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ACIDES BILIAIRES

5 87. La bile humaine contient un mélange d’acides glycocbolique et taurocholique unis à la soude. Ce dernier acide est l’élément le plus important et souvent unique de la bile d’un grand nombre d’animaux. D'après MM. Strecker et Gundelacb, la I bile de porc renferme des acides particuliers qui ont été désignés sous le nom d’acides hyoylycochoHque et hyolaurocholiqiie. De I la bile d'oie, on a retiré l’acide chènolaurocholique. Nous allons décrire ces acides et leurs produits de dédoublement.

' ACIDE GLYCOCHOLIQUE.

I C»fi Az 0«

^ 88. Cet acide, que L. Gmelin avait le premier obtenu à l’état I cristallisé, a été étudié et exactement décrit par Strecker sous

LA BILE

le nom d'acide cholique. Son principal caractère étant de se dédoubler facilement en glycocolle et en un acide non azoté, l’acide cholalique, Lehman n a proposé de lui donner le nom d’acide g lyco cholique, qui est resté.

Préparation. — On retire l’acide glycocholique de la bile de bœuf, qui en contient une proportion notable. A cet effet, on peut opérer de la manière suivante :

1° On décolore la bile de bœuf étendue de son volume d’eau en la cliauffant pendant quelques minutes avec du charbon animal; on filtre, on évapore le liquide au bain-marie sur des assiettes plates. Le résidu étant parfaitement desséché à l’étuve, on le dissout dans l’alcool absolu, dont il ne faut pas employer un trop grand excès. On introduit la solution alcoolique dans un flacon bouché à l’émeri et on verse par-dessus de l’éther anhydre, en évitant de mêler les deux couches. Peu à peu le liquide laisse déposer des houppes cristallines blanches (bile cristallisée de Plattner). Lorsque le mélange des liqueurs se fait rapidement, le sel biliaire se dépose sous forme amorphe, mais finit par prendre l’aspect cristallin. On le dissout dans une petite quantité d’eau, et après avoir ajouté à la solution un peu d’éther on y verse goutte à goutte de l’acide chlorhydrique jusqu’à formation d’un trouble permanent. On abandonne alors le tout à lui-même. L’acide glycocholique se sépare peu à peu en aiguilles soyeuses. Pour les purifier, on les reprend par une petite quantité d’alcool, et on précipite la solution par un grand excès d’éther.

2° A 5 parties de bile purifiée comme il a été dit plus haut, et dissoute dans une petite quantité d’eau, on ajoute une solution de 1 partie d’acétate de plomb : il se forme un précipité de glycocholate de plomb; on le recueille, on le lave, on le délaye dans l’alcool chaud, et on le décompose par l'hydrogène sulfuré. La solution alcoolique, filtrée et additionnée d’eau, par petites quantités, laisse déposer des cristaux d’acide glycocholique.

Propriétés. — L’acide glycocholique se présente en aiguilles soyeuses incolores, très solubles dans l’alcool, presque insolubles dans l’éther, peu solubles dans l’eau. 1000 parties d’eau n’en dissolvent que 3p,3 à froid, et 8p, 3 à l’ébullition. La solution alcoolique se trouble par l’eau. Elle dévie à droite le plan de polarisation. 11 en est de même de la solution aqueuse des sels.

ACIDK TAUROCIIOI.IQÜE. 247

1 l'üUNoir rotaloii'e spécifique de l’acide pour la raie D : j = + 27°, 2.

i Chauffé avec les alcalis ou les acides, Tacide glycocholique se >1 dédouble en acide cholalique et en glycocolle (Slrecker).

HW ,Vz 0« 4- IH O = Cî’> tn» 05 f Cï 1|5 Az 02 Ac. glycocboliqne. Ac. cholaliqnc. Glycocolle.

Par l’action prolongée de l’acide chlorhydrique bouillant, ü l’acide cholalique se convertit en dyslysine (voir page 220).

L’acide sulfurique concentré dissout à froid l’acide glycocho- ) lique et le laisse précipiter sans altération par l’addition d’eau; U mais, si l’on chautïe la solution sulfurique, elle se trouble et (I laisse déposer des gouttes oléagineuses qui se solidifient bicn- V tôt. On obtient ainsi un produit de déshydratation de l'acide f: glycocholique qui a reçu le nom d’acide cholonique.

: HW Az 0« = H'*' Az 0® f IP 0

I Acide glycocholique. Ac. cholouique.

! L’acide glycocholique est monobasique. Ses sels sont soluri blés dans l’alcool et possèdent une saveur à la fois sucrée et I amère. .Vdditionnés d’une petite quantité d’eau sucrée et de ^ quelques gouttes d’acide sulfurique concentré, ils donnent, à l| une douce chaleur, une coloration violette ou pourpre qui dis- ^ parait par l’addition de l’eau. Le glycocholale de sodium coni stitue, en grande partie, la bile cristallisée de Plattner.

ACIDE TAUROCHOLIQUE.

QÎ6 HW Az O' S

I § 89. L’acide taurocholique, ainsi nommé par Lehmann, est I l’acide choléïque de Strecker, qui a découvert son dédoublement i en acide cholalique et en taurine et qui a établi sa composition par fi une discussion pleine de sagacité. Cet acide accompagne l’acide { glycocholique dans la bile de bœuf, mais la bile d’un grand ( nombre d’autres animaux le contient en quantité prépondérante.

Préparation. — 1° D’après M. Hoppe-Seyler, il convient a d’employer la bile de chien pour la préparation de l’acide tau- »' rocholique. Pour cela, on mélange cette bile avec de l’alcool, on ) ajoute au liquide trouble du charbon animal, on filtre, on évapore la solution à siccité et on reprend le résidu par l’al-

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cool absolu. La solution alcoolique est mélangée avec un excès d’éther et abandonnée au repos; le précipité formé, qui est d’abord amorphe, finit par devenir cristallin. On le redissout dans l’eau et on précipite la solution par l’acétate de plomb ammoniacal. On lave le précipité, on le délaye dans l’alcool et on le décompose par l’hydrogène sulfuré. La solution alcoolique débarrassée du sulfure de plomb, ayant été évaporée à une basse température, à consistance sirupeuse, on la précipite par un grand excès d’éther. 11 se sépare une matière sirupeuse qui finit par se prendre en cristaux fins et soyeux,

2" On peut exti'aire l’acide taurocholique de la bile de bœuf après avoir séparé de celle-ci l’acide glycoebolique au moyen de l’acétate de plomb. On précipite le liquide filtré par le sousacétate de plomb ou par l’acétate de plomb ammoniacal, on recueille le précipité, on le lave, on le délaye dans l’alcool, et on le traite comme il vient d'être dit.

Propriétés. — L’acide taurocholique se présente sous forme de fines aiguilles soyeuses, déliquescentes, possédant une forte réaction acide. 11 est soluble dans l’eau et dans l’alcool, La solution dévie le plan de polarisation à droite.

Pouvoir rotatoire spécifique du taurocliolate de sodium [a]“ = + 24”, 5

L’acide taurocholique, beaucoup moins stable que l’acide glycoebolique, se dédouble avec la plus grande facilité en taurine et en acide cbolalique :

H'» Az O" s + H? O = H'*» O» -f H' Az 03 S

Acide taurocholique. Acide cbolalique. Tauiinc.

Ce dédoublement s’accomplit facilement par l’action des acides, des alcalis, et même parcelle de l’eau, pendant l’évaporation de la solution aqueuse. Il a lieu aussi sous l’influence des ferments pendant la putréfaction de la bile et dans le trajet du canal intestinal.

Les taurocbolates alcalins sont très solubles dans l’eau et dans l’alcool ; celui de sodium est en fines aiguilles; celui de baryum est pareillement très soluble dans l’eau. Les solutions offrent une saveur sucrée avec un arrière-goût amer. Elles sont précipitées par le sous-acétate de plomb, ou par l’acétate de plomb ammoniacal. Le nitrate d’argent ne les précipite pas. Avec

II.' sucre ei l’acide sulfurique, elles donnent une coloration pourpre ou violette.

ACIDE C II GLAUQUE, en H'.û QS

^ 90. Cet acide est un produit du dédoublement des acides biliaires que l'on vient de décrire. On le rencontre en petite quantité dans le contenu de l'intestin, dans les excréments. 11 existe dans la bile pétrifiée.

Préparation. — On fait bouillir la bile pendant 12 ou même 2'» heures avec de l'eau de baryte saturée à chaud, en remplaçant l'eau au fur et à mesure qu’elle s’évapore. La solution alcaline étant filtrée, on la sursature par l’acide chlorhydrique; on lave le précipité par l'eau, on le redissout dans une petite quantité de potasse ; on ajoute de l’étlier, puis de l'acide cblorhulrique, de façon à précipiter de nouveau l’acide cbolalique, et on abandonne le tout pendant quelques jours. Au contact de l'éther, l'acide cbolalique devient cristallin. On exprime, la masse cristalline et, après l'avoir dissoute dans l’alcool, on ajoute à la solution acide de l’eau par petites portions, jusqu’à ce qu'il se forme un trouble permanent. L’acide cbolalique se sépare peu à peu, en tétraèdres, de la liqueur refroidie.

Propriétés. — L’acide cbolalique existe à l'état amorphe et à l'état cristallisé. Lorsqu’on dissout l’acide amorphe dans l'étber, il s'en sépare sous forme de prismes quadrangulaires terminés en biseaux. De la solution alcoolique chaude il se sépare en octaèdres tétragonaux ou en tétraèdres renfermant 2 molécules et demie d’eau de cristallisation. Ces derniers cristaux deviennent opaques à l’air; les autres conservent leur transparence. Les uns et les autres sont incolores, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, peu solubles dans l'étber. La solution dans l'alcool absolu laisse déposer par l’évaporation des croûtes cristallines d’acide cbolalique anhydre. L’acide et ses sels exercent le pouvoir rotatoire à droite.

Pouvoir rotatoire spécifique de l’acide à 2 1,2 inoloc.

d’eau fa]“ = -L -'>0®

Pouvoir rotatoire spécifique de l’acide anhydre [*]"= *L 3*'“

Pouvoir rotatoire de la solution alcoolique du sel de sodium [a]“ = 31’,4

LA BILE

Avec l’acide sulfurique et quelques gouttes d’eau sucrée, l’acide cholalique donne la réaction de Pcttenkofer (page 215).

A l’état amorphe, l’acide cholalique se présente sous forme d’une masse molle, cireuse, un peu soluble dans l’eau, assez soluble dans l’étlier, très soluble dans l’alcool.

L’acide cholalique se dissout aisément dans les alcalis et chasse, à l’ébullition, l’acide carbonique de la solution aqueuse du carbonate de sodium. Lorsqu’on le chauffe de 190 à 200°, ou qu’on le fait bouillir avec l’acide chlorhydrique, il perd de l’eau et se convertit en un produit résineux insoluble dans l’eau et dans l’alcool, très peu soluble dans l’éther et que Berzelius a nommé dyslysine,

en H40 05 = C24 H« 05 + 2 IF O Ac. cholalique. Dyslysine.

L’acide choloïdique de Demarçay est un mélange de d^slysine et d’acide cholalique, etc.L

L’acide nitrique concentré oxyde l’acide cholalique à l’ébullition et le convertit en acides oxalique, cholestérique et en acides gras volatils. •

Les cholalates alcalins sont très solubles dans l’eau et se dissolvent aussi, mais plus diflicilement, dans l’alcool. Les alcalis caustiques et les carbonates alcalins les précipitent à l’état oléagineux de leur solution aqueuse concentrée. Le cholalate de baryum cristallise en petites aiguilles soyeuses.

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