud.

M. John Davy pense que sous de telles circonstances l’azote et l’oxigène de l’air forment de l’acide nitrique par une action particulière dont la nature n’est pas connue. 1538. Il admet comme indispensable la présence simultanée de la chaux ou de la magnésie et de la potasse. Nulle part il n’a rencontré le nitrate de potasse sans nitrates de chaux ou de magnésie, et nulle part non plus les nitrates ierreux sans nitrate de potasse. L’humidité est indispensable, car partout où la paroï des cavernes est sèche on ne trouve point de nitrates; enfin une petite quantité de matière animale favorise la nitrification, mais n’est pas indispensable, du moins'dans l'opinion de M. John Davy, qui n’est du reste appuyée d'aucun fait bien décisif. Il fait remarquer cependant, à l'appui de cette opinion, que dans la caverne de Memoora qui est exploitée, il n’y a point d’excrémens de chauve-souris, auxquels on attribue assez généralement la formation du salpêtre dans ces sortes de localités. Cette caverne dont la forme est demi-circulaire, a 100 pieds de large, 80 de hauteur et 200 pieds de profondeur. Elle est creusée dans une montagne de 300 pieds de haut, couronnée de forêts. Le fond est étroit et obscur, le sol est rocheux et s'élève rapidement à partür de l'entrée. On y travaille depuis cinquante ans sans Inierruption pendant les six mois de la saison sèche. Quand M. Davy l'a visitée, il y avait seize ouvriers qui déposaient

Page 1