Comptes rendus, t. LXXV, p. 23 t
LE SANG
L’oxyhémoglobine est cristallisable. Les cristaux du sang d’abord observés par MM. Leydig et Kolliker^ ont été obtenus par MM. Funke^ et Kunde ® et puis par Lebmann S et décrits sous le nom d’hèmatocristallme.
On doit cà MM. G. Scbinidt® et Hoppe-Seyler® la connaissance du dédoublement que subit Tbémoglobine, dans diverses circonstances, en matière albuminoïde et en bématine.
L’oxybémoglobine se trouve dans le sang de tous les vertébrés. Onia rencontre aussi en petite quantité, dans les muscles des mcàmmifôres et dans le sang de quelques invertébrés tels que le lombric terrestre ou ver de terre.
Elle n’existe pas à l’état cristallisé dans les globules du sang. Pour qu’elle puisse se déposer en cristaux, il faut que ceux-ci se détruisent, que leur contenu se répande dans le plasma ou le sérum, en formant un liquide transparent d’un rouge groseille foncé. Parmi les circonstances qui favorisent cette dissolution des globules, nous citerons les suivantes : addition de l’eau au sang (Funke, Kunde); passage à travers le sang d’un courant d’oxygène, puis d’un courant d’acide carbonique (Lebmann) ; congélation et dégel du sang plusieurs fois répétés (Rollet) ; décharges électriques (Rollet) ; agitation du sang avec l’éther (de Wiltich) ; mélange du sang avec certains sels (Bursy) ou avec de la bile cristallisée qui dissout rapidement les globules (Thiry, W. Kübne).
Toutes les espèces de sang ne sont pas également propres à la préparation des cristaux d’hémoglobine. On ne les obtient que diRicilement avec le sang humain. On les retire plus facilement de sang de cochon d’Inde, de chien, de chat, de cheval, de taupe, de hérisson, de rat, de souris. 11 suRit d’ajouter cà du
1. Zeitschrift fur wissenschafUichc Zoologie, t. I, p. 116 et 2GI. 1849.
2. Funke, De sanguine venœ linealis, 1851, et Zeitschrift fur ralionelle Medizin, nouv. sér., t. I, p. 184, et t. II, p. 199 et 288.
3. Kunde, Zeitschrift für rationelle Medizin, nouv. scr., t. II, p. 271.
4. Ifandbucli der physiol. Chem., 2« édit., t. I, p. 304, t. II, p. 152-103, et Derichte der hônigl. Süchs. Gesellschaft der Wissenschaften, zu Leipzig, 1852, p. 23, 78; 1853, p. 102.
5. G. Schmidt, dans la thèse de M. Boltcher intitulée : Ueber Blutkrystalle. Dorpat, 1862.
6. Fr. Hoppe-Seyler, Archiv für palhoJog. Anatomie, t. XXIII, p. 440, et XXIX, p. 233 et 597.
OX VIIEMOGLOllINE.
sang défibriné de cochon d'Inde (jiielques gouttes d'éihcr, et d’agiter pendant quelques instants le liquide épais, rouge groseille, pour voir celui-ci se prendre en une masse de cristaux. On les a aussi obtenus avec le sang de dinde, d’oie, de pigeon et avec celui de beaucoup de poissons. Mais il faut remarquer que les cristaux obtenus avec le sang de divers animaux ne sont pas identiques, et appartiennent à des systèmes cristallins différents. Il semble donc exister diverses espèces d’ox^ hémoglobine. En outre, il convient de distinguer de l’oxyhémoglobine riiémoglobine réduite et diverses combinaisons définies d’hémoglobine avec des gaz. Nous allons décrire tous ces corps.
OXYHÉMOGLOBI NE.
§ 131. Préparation des cristaux d’oxyhémoglobine. — 1° M. W. Kübne ‘ a indiqué la méthode suivante comme donnant un rendement abondant de cristaux avec le sang de cheval :
On place ce sang dans une éprouvette que l'on refroidit, de manière à empêcher la coagulation (page 305). Les globules se déposent et se séparent du plasma. Après avoir enlevé ce dernier, on ajoute aux globules 1 gr. de bile cristallisée pour600<=‘= de sang. Les globules se dissolvent, et ce qui reste de plasma finit par déposer de la fibrine sous forme d’un réseau lâche qui emprisonne quelques globules non dissous, et qui se sépare facilement de la solution rouge foncé. On ajoute à celle-ci de l'alcool à 90 centièmes aiguisé d'une petite quantité d’acide acétique, jusqu’à ce que le précipité d’abord formé se soit redissous; puis on laisse reposer la liqueur à la température de 0"; au bout de quelques heures, elle s’est prise en une bouillie cristalline.
On peut aussi soumettre à la congélation les globules séparés du plasma, au lieu d’y ajouter de la bile cristallisée (Rollet), Le liquide dégelé est une solution de globules d’où se dépose bientôt un coagulum de fibrine accompagnée d’une certaine quantité du stroma des globules. On fait passer le liquide rouge à travers un filtre, et on le traite comme précédemment.