V. SUBSTANCE NERVEUSE
g 268. La substance qui forme le tissu du cerveau, de la moelle, des ganglions et des nerfs, présente une apparence, une structure et une composition particulières. Elle est constituée par des éléments divers, les globules ou cellules et les fibres nerveuses qui constituent comme les prolongements des globules. Nous n'avons pas à décrire ici ces éléments anatomiques. Disons seulement que les cellules nerveuses forment la masse principale de la substance g^Hse du cerveau et de la moelle et qu'elles sont unies entre elles par une substance amorphe, de nature spéciale, sorte do ciment qu'on nomme névioglie; que les fibres ou tubes nerveux accolés en grand nombre et unis par une trame conjonctive forment les filets nerveux. La subslance blanche du cerveau, du cervelet et de la moelle est
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formée, dans sa masse principale, par ces filets. Les nerfs sont constitués par la réunion des fibres ou tubes nerveux. Ces fibres sont formées chacune d'une fibrille centrale, le cylindre-axe^ qui est entouré d*une substance médullaire^ le tout étant enveloppé d'une membrane mince, la gaine de Schwann. Les faisceaux nerveux primitifs, formés par la juxtaposition de ces fibres nerveuses, sont entourés d'une gaine tubuleuse formée par une substance homogène un peu striée longitudinalement : c'est le névrilemme.
Lé cylindre-axe, qui est Télément principal, la partie conductrice des nerfs et qui y existe quelquefois seul, parait renfermer des matières protéiques. En effet, il se dissout partiellement dans Tacide chlorhydrique au millième; l'acide nitrique concentré le colore en jaune; la solution de sel marin au 10* le dissout en partie ; Tacide chromique, le bichromate de potassium, le sublimé corrosif le durcissent et le rendent plus apparent.
La substance médullaire se dissout partiellement dans l'alcool et se colore en rouge par Tacide sulfurique, en noir par l'acide osmique. Elle est insoluble ou peu soluble dans l'eau, mais elle s'y gonfle pour former un sorte d*empois.
La substance médullaire, laissée pendant quelque temps en contact avec Teau, entre la lame de verre et la lamelle dn porte-objet, montre au microscope des figures particulières connues sous le nom de formes myéliques. Elles paraissent dues au gonflement dans l'eau et à un commencement de décomposition de la substance médullaire ou plutôt de la lécithine qu'elle renferme. On peut, en efi'et, produire les mêmes apparences avec la lécithinc elle-même, surtout si l'on délaye cette dernière dans une gouttelette d'acide oléique additionnée d'ammoniaque, ou mieux encore dans un savon formé par la combinaison de Tacide oléique avecla névrine.
Les recherches qu'on a faites sur la composition chimique de la matière nerveuse ont eu principalement pour objet le cer veau. Nous allons résumer l'état de nos connaissances sur ce sujet.
Ajoutons seulement que la section des nerfs présente pendant la vie une réaction alcaline qui passe à l'acide après la mort. Le contenu des tubes nerveux, qui est homogène et d'ap-
parence vitreuse, se coagule alors et devient opacjue, la substance médullaire se remplissant de caillots.
g 269. P Historique. Le cerveau a été l'objet d'un grand nombre de travaux, mais son histoire chimique, sujet difficile, n'a été éclaircie que dans ces dernières années, sans qu'on paisse dire qu'elle soit achevée.
Yauquelin retira, vers 1812,'trois substances du cerveau, une matière de nature albumineuse, insoluble dans l'alcool froid ; une substance de nature grasse, phosphorée, soluble dans l'alcool, faisant émulsion avec l'eau et qu'^ nomma matière grasse blanchey enfin une substance cristallisable qu^il nomma stéarine cérébrale et dont M. Ghevreul a reconnu, en 1823^ l'identité avec la cholestérine.
La matière grasse blanche de Yauquelin a été nommée depuis successivement protagon et lécithine, lécithine par Gobley, qui reconnut, le premier, l'identité de cette matière avec une substance qu'il avait retirée du jaune d'œuf et décrite sous ce nom ; protagon par M. Liebreich, qui a démontré que cette substance pouvait se dédoubler en acides gras, en acide phosphoglycérique et en une base azotée, la névrine. Le dédoublement de la lécithine en acides oléique et margarique et en acide phosphoglycérique avait été parfaitement reconnu par Gobley.
Indépendamment de ces corps, le cerveau renferme une substance azotée neutre, non dédoublable, que M. Fremy en a retirée le premier et qu'il a nommée acide cérébrique. Gobley la nomma cérébrine et en reconnut l'identité avec une matière qu'il avait retirée du jaune d'œuf. M. W. Mûller l'a obtenue à l'état de pureté. Elle ne renferme, d'après lui, ni phosphore ni soufre. D'après MM. Hoppe-Seyler et Diakonow, le protagon de Liebreich serait un mélange de cérébrine et do lécithine. Ajoutons que M. A. Gautier* n'admet pas que le protagon ne soit que de la lécithine impure. S'appuyant sur une observation