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PAR LES PLANTES

en 86 jours de végétation.

Carbone.

Azo te.

Expérience A. — Le sol n’ayant rien reçu

gr

gr

Sr

Expérience B. — Le sol ayant reçu : phosphate, cendres, azotate de potasse

Expérience C. — Le sol ayant reçu : phosphate, cendres, bicarbonate de potasse

Ces chiffres démontrent la puissante influence de l’azotate de potasse sur la végétation, ou, si l’on veut, sur la proportion de matière organique élaborée par les plantes dans un temps donné.

Nous devons ajouter que les expériences de M. Boussingault ont été faites dans un sol absolument privé de matières organiques, et par conséquent dans des conditions excluant la possibilité d’une réduction de l’acide azotique en ammoniaque, avant l’absorption par les racines.

C'est là un point important concernant l’assimilation de l’azote des azotates, et qui doit fixer un moment notre attention. En chimiste distingué, M. Kuhlmann, avait émis l’opinion que les azotates, qui se réduisent si facilement sous l’influence de l’hydrogène naissant, sont transformés en ammoniaque dans la teue arable par 1 action réductrice des matières organiques, fi est évident qu’il n’en a pas été ainsi dans les expériences de

M. Boussingault, confirmées par celles de M. G. Ville, et qui démontrent que les azotates peuvent être absorbés directement par les végétaux. Mais, si l’acide azotique n’est pas réduit dans le sol, s’il peut pénétrer, à l’état d’azotate alcalin, dans l’économie végétale, il doit nécessairement y subir une réduction; car ce n’est pas à l’état de composé oxygéné qu’il peut concourir à l’élaboration des matières azotées. 11 est vrai qu’artificiel lement nous pouvons ajouter de l’azote aux éléments d’un corps organique qui n’en renferme point en y introduisant le groupe nitrogéné AzO2 (peroxyde d’azote ou vapeur nitreuse), produit d’une réduction incomplète de l'acide azotique. Nous connaissons un grand nombre de ces combinaisons nitrogénées, analogues à la nitrobenzine, à la nitroglycérine, au fulmicoton, etc. : la nature n’en forme point. L’acide azotique des azotates subit donc une réduction complète par les procédés de la végétation. Les combinaisons azotées qui sont élaborées par les végétaux se rattachent plutôt à l’ammoniaque : ce sont des alcaloïdes ou ammoniaques composées, ou des corps neutres voisins des amides. L’ammoniaque peut jouer un rôle dans l’élaboration de ces composés, mais il n’est point nécessaire d’admettre pour cela que la réduction des azotates dans l’économie végétale aille jusqu’à la formation effective de l’ammoniaque. Les groupes Az H2 ou Az II ou l’azote lui-même peuvent résulter de cette réduction et s’unir, à l’état naissant, à d’autres groupes d'atomes élaborés en même temps, de manière à former des molécules azotées complexes.

On s’est demandé si l’azote libre de l’atmosphère peut concourir à l’élaboration des matières azotées. Ce corps simple se dissout, en effet, en petite quantité dans l'eau, circule dans la sève, et est offert aux feuilles par la rosée. A l’état de liberté, l’azote est doué d’affinités très peu énergiques et ne montre qu’une faible tendance à entrer en combinaison avec d’autres corps. Mais enfin il n’est pas absolument privé du pouvoir de s’unir directement à d'autres corps, et M. G. Ville soutient l’opinion qu’il pourrait être directement assimilé par les végétaux. Les expériences de M. Boussingault et celles de MM. Gilbert et Lawes sont contraires à cette manière de voir. Ln les discutant, M. Ville persiste à soutenir que les plantes assimilent une quantité d’azote supérieure à celle qui provient

PAH LE RÈGNE VÉGÉTAL

de l’engrais azoté. Il admet qu’il en est ainsi lorsque la végétation est très vigoureuse.

Des expériences récentes, dues à M. Berthelot, ont apporté un appui indirect à l’opinion de M. Ville. M. Berthelot a démontré en effet que l’azote, sous l’influence de l’eflluve électrique, est directement absorbé par des matières végétales ternaires, et que des matières azotées peuvent prendre naissance dans ces conditions. De telles conditions pourraient se rencontrer dans la nature.

D’un autre côté, l'azote atmosphérique pourrait concourir d’une autre façon à l’élaboration des matières azotées. Il pourrait être assimilé indirectement , après oxydation préalable dans le sol, à l’état d’azotate. D’après les expériences de M. Cloëz1, l’azote de l’air s’oxyde directement au contact de corps poreux et sous la double influence de substances alcalines et d’autres matières oxydables, toutes conditions qui peuvent se trouver réunies dans le sol et surtout dans un sol fertile. Ainsi s’expliquerait l’assertion précédemment rapportée de M. G. Ville, savoir, que les plantes acquièrent la faculté de fixer l’azote de l’air dans le cas d’une végétation vigoureuse. Ce cas se présente naturellement lorsqu’elles poussent dans un sol fertile , c’est-à-dire dans un sol imprégné de matières organiques oxydables. M. Cloëz admet que l’oxydation de ces matières détermine par entraînement celui de l’azote, en présence d’une matière alcaline. Cette interprétation nous paraît légitime : elle est en harmonie avec les faits concernant la formation de l’ozone et de l’eau oxygénée, c’est-à-dire l’oxydation de l’oxygène et de l’eau, dans l’oxydation lente du phosphore et, en général, dans les combustions lentes. Ces faits trouvent une interprétation très simple dans cette idée moderne que la molécule oxygène est formée de deux atomes, et quelle se coupe en deux dans les réactions dont il s’agit.

Si, d’après ce qui précède, l’hypothèse d’une assimilation directe de l’azote par les végétaux semble douteuse, on peut se demander si l’ammoniaque et les azotates sont les seules sources de l’azote pour les plantes, ou si ce dernier élément peut encore pénétrer dans l’organisme des végétaux sous

î. Leçons professées à la Société chimique de Paris en 1861, p. 130.

forme de matière azotée complexe. Le sol arable et le fumier renferment en effet une matière azotée que M. Paul Thénard a désignée sous le nom (ï acide fumique. Cette matière existe dans le sol à l’état de fumate insoluble; mais en se transformant en per fumate elle devient soluble dans Peau. Est-elle directement absorbée sous cette forme par les racines des plantes? Cela est peu probable, car M. P. Thénard a reconnu lui-même que, sous Pinfluence oxydante du peroxyde de fer qui existe dans tous les sols en petite quantité, les perfumates se convertissent en azotates.

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