FABRICATION DE LA FECULE
34M . Depuis plusieurs années , la fécule a reçu de nouvelles et nombreuses applications, et son extraction donne lieu maintenant à une industrie d'une grande importance. On peut en juger lorsqu'on se rappelle que ce produit, d'une conservation extrêmement facile > peut , jusqu'à un certain point, remplacer la farine de blé, et met ainsi les pays qui cultivent la pomme de terre à l'abri de toutes chances de disettes, en faisant venir les années d'abondance au secoure de* apures, 4* stérilité.
Outre *qd wfcmge avec 1a fi*riw f 1» fécule sert à coufc tionner une fouie, de produite alimentaire* oQunjia sp\& tes nom* te seroqulq, tapiqk^, gçuau, etc., etc. Une des ^ppitcatioas \es plus importâmes de la fécule , est celle qui a pour but s* tran&fQrqwtiou en supre de raisin , pu glucose , et qui te fait servir sqqs cette farave à la préparation et ^ Vaa*eUon*t,k>n 4e trieurs botosqpa e\ liqueurs ulcqo-
Il6 AMIDON, FÉCULES, DBXTEINE.
liques ; on en consomme pour cet usage des masses considérables.
Rien de plus facile que l'extraction de la fécule ; il suffit en effet pour l'obtenir de réduire, par un moyen quelconque , la pomme de terre en pulpe très fine , et de laver celle-ci sur un tami3 métallique ; la fécule , entraînée par l'eau traverse le tamis , tombe dans un récipient, et se rassemble par le repos au fond du vase. La pulpe épuisée, au contraire , reste sur le tamis et peut servir i différents usages , notamment à la nourriture des bestiaux.
Plusieurs lavages à l'eau pure enlèvent à la fécule les parties plus lourdes ou plus légères qu'elle ; la dessiccation , d'abord à l'air libre , puis dans une étuve à courant d'air chaud , finit par donner à ce produit l'aspect que tout le monde lui connaît.
Ajoutons que de toutes les plantes nutritives c'est la pomme de terre qui donne à surface égale de terrain le plus de matière sèche et utile ; on en jugera par le tableau suivant, qui indique pour un hectare la quantité de pommes de terre récoltée, comparativement à plusieurs autres
plantes :
Matière verte. Matière sèche.
Pommes de terre 21,000 kil. = 5,119 kil.
Topinambours 19,100 =3,859
Betteraves 28,000 =3,200
Navets 18,000 = 1,115
En blé 16 hectolitres = 1,200
La même étendue de terrain, comme on le voit, donne à peu près quatre fois plus de matière nutritive en pommes de terre qu'en blé. Par tous ces motifs, il serait inutile d'insister plus longtemps sur l'importance agricole de la pomme de terre ; personne n'ignore les services qu'elle a rendus dès son introduction en Europe, et tout le monde peut apprécier les services plus grands encore qu'elle est appelée à rendre depuis qu'elle a donné naissance à Fin-
AMIDON, PÉCULES, DEXTRINE. Il^
dustrie qui nous occupe, et par suite à une foule d'heureuses applications.
3442. La meilleure variété à employer dans la fabrication de la fécule , est celle connue sous le nom de patraque jaune -9 elle donne à poidsegallerendementmaximum.de fécule, facile à extraire.
Dans une grande usine, il est quelquefois nécessaire de conserver les grandes masses de tubercules dont on a besoin pendant la durée de la campagne ; on peut y parvenir avec des chances égales, par tous les procédés employés pour la conservation des betteraves ; nous renvoyons donc, pour les détails, à la fabrication du sucre indigène.
Les opérations nécessaires pour obtenir la fécule telle qu'on la connaît dans la consommation, sont au nombre de sept, savoir :
1° Lavage des tubercules ;
2° Râpage id.
5° Tamisage de la pulpe ;
4° Lavage de la fécule brute ;
5° Egouttage de la fécule lavée , 1° dans les bachots; 2* sur une aire en plâtre ;
6* Dessiccation de la fécule , 1° à air libre ; 2° dans une étuve à courant d'air chaud ;
7° Blutage de la fécule , mise en magasin , etc. Nous allons revenir sur chacune de ces parties, et leur donner tout le développement nécessaire.
Le lavage des pommes de terre s'opère absolument de la même manière que celui des betteraves , à la main , ou au moyen du laveur mécanique dont nous avons donné les dessins planche xaii.
Les pommes de terre, bien exemptes de terre et de cailloux , sont immédiatement portées dans une trémie qui les distribue peu â peu au cylindre dévorateur.
La râpe que l'on emploie est semblable à celle employée dans la fabrication du sucre indigène ; seulement les tuber-
Il8 AMIDON, FÉCULES, DBXT&MI.
cules n'ont pas besoin d'être appuyés contre la cylindre dév orateur , le poids des pommes de terre contenues dans une trémie suffit pour que le râpage se produise d'une manière satisfaisante.
Une autre différence essentielle, c'est que les lamtis de scies doivent avoir des dents beaucoup plus tourtes » afin que toutes les cellules soient atteintes, et que la fécule puisse ensuite s'extraire par un simple lavage, et par un frottement aussi léger que possible* Nous ajouterons que les meilleures râpes seront toujours celles dont On pourra rechanger les lames facilement et sans perte de temps.
Outre la condition importante que nous avons signalée plus haut , les cylindres râpeurs fonctionnent d'autant mieux et donnent de la pulpe d'autant plus fine, que la vitesse qui leur est imprimée est plus grande ; ils font en général de 600 à 900 tours par minute , et comme ces cylindres ont à peu près 0m,50 de diamètre, ou lm,50 de pourtour, il s'ensuit que les lames se meuvent avec une vitesse de 900 à i ,550 mètres par minute.
Un seul cylindre des dimensions ci-dessus et d'une largeur de 0,40 (ou longueur des lames), faisant 800 tours i la minute, peut réduire en pulpe 44 i 15 hectolitres de pomme de terre par heure ; par un calcul facile à faire 4 on verra que, pour obtenir cette quantité de pulpe, il a fallu une surface dévorante égale à 29,000 mètres carrés par heure.
En général, les pommes de terre renferment de 15 à 33 pour 100 de fécule sèche, seulement 3 pour 100 au plus de tissu cellulaire $ le reste se compose d'eau et de quelques sels particuliers.
Le but du tamisage de la pulpe est de séparer la fécule de toutes les substances étrangères, et notamment du tissu cellulaire qui, étant plus grossier, reste sur le tamis au tra. vers duquel passe la fécule.
En sortant de la râpe, la pulpe se rend directement dans l'appareil destiné à effectuer cette séparation.
AMÏDOlf, FÉCULES, DEXTR1HE. Ug
3443. Plusieurs systèmes d'appareils ont été employés pour extraire aussi complètement que possible la fécule contenue dans les pommes de terre ; le plus ancien , qui est encore en usage dans quelques petites fabriques , est le tamis cylindrique de M. Saint-Etienne figuré pi. rxxxn. Ce moyen d'extraction, d'une assez grande simplicité, présente plusieurs graves inconvénients qui ont limité son emploi. En effet , il laisse beaucoup de fécule dans la pulpe et l'extraction n'est qu'intermittente , c'est à dire qu'à chaque instant il faut remplir l'appareil de pulpe neuve, et attendre pour en remettre de nouvelle que la première soit épuisée et expulsée du cylindre.
M. Laine a voulu éviter la perte de fécule et l'intermittence, en rendant d'une part l'appareil continu, et de l'autre en prolongeant le temps nécessaire à l'entière extraction delà fécule, sans cependant diminuer la vitesse du travail. Il y est parvenu au moyen de l'appareil connu sous le nom de tamis incliné , et qui est expliqué suffisamment dans les planches lxxxiii et lxxx:v et dans leurs légendes respectives. Comme on le voit, il se compose d'un plan incliné très long, formé de deux rangs de chassis métalliques placés au dessus d'une bâche de même longueur et divisée en compartiments. La fécule tombe du cylindre dévorateur dans un espace ménagé à la partie la plus déclive du plan incliné. Là, deux chaînes de Vancanson, sans fin, recevant leur mouvement chacune de deux tambours , l'entraînent sur les deux rangs du châssis et la conduisent , par une friction continuelle , jusqu'à la partie supérieure du plan incliné, où la pulpe épuisée est déversée au dehors. Des jets d'eau, ménagés sur toute la Ion-; gueur du plan incliné , injectent ce liquide sur la pulpe. La fécule entraînée à travers la toile métallique des châssis , tombe dans un des compartiments de la bâche et revient au moyen de tubes sur le châssis inférieur. L'eau se charge' de plus en plus de fëCute en passant successivement Sur tofus
iaO AMIDOtf, FÉCULES , DEITRIKE.
les châssis , et sort enfin du dernier compartiment de la bâche pour se réunir dans des cuves de dépôt.
Cet appareil, on le voit, est construit sur un principe très rationnel; d'un côté, en effet, l'eau se charge de plus en plus de fécule en rencontrant de la pulpe de plus en plus fraîche i d'un autre côté , au contraire , la pulpe de plus en plus épuisée est lavée par de l'eau de plus en plus pure.
Un inconvénient du tamis incliné, c'est la longueur considérable qu'il doit avoir pour que la pulpe soit bien épuisée ; à Neuilly , elle a été portée à 20 mètres ; cette disposition nécessite donc un emplacement très grand, et doit donner lieu à de fréquentes réparations.
M. Dailly , dans sa féculerie de Trappes , près de Versailles, a remédié en partie à ces inconvénients par l'adjonction d'un second tamis placé à 0,35 au-dessus du premier , et qui lui est à peu près parallèle. La pulpe arrivée à la partie supérieure de l'ancien tamis , beaucoup moins long que celui de Neuilly, est remontée sur le tamis supérieur, et elle redescend jusqu'au point de départ de la pulpe fraîche , toujours entraînée par la chaîne sans fin ; elle tombe alors dans une rigole qui la conduit au dehors.
Avec ce tamis perfectionné, double, on peut en 10 heures épuiser aussi complètement que possible 160 hectolitres de tubercules réduits en pulpe .11 reste toujours dans la pulpe épuisée S et 4 pour 100 de fécule du poids de la pomme de terre, qu'il ne serait pas possible d'enlever, même par des lavages énergiques. C'est que toutes les cellules n'ont pas été déchirées par la râpe. On voit par là quelle importance il faut attacher à la bonne construction des râpes , car , si elles étaient défectueuses , elles donneraient des déchets bien plus considérables que ceux que nous venons d'indiquer , et qui sont le minimum de ce que l'on peut atteindre maintenant.
La force exigée par la râpe et le tamis incliné est égale à quatre chevaux appliqués à un manège ; le travail, comme