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RÔLE DES VÉGÉTAUX DANS L’ÉCONOMIE DU GLOBE

§ 6. Si, comme nous venons de le constater, les matières minérales et organiques que renferme le sol jouent un rôle important dans les phénomènes du développement des végétaux, il n’en est pas moins vrai que les plantes tirent, en définitive, de l’atmosphère les matériaux propres à l’élaboration des substances organiques, c’est-à-dire des combinaisons complexes du carbone. Ce sont les éléments de l’acide carbonique qui s’ajoutent à ceux de l’eau, en même temps qu’une certaine quantité d’oxygène est éliminée, et le résultat de cette réduction est une matière organique non azotée et d’autant plus complexe qu’un plus grand nombre de molécules d’acide carbonique et d’eau se sont ainsi unies après avoir perdu de l’oxygène. A ce point de vue. l’élaboration des matières organiques par les végétaux consiste donc essentiellement en un phénomène de réduction.

Que font en réalité les végétaux en réduisant ainsi l’acide carbonique et l’eau? En séparant l’oxygène du carbone et de 1 hydrogène, ils restituent à ces derniers éléments une portion de leur affinité pour le premier. Dans l’acide carbonique

PAR LE RÈGNE VÉGÉTAL

et dans l’eau, cette affinité est complètement satisfaite, cestà-dire que l’énergie qui réside dans les atomes du carbone, de l’hydrogène et que nous nommons leur affinité pour l’oxygène, a été, non pas détruite, mais transformée et comme dégagée par l’effet de la combinaison. Elle ne réside plus dans les atomes de carbone et d’hydrogène, une fois que ces atomes ont formé des combinaisons avec l’oxygène, mais elle s’est dissipée sous forme de chaleur. Pour réduire ces combinaisons, il faut donc restituer au carbone et à l’hydrogène l’énergie chimique qu’ils ont perdue sous forme de chaleur. Ainsi les végétaux, en décomposant l’acide carbonique et l’eau, non seulement condensent les atomes de carbone, d’hydrogène, d’azote, d’oxygène, pour en faire des matières organiques, mais ils accumulent en même temps des affinités, de l’énergie chimique, de la force, car tous les composés organiques sont pourvus d’affinités pour l’oxygène, tous peuvent brûler. Les atomes qu'ils condensent dans les principes immédiats , les végétaux les empruntent à l’atmosphère. Mais où puisent-ils donc l’énergie restituée à ces atomes sous forme d’affinité? Elle leur vient du soleil, qui en est un réservoir inépuisable, et qui la déverse à la surface de la terre, sous forme de radiation calorifique, lumineuse, chimique. Ingenhousz a montré le premier le rôle que joue la radiation solaire dans la décomposition de l’acide carbonique par les feuilles, mais c’est seulement dans ces derniers temps que la physique a dévoilé la vraie signification et la portée immense de ce phénomène. Une portion de la radiation solaire est absorbée par les végétaux et convertie en affinité : elle est la condition indispensable de la réduction de l’acide carbonique et de l'eau, de l’élaboration des matières organiques, de l’activité du règne végétal. Cette condition est renfermée implicitement dans ce fait d’observation vulgaire qu’il n’y a point de végétation sans soleil.

A considérer l’activité chimique des végétaux dans son ensemble et dans ses résultats, on peut dire que les végétaux constituent des appareils propres à l'élaboration de la matière organique, élaboration qui ne peut s’accomplir sans qu'il y ait en même temps accumulation de force.

Nous verrons dans le chapitre suivant que les animaux

absorbent dans leur nourriture, assimilent clans leurs organes, transforment et finissent par détruire, dans les procédés de la respiration, les matières organiques élaborées par les végétaux. Ayant besoin de produire de la chaleur et d’exécuter des mouvements, ils dépensent de l’énergie. A ce double point de vue, il y a donc un certain contraste, une sorte d’opposition entre l’activité fonctionnelle des deux règnes. Cette idée sera développée plus loin. Ici on doit faire remarquer qu’elle n’est vraie que dans un sens général, et si l’on considère les choses dans leur ensemble. Il y a des exceptions à la règle que l’on vient de poser, et il ne sera pas inutile d’entrer dans quelques développements à ce sujet.

Nous avons fait remarquer que les végétaux tirent, en grande partie du moins, de l’atmosphère les matériaux de leur nutrition. Il n’en est pas toujours ainsi. On sait depuis longtemps que certaines plantes parasites dépourvues de chlorophylle, telles que les champignons, les orchidées, les orobranches, absorbent des matériaux organiques tout élaborés et tirent leur substance des organismes aux dépens desquels ils vivent. Voilà pourquoi ils peuvent se développer à l’abri de la lumière. Privés de parties vertes, c’est-à-dire de chlorophylle, ils ne sauraient respirer à la façon des végétaux, aux dépens des éléments de l’air, et former de toutes pièces des matières organiques. Aussi la substance des champignons présente-t-elle une composition jusqu’à un certain point analogue à celle de la chair musculaire. Les parasites dont il s’agit, auxquels on peut ajouter certains ferments, vivent donc, comme |végétaux, d'une vie particulière et marquent en quelque sorte la transition entre le règne végétal et les animaux inférieurs.

D’un autre côté, parmi ces derniers il en est qui sont pourvus de matière verte, et qui possèdent comme les végétaux la faculté de décomposer l’acide carbonique sous l'influence de la radiation solaire. Il en est ainsi des planaires vertes1.

Une exception très curieuse à la proposition générale formulée plus haut est relative à la faculté que possèdent certaines plantes d’attirer, de saisir et de digérer des insectes : il y a des plantes carnivores. MM. Darwin et llooker ont appelé

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