Journal de Pharmacie^ t. XXI, p
CREATINE. 681
épuiser une nouvelle portion de viande fraîche. Enfin le résidu de ce second traitement est épuise une troisième fois par S^^Yi d'eau. Cette eau faible sert à épuiser la seconde portion de viande. On continue ainsi ces lavages méthodiques jusqu'à épuisement de celle-ci : les liqueurs réunies, passées au travers d'un linge, sont introduites dans un ballon et ce dernier est chauffé dans un bain- marie que Ton maintient à TébuUition jusqu'à coagulation complète de Talbumine et de Thémoglobine. L'opération est terminée lorsque le liquide décoloré ne perd plus sa limpidité à Tébullition.
Le tout étant filtré, on ajoute un excès d*eau de baryte concentrée; on sépare par le filtre le précipité de phosphate de baryum et de magnésium ; on précipite l'excès de baryte par un courant de gaz carbonique et l'on concentre la liqueur filtrée par Tévaporation au bain-marie, dans des capsules plates. Lorsqu'il est réduit au vingtième de son volume, on Tabandonne dans un endroit tiède.
Bientôt le liquide se remplit d'aiguilles petites et incolores de créaline. On les recueille, on les comprime entre du papier et on les purifie par de nouvelles cristallisations.
On peut aussi retirer la créatinede l'extrait de viande.
Pour cela, on dissout ce produit dans trois fois son poids d*eau et l'on ajoute à la solution six fois son volume d'alcool à 95 et. Il se forme un précipité poisseux qu'on met de côté. On distille l'eau mère alcoolique de façon à recueillir l'alcool, on concentre le résidu et on le traite de nouveau par l'alcool. II se forme un nouveau précipité qu'on réunit au premier. L'eau mère alcoolique sert à l'extraction de l'acide lactique. Les précipités réunis sont dissous dans l'eau et la solution est précipitée par l'acétate de plomb. La liqueur filtrée, débarrassée de plomb par l'hydrogène sulfuré, est abandonnée à l'évaporation spontanée. La créatinc cristallise abondamment.
Propriétés. — La créatinc se présente en petits prismes limpides appartenant au type clinorhombique. Les cristaux sont incolores et présentent un aspect nacré.
Ils se dissolvent dans 7^,4 p. d'eau à 18° et sont fort solubles dans l'eau bouillante. Insoluble dans l'éther, la créatine exige pour se dissoudre 94,1 parties d'alcool absolu.
Les cristaux de créatine renferment une molécule, c'est-à-dire
21,7 pour 100 d'eau qu'ils perdent à 100<^. Ils sont neutres et possèdent une saveur légèrement amère. À une température plus élevée, la créatine sèche fond et se décompose en donnant des produits ammoniacaux.
La créatine se dissout dans les acides faibles, avec lesquels elle forme des combinaisons cristallisées. M. Dessaignes a décrit un chlorhydrate de créatine C*H*Az*0*,HGl qui est en beaux prismes solubles dans Teau et non déliquescents. L'azotate C*H'A2*0',AzO'H cristallise en prismes courts et brillants.
On a décrit aussi des combinaisons de créatine avec certains chlorures métalliques, tels que le chlorure de cadmium et le chlorure de zinc.
Dédoublements de la créatine, — Traitée par les acides concentrés, la créatine perd les éléments de Teauet se convertit en créatinine.
C*H0Az^O« = CMrAzH) -f H'O
créatine créatinine
2. Maintenue en ébullilion avec de Teau de baryte, elle se dédouble en urée et en une base nouvelle, la sarcosine ou méthylglycocolle :
C«11"A7?0- -f 11*0 = C-IiUzO* + cn*A2«0
créatine sarcosine urée ^
3. Chauffée avec de la chaux sodée, elle dégage de la méthylamine, en même temps qu'il se forme de l'acide oxalique.
4. Soumise à l'ébullilion avec de l'oxyde de mercure ou du bioxyde de plomb, elle fournit de la méthylguanidine :
C4i»Az'0« + 0« = C«1I«0* + C«irAz*
créatine acide oxalique méthylguanidine
Synthèse et constitution de la créatine, — En faisant réagir sur le glycocolle l'amide cyanique ou cyanamide, Strecker avait obtenu l'homologue inférieur de la créatine, qu'il a nommé g^ycocyamine :
CAz«H« -h C«IP0«. Azn» = C'HUzW
cyanamide glycocolle glycocyamioe
GRÉATINE. 583
Il a exprimé l'opinion que ce corps se rattache à la guanidinc,
CH»Az5=AzU=C:;^^îî*
AzH*
La glycocyamine serait une guanidine dans laquelle un atome d'hydrogène serait remplacé par le radical CH'-GO'H, qui représente de l'acide acétique, moins un atome d'hydrogène ou de l'acide glycolique moins OH :
cip-co'H — H= cn«-co«ii.
acide acétique
CII«.OH-CO«H — on = CH*-CO«H.
acide glycolique
L'équation suivante représenterait, d'après cela, le mode de formation de la glycocyamine :
c?^^«+a^h«-ch«-co.h=azi.=(;4^Î;' ^.„. ^,^,„
cyanamide glvcocolle (!lycocyaniine
La synthèse de la créatine découle de celle de ^on homologue inférieur, la glycocyamine. M. Volhard Ta réalisée en fixant les éléments de la cyanamide sur la sarcosine ou mélhylglycocoUc :
Cïlzî! + A^«(C«')-aP-co»H = c-:SciP)-cn*-coMi
cyanamide sarcosine créatine
C'est donc, comme on voit, par la transposition d'un atome d'hydrogène qui, abandonnant la sarcosine, se fixe sur un des groupes AzH de la cyanamide, que la créatine prend naissance dans cette remarquable réaction. On voit aussi que la créatine dériverait de la méthylguanidine :
la substitution d'un groupe (CH*-GO''H) à un atome d'hydrogène. Et cette vue est en harmonie avec ce fait que la méthylguanidine ou méthyluramine est un dérivé direct de la créa* tine.
CREATININE
CWAz>0 = AzH = CCÎ^Ca.j.^.
§ 260. La crëatinine dërive de la créatine par la perte d'une molécule d'eau (page 582). Elle se rencontre toute formée dans certains organes et produits de sécrétion de divers animaux. M. Pettenkofer Ta rencontrée dans l'urine humaine, Liebig dans celle du chien, M. SocolofT dans celle du veau. MM. V*lenciennes et Fremy l'ont extraite des muscles des crustacés. Le bouillon de viande en contient une petite quantité.
Préparation. On dissout la créatine dans l'acide chlorhydrique concentré et l'on évapore au bain-marie, pour chasser l'acide chlorhydrique en excès. Le résidu est du chlorhydrate de créatinine. On le dissout dans 20 à 30 fois son poids d'eau et l'on ajoute peu à peu à la solution un excès d'hydrate d'oxyde de plomb. Il se forme de l'oxy chlorure de plomb insoluble. On Bllre, on lave le précipité et l'on concentre les hqueurs au bain-marie. La créatinine cristallise.
Dans le cas où les cristaux renfermeraient une petite quantité de plomb, il suffirait de les redissoudre dans l'eau et de traiter la solution par le charbon animal.
Nous indiquerons en traitant de l'urine un procédé propre à extraire la créatinine de ce liquide. Il est fondé sur la propriété qu'elle possède de former avec le chlorure de zinc une combinaison cristallisable, qui est caractéristique.
Propriétés, La créatinine cristallise en prismes clinorhombiques solubles dans 11,5 p. d'eau froide et dans une moindre quantité d'eau bouillante. 1000 p. d'alcool à la température de 16*» ne dissolvent que 9,8 p. de créatinine.
La créatinine possède les caractères d'une base . Sa réaction est alcaline, sa saveur caustique. El déplace l'ammoniaque des sels ammoniacaux. Elle forme avec les acides des sels bien définis. Les solutions de créatinine précipitent les solutions d'azotate d'argent, de bichlorure de mercure, de chlonue
CRÉATININE. 585
stanneux. La crëatinine forme avec le chlorure de zinc et avec le chlorure de cadmium des combinaisons cristallisables.
Les réactifs oxydants, le permanganate de potassium, le bioxyde de mercure, la convertissent, comme la créatine, en méthylguanidine ou méthyluramine (Dessaignes). Chauffée pendant 12 heures à 100°, en tubes scellés avec une fois et demie son poids de baryte et une quantité d'eau suffisante pour dissoudre le tout à chaud, la créatinine fournit la méthylhydantoïne :
CWAz^O H- H«0 = AzIP -f C*H«Az«0«
créatinine méthylhydantoïne
Dans certaines circonstances peu définies, la créatinine peut fixer les éléments de l'eau et se convertir en créatine. Il en est ainsi lorsqu'on décompose par le sulfhydrate d'ammonium ou par l'hydrate de plomb la combinaison de chlorure de zinc et de créatine :
C*AzUz50 -f n«0 = CMI^Az'O»
créatinine créatine
La constitution de la créatinine peut être exprimée par la formule ci-dessus, qui fait voir qu'elle est formée par déshydratation interne, les groupes AzH* et CO*H de la créatine réagissant l'un sur l'autre :
AzII = C^^^"* .AzH CO
KAz(CH3)-Cn«-(:aOH = AzU = CCAz (CIP)-(iH«+ITO
créatine créatinine
Le chlorhydrate de créatinine C*irAz=^0,HCl cristallise en prismes raccourcis, fort solubles dans l'eau et assez solubles dans ralcool. Il forme avec le chlorure de platine un chloroplatinate soluble et cristallisable.
Uazoiate de créatinine torme de beaux cristaux.
Le chlorure de zinc et de créatinine (G*H''Az^O)' ZnCl' est en prismes clinorhombiques, très peu solubles dans l'eau, insolubles dans Talcool absolu et dans Téther. On l'obtient en mélangeant des solutions alcooliques de chlorure de zinc et de créatinine.
Avec Tazotate morcurique, la créatinine donne un précipité cristallin qui renferme
(C*irAz»0),Hg(AzO»)«.
SARCOSINE.
g 261. Ce dérivé de la créatine a été découvert par Liebig, qui Ta obtenu en dédoublant la créatine par l'eau de baryte (page 582). M. Volhard Ta obtenu artificiellement en traitant Tacide monochloracétique par la méthylamine.
Cette synthèse a établi sa constitution : la sarcosine est le méthylglycocolle :
acide mélhyUmine sarcosine
monochloracétique
Préparation, 1° A une solution bouillante et saturée de 1 partie de créatine on ajoute 10 parties d*hydrate de baryum cristallisé pur et Ton maintient le tout en ébuUition, en ajoutant de l'eau, aussi longtemps qu'il se dégage de l'ammoniaque. Il se forme un précipité de carbonate barylique, l'ammoniaque et l'acide carbonique pouvant être envisagés comme des produits d'hydratation de l'urée. On filtre, on débarrasse la liqueur de l'excès de baryte par un courant de gaz carbonique et Ton évapore la solution filtrée en consistance de sirop.
Laliqueur sirupeuse abandonnée à elle-même se prend en une masse de lamelles incolores. Pour purifier ces cristaux, on les dissout dans un excès d'acide sulfurique étendu, on évapore la solution en consistance sirupeuse au bain-marie et l'on précipite le sirop par l'alcool, en agitant continuellement de façon à obtenir un précipité pulvérulent de sulfate de sarcosine. Ce sel est épuisé par l'alcool froid, redissous dans l'eau et décomposé par le carbonate de baryum. La solution neutre est filtrée et évaporée en consistance sirupeuse au bain-marie : la sarcosine cristallise.
SARGOSINE. 587
2<» On chauffe le chloracétate d'éthyle à 120® en tubes scellés avec un excès d une solution aqueuse concentrée de méthylamine. Il se forme de lalcool, du chlorhydrate de méthylamine et de la sarcosine :
chloracétate méthylamine sarcosine alcool
d'éthyle
La réaction terminée, on fait bouillir le liquide avec deTeau de baryte jusqu'à ce que la méthylamine ait passé. La baryte ayant été précipitée par l'acide sulfurique, on filtre et Ton évapore en consistance sirupeuse. Il se dépose du chlorhydrate de sarcosine que l'on comprime entre des doubles de papier et qu'on purifie par une nouvelle cristallisation. Pour en séparer la sarcosine, on le dissout dans l'eau et l'on fait digérer la solution avec du carbonate d'argent. La solution, séparée du ^chlorure d^argent et évaporée en consistance sirupeuse, laisse déposer au bout de quelques jours des cristaux de sarcosine.
Propriétés, Ce corps forme de grands cristaux incolores et transparents qui appartiennent au système du prisme orthorhombique. Il est très soluble dans l'eau, peu soluble dans Talcool, insoluble dans l'éther.
Chauffée avec de la chaux sodée, la sarcosine dégage de la méthylamine. Sa solution aqueuse est neutre au papier et possède une saveur douceâtre, mais un peu acre et légèrement métallique. Elle ne précipite ni la solution de nitrate d'argent ni celle du chlorure mercurique; mais lorsqu'on dépose un cristal de sarcosine dans une solution saturée de sublimé, il se dissout et la liqueur se remplit peu à peu d'aiguilles d'un chloromercurate de sarcosine.
Le ddorhydraie de sarcosine ^t dépose de l'alcool en petites aiguilles transparentes. Il forme avecle chlorure de platine un chloroplatinate (C'ffAzO^.HCl)» PtGl*-|- 2H«0, qui perd son eau à lOO^".
Le sulfate de sarcosine, 2C*H^AzO', SO*H% se prépare par le procédé indiqué plus haut. Il se dissout dans 10 à 12 parties d'alcool bouillant et il se dépose par le refroidissement en lames
transparentes, incolores, brillantes, ressemblant an chlorate de potassium. Il est très soluble dans Teau.
ACIDE PARALACTIQUE OU SARCOLACTIQUE.