‹ Traité de chimie appliquée aux arts;Chapitre 22 sur 83 · SUCRE DS BETTERAVES · texte numérisé non relu

SUCRE DS BETTERAVES

meilleurs résultats, consiste à les placer en magasins couverts : il est employé dans les meilleures fabriques. Ce procédé évite complètement les effets de la gelée ; mais non pas ceux de la fermentation : aussi faut-il avoir grand soin d'établir des courants d'air dans toute la masse au moyen de couloirs et de nombreuses cheminées d'appel.

Un magasin propre à conserver pendant trois mois i ,800,000 kilogrammes de betteraves doit avoir une largeur de sept mètres , une hauteur de cinq mètres, et une longueur de soixante-cinq à soixante-dix mètres, y compris l'espace occupé par les couloirs et les cheminées.

Si le fabricant , au lieu d'un long hangar peu large, comme le précédent, pouvait disposer d'un vaste magasin carré, il devrait le diviser en plusieurs compartiments égaux , et se réserver un libre passage entre chaque magasin improvisé.

3463. Malgré les précautions les plus minutieuses , les betteraves éprouvent toujours des altérations plus ou moins considérables, et les produits en sucre vont en diminuant de quantité et de qualité à mesure que la saison s'avance. Un procédé seul peut éviter ces graves inconvénients : c'est celui de la dessiccation immédiate de la betterave

après la récolte.

Plusieurs essais dirigés dans ce but font espérer que l'agriculture jouira un jour des immenses avantages que la fabrication du sucre indigèYie n'a réalisé qu'en partie jusqu'ici à son profit, et que la betterave desséchée à peu de frais par le cultivateur, et livrée au commerce comme le blé, pourra être exploitée dans des temps et des lieux opportuns , et donner des sucres à des prix très bas.

M. Schutzenbach est le premier qui ail attiré l'attention publique sur la dessiccation de la betterave, en fondant à Carïsruhe un établissement très important pour l'application de ce mode de travail. Son appareil, qui ne peut convenir qu'à une vaste entreprise , se compose d'une

SUC&8 DE BETTERAVES. l49

chatnbre étroite voûtée et très haute-, des toiles métalliques sans fin, superposées les uns aux autres, se meuvent dans la longueur de cette étuve, et sont disposées de manière que le produit placé sur ces toiles puisse tomber d'une toile supérieure à une inférieure , et ainsi de

suite.

La betterave, coupée en lames minces et distribuée sur la première toile, est entraînée parle mouvement de celleci; elle parcourt successivement les toiles superposées et la dernière la rejette au dehors de l'étuve parfaitement desséchée. Au dessous des toiles est un espace libre où Pair, continuellement chauffé par un calorifère, s'élance à travers les couches de betteraves , et sort à la partie supérieure de l'étuve saturé d'humidité.

Si le procédé de dessiccation de M. Schutzenbach n'a pas été plus généralement adopté, on peut attribuer ce résultat â plusieurs causes. Nous nous bornerons à remarquer que le principe sur lequel repose la méthode entière, et qui admet dans la même fabrique la dessiccation de la betterave et l'extraction du sucre est défavorable au procédé. Il ne faut pas, en effet, perdre de vue que l'agriculture ne profitera pleinement des bienfaits de cette belle industrie que le jour où la culture s'étendra sur le sol entier du pays. Il ne faut pas oublier que la consommation ne profitera d'un prix de revient le moins élevé possible que lorsque l'extraction se concentrera au contraire vers les lieux où elle est appelée par le bas prix de la main d'œuvre , le bon marché du combustible et l'écoulement facile des produits secondaires.

Pour remplir ces deux conditions il faut nécessairement que la betterave se dessèche dans les fermes dès le moment de la récolte $ à l'état sec, elle peut se conserver plus d'un an sans rien perdre de sa richesse saccharine, elle peut se transporter au loin et supporter toutes les chances d'un produit commercial; enfin il est prouvé

iSo SUCEE DE BETTERAVES.

qu'à l'aide de procédés simples on pourrait en extraire une quantité de sucre cristallisé qui s'élève dans les analyses et dans le travail en grand à 8 ou 10 pour 100 du poids de là betterave brute.

La question, vue sous son véritable jour, peut donc se résumer dans ce problème :

Trouver un moyen simple et économique de dessécher la betterave dan$ hs ferme $f sans altérer le sucre qu'elles renferment.

Une fois que la betterave sèche entrerait dans nos mer* ohés, on aurait bientôt trouvé un moyen économique d'en retirer le sucre, et quelques uns des appareils qui servent actuellement dans la fabrication, rempliraient ce but. Nous en parlerons en traitant de l'extraction du jus par lavage méthodique.

M. de Lirac a fait 4 Sarrians, département de Vaucluse, divers essais qui l'ont conduit k employer la chaleur du soleil pour opérer la dessiccation de la betterave avec économie* Il a trouvé que la racine , découpée en tranches minces et étalée sur des olaies, pouvait perdre 70 pour 100 de son poids après une exposition au soleil • i la température de 56 k 40 degrés Réaumur pendant dix heures enviton. M» Lirae empêche la coloration rapide des tranchas, an les saupoudrant de chaux éteinte qui présente plusieurs autres avantages» D'après cet habile agriculteur, un coupe* racine , deux hommes et six femmes peuvent aisément découper et faire sécher quatre-vingts à cent milles kilogrammes de betteraves par semaine.

Cette méthode, bien qu'applicable seulement aux localités privilégiées du midi, est digne d'intérêt, car elle convient surtout à la petite culture, qui doit seule flfoc- «uper de la dessiccation pour {ue le problème en soit résolu*

Au reste, il est bien prouvé que la dessiccation au soleil

SUCRE DE BETTEBAVES. v l5l

peut se faire sans aucune altération ; et quant à l'économie du procédé, elle est évidente-, des claies, des draps, ou au besoin la surface d'une prairie suffisent pour l'exposition. Dans les exploitations rurales un peu considérables on pourrait annexer un séchoir qui terminerait la dessiccation de la betterave et obvierait aux intempéries de l'atmosphère.

En résumé, ce procédé peut offrir de grands avantages dans toutes les localités, où, au moment de la récolte, la saison est chaude et sèche, ces conditions sont remplies dans le Midi de la France»

Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur le procédé de dessiccation; plus loin nous parlerons des moyens que l'on pourrait employer pour retirer le sucre de la betterave desséchée.

5464. On s'est occupé depuis quelque temps de recherches analytiques sur la betterave , dans le but d'éclairer les opérations des fabriques. On doit surtout remarquer les travaux de M. Pelouze et de M. Peligot sur cet objet. Ce dernier chimiste a consaté, en particulier, un fait fort important dans la pratique, savoir : l'identité de composition générale de la racine de la betterave, aux diverses périodes de la croissance de la plante. Voici quelques unes de ses analyses rectifiées d'après les remarques de M. Braconnot :

Betterave de l'Ecole de botanique arrachée , le 3 août , très petite, du poids de 20 à 25 grammes.

Matières solides sèches 0,5 \ ,. ! V * *

Eau 90,5 j •»»»«■•. *•*»•

( et ligneux» . , . . 4,5

Autre de la même localité , arrachée le 7 septembre, du

l5a SUCBK DX BETTERAVES.

poids de 8 à 900 grammes, densité du jus = 4,5 à Taréo mètre de Baume :

Matières solides. 10,0 1 A. A'0

Eau 90,0 PeCt,ne' ••••-:■ °.>l

\ ligneux et albumine 1,9

100,0 lôjo

Autre de Grenelle , du 7 août , poids de 500 grammes environ, densité du jus à l'aréomètre de Baume = 6,0.

Matières solides. . 15,5 1 .'*

Ea« 84,5 j!6*1"- ;•::•••." f'?

[ ligneux et albumine 1,9 100,0 «M>

Betterave petite , provenant de l'Ecole de botanique , arrachée le 26 septembre; poids, 80 à 100 grammes.

m- .. . , - » j ( sucre 10

Matières sèches. . 15,1 .

Eau W9 < pectine 1,8

• • • • • y | jjgneux et albumine 2,3

Autres de la même localité, arrachées le 9 novembre; poids, 150 grammes.

Matières sèches. 14,7 = 14,2

Eau 85,3= 85,8

Enfin, pour savoir jusqu'à quel point on peut admettre la préexistence du sucre dans la racine la plus jeune , M. Péligot a fait l'analyse de betteraves semées fort tard, dans l'Ecole de botanique, à côté de celles précédemment étudiées. Ces betteraves, le 29 décembre, avaient le diamètre d'un tuyau de paille ; elles étaient tellement petites

SUCEE DE BETTERAVES. l55

qu'il fallut en réunir quatorze pour en avoir 4 grammes. Toici leur compo3ition :

„ .. ... --- ( sucre 5,9

Matières soudes. 13,7 1 '

^ gg3 < pectine o,4

# ' ( ligneux et albumine 4,4

Ainsi, ces très petites racines contiennent autant , si ce n'est plus , de substances solides que leurs voisines , qui avaient un poids ou un volume au moins quatre mille fois plus considérable r seulement les matières ligneuse et albumineuse s'y trouvent dans une proportion un peu plus forte qu'elles ne le seront probablement plus tard.

On devait être porté à croire que cette proportionnalité des principes de la betterave se maintenait à toutes les époques de son existence; mais il n'en était pas ainsi. Quand la betterave cesse de croître, d'augmenter de poids et de volume, l'analyse démontre une augmentation sensible dans la proportion de ^es principes solides. Ainsi» les betteraves de l'Ecole botanique qui contenaient, pendant les mois d'août, septembre et octobre, de 10 à 12 p. 0/0 de matières sèches, et dont le jus marquait de 4 à 5 degrés à l'aréomètre Baume , en laissaient au commencement de novembre de 12 i 15, et leur jus indiquait de 6 à 7 degrés au même instrument; et les betteraves de Grenelle qui fournissaient de 12 à 15 p. 0/0 de matières solides, ont aussi subi une amélioration très sensible: une d'entre elles, mûre, a laissé un résidu sec égal à 18 , 2 p. 0/0 ; le jus marquait 8,2 Baume.

Deux autres ont donné 17,9 et 17,7 de matières sèches.

Une autre encore, analysée le 15 novembre, contenait :

Matières solides 19,6

Eau •. 80,4

l54 8UC&B DE BBTTMLÀVtS.

Et de ce résidu sec M. Péligot a pu extraire, à Vétat cristallisé, 14,4 p. 0/0 de sucre.

Le jus de cette betterave marquait 9 degrés à l'aréomètre de Baume. C'est la plus forte proportion de sucre qu'on ait signalée jusqu'A ce jour dans la betterave. Quand on se rappelle que par les procédât actuels les fabricans ne retirent en général que 4 à 5 p. 0/0 de sucre du jus de betterave marquant 7 A 8 degrés à l'aréomètre de Baume, et contenant de 1 1 A 15 p. 0/0 de sucre au moins , on sent combien de progrès il leur reste à opérer pour amener leur industrie au degré de perfection chimique qu'elle est susceptible d'atteindre.

M. Péligot a également soumis A l'analyse une betterave montée en fleurs , une betterave portegraine de deux ans , en bon état de conservation , et des feuille» de betterave*.

Betterave mon:ée en fleurs; poids, 200 grammes.

Matières solides . 16,5 ) 8UC" !*?

Eau 83,5 f*01"»- ;•••-.•• M

v Ugneux et albumine o,3

Betterave portegraine j le jus marquait 9,5 A l'aréomètre de Baume. Il n'a pas trouva la moindre trace de suera.

i sucre. 0,0

nitre 1,9

pectine 14

ligneux et albumine 2,5

Feuilles de betteraves. { sucre et pectine ... 1 ,3

Matières solides. . 6,4 < fibre ligneuse 3, G

Eau 03,6 { nitre. 1,5

8UCHK M BBTTEAAT». l55

5465. Si l'âge des racines exerce une Influente sensible sur la proportion de matières sucrées qu'elles contiennent, les circonstances de sécheresse ou d'humidité du sol font naître de leur côté des différences très considérables dans cette proportion. En effet, il résulte des observations de M. Mathieu deDombasle, que la densité du jus de belleraves de la même pièce de terre s'accroît très sensiblement aux époques de sécheresse , et diminue au contraire , eh quelques jours, lorsque la terre Tient d'être trempée par de grandes pluies. La différence est moins considérable dans les sols argileux et frais par leur position, que dans les terrains légers et graveleux, qui perdent facilement leur humidité; mais les différences sont constantes pour toutes les pièces de terre aux époques correspondantes. La différence produite par cette cause n'a jaulais été de moins d'un degré, et dans quelques cas elle s'est étendue jusqu'à 2 degrés de l'aréomètre , c'est à dire que les betteraves d'une pièce de terre qui avait donné 9 degrés après une assez longue sécheresse, n'ont offert que 7 degrés quelques 'jours après que la terre a été détrempée par la pluie.

Ces faits n'ont d'ailleurs rien qui doive surprendre; car il est évident que Tévaporation qui s'opère à la surface des feuilles, sous l'influence des rayons solaires, doit produire une véritable concentration des liquides contenus dans toute la plante, lorsque les' radicules ne trouvent pas dans le sol d'humidité pour réparer la perte occasionnée par Févaporation provenant des feuilles. Lorsqu'ensuite le sol est humecté par une forte pluie , la plante absorbe en peu de temps une grande quantité d'eau, et le volume des racines s'accroît considérablement en peu de jours ; mais la racine est plus aqueuse eu cet état que sous l'influence de la sécheresse.

3466. Déjà longtemps avant M. Péligot, M. Pelouze s'était assuré qu'en traitant la betterave par l'alcool , on n'en retirait que du sucre cristallisante , et point du sucre

l56 SUCRE OS BETTE&AVEf.

incristallisable. Cette manière de voir n'est pas partagée par tous les chimistes.

Voici, en effet, d'après M. Dubrunfaut, la composition de la betterave.

i° Eau.

2° Parenchyme ligneux.

5° Sucre cristallisable.

4° Sucre liquide incristallisable.

5° Albumine végétale colorée.

6° Gelée.

7° Matière azotée noire, préci pi table par les acides, et déterminant la décomposition du sucre en glaireux..

8° Matière grasse , solide à la température ordinaire.

9° Une huile fixe.

10° Une huile essentielle.

11° Une résine verte, amère.

12° Une matière gommeuse.

13° Un ou deux principes colorants.

14° Un acide libre probablement l'acide lactique, qui se développe dans les silos, et préserve les racines coupées de l'altération qui se manifeste dans la racine fraîche par une couleur noire.

15° De l'oxalate d'ammoniaque.

16° De l'oxalate de potasse.

47° De l'oxalate de chaux.

18° De l'hydrochlorate d'ammoniaque.

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