Ann. de chim. et de plnjs. (3), t. XI, p
nos connaissances actuelles sur les synthèses organiques, cette supposition paraît hasardée. Nous devons entrer, à ce sujet, dans quelques développements.
Th. de Saussure avait trouvé que la quantité d’oxygène dégagée dans la respiration diurne des plantes est inférieure à celle qui est contenue dans l’acicle carbonique absorbé, ou, en d’autres termes, que les plantes absorbent, pendant le jour, un volume d’acide carbonique supérieur à celui de l’oxygène qu’elles exhalent. Ces expériences pouvaient conduire à l’hypothèse que l’acide carbonique n’est réduit, dans les plantes, qu’à l’état d’oxyde de carbone. Toutefois, les déterminations plus exactes et plus récentes de M. Boussingault ne confirment pas les conclusions du célèbre physiologiste génevois. Le volume de l’oxygène que les plantes dégagent, sous l’influence des rayons solaires, est, en réalité, très peu inférieur à celui de l’acide
carbonique qu’elles absorbent, puisque d’après une moyenne de
quarante et une expériences faites par M. Boussingault, 100 volumes de gaz carbonique absorbés par les feuilles fournissent 98.75 vol. de gaz oxygène. Et il est à remarquer que les résultats ont oscillé autour de cette moyenne, de telle sorte que, dans quinze expériences, le volume de l’oxygène dégagé a été un peu plus grand que celui de l’acide carbonique absorbé; que, dans treize cas, il y a eu, à peu de chose près, égalité entre les deux volumes; que dans les autres enfin, le volume de l’oxygène dégagé a été inférieur à celui de l’acide carbonique disparu.
Il résulte de ces faits que l’hypothèse d’une réduction de l’acide carbonique en oxyde de carbone par les plantes ne peut être soutenue qu’à la condition d’admettre qu’une portion de l’oxygène dégagé provienne de la réduction de l’eau. Il doit en être ainsi, au reste, dans les cas où le volume de l’oxygène dégagé a été supérieur à celui de l’acide carbonique disparu (voyez plus haut). Ce fait, bien constaté par M. Boussingault et qui démontre la nécessité d’admettre une décomposition de l’eau, ne laisse pas que de donner une certaine probabilité à l’hypothèse que nous discutons, savoir la réduction de l'acide carbonique en oxyde de carbone. Au point de vue purement chimique, cette hypothèse sur laquelle nous reviendrons plus loin, serait appuyée par des considérations tirées de la puis-
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sance de combinaison de l’oxyde de carbone. On sait, en effet., que ce corps, en raison de son état gazeux sans doute, est plus apte à entrer directement en combinaison que le charbon lui-même : il s’unit au chlore à la température ordinaire; il se combine directement avec la potasse pour constituer l’acide formique (Berthelot). Doublé, c’est-à-dire combiné avec luimême, le radical oxyde de carbone ou carbonyle CO constitue le radical oxalique ou oxalyle C202. L’acide qui renferme ce radical, c’est-à-dire l’acide oxalique, peut se former par suite d’une réduction incomplète de l’acide carbonique et de l’eau en présence de bases minérales qui doivent jouer un rôle dans la formation des acides.
Formation des acides et des aldéhydes. — Divers acides organiques peuvent prendre naissance dans les conditions que nous venons d’indiquer (Liebig). Pour choisir les cas les plus simples, arrêtons-nous à la formation de deux acides très importants renfermant, le premier un atome de carbone, et le second deux atomes de carbone, savoir les acides formique et oxalique. Une ou deux molécules d’acide carbonique interviendraient avec une molécule d’eau dans la formation de ces acides, selon les équations suivantes :
Acide formique.
2C02-j- H2 O — 0 = C5 H2 O4 Acide oxalique
Rappelons ici que M. Drechsel a montré récemment que l’acide oxalique prend naissance par réduction de l’acide carbonique, lorsqu’on lait passer ce dernier acide sur du potassium à une température convenable.
Oxalate de potassium.
Développant le point de vue qui vient d’être exposé, Liebig a admis que les acides organiques, une fois formés, peuvent donner naissance à des aldéhydes par une réduction ultérieure. Ainsi 1 aldéhyde formique représente de l’acide formique moins
un atome d’oxygène, l’aldéhyde oxalique ou glyoxal, est de l’acide oxalique moins deux atomes d’oxygène.
C H2 O2 — O = C H2 O Acide formique. Aldéhyde formique.
C2 II2 O — O2 = C2 H2 O2 Acide oxalique. Glyoxal.
On conçoit que de telles aldéhydes puissent prendre naissance dans l’organisme végétal par la réduction des acides primitivement formés, selon l’hypothèse de Liebig. La formation des aldéhydes marquerait, en quelque sorte, la seconde phase d’une réduction de l’acide carbonique et de l’eau, dont la première phase s’arrêterait à la formation des acides euxmêmes, selon les équations indiquées plus haut.
L’hypothèse que nous discutons consiste donc à admettre que, dans les procédés de la vie, ce sont les composés les plus simples et les plus riches en oxygène qui se forment d’abord, et que, par une réduction et une condensation ultérieures, ces composés acides d’abord formés se convertissent en d’autres combinaisons, aldéhydes et, secondairement, substances, plus complexes. Certaines réactions récemment découvertes en chimie organique prêtent à cette manière de voir un appui indirect. On sait, en effet, qu’en soumettant à des actions réductrices des composés relativement simples, on parvient, dans quelques cas, à les transformer en des combinaisons beaucoup plus complexes. Citons pour exemple la réaction découverte par M. Lœwig de la transformation de l’éther oxalique, sous l’influence de l’amalgame de sodium, en un acide qu’il a nommé désoxalique et qui représente l’acide d ioxy citrique C6 H8 O9 L
Il n’est pas impossible que de telles actions à la fois réductrices et synthétiques soient effectuées dans les organes les plus délicats des plantes, à l’aide de procédés dont nous ne soupçonnons point la nature, mais dont la puissante énergie est attestée par le dégagement de l’oxygène, effet et témoin de la réduction de l’acide carbonique et de l’eau.
Rôle des aldéhydes dans les synthèses oryaniques. — Dans les synthèses organiques, les aldéhydes dont il a été question plus
1. Brunner, Bulletin de la Société chimique. Nouv. sér., t. XV, p. 65.
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haut peuvent jouer un rôle important. On sait, en effet, avec quelle facilité ces combinaisons se transforment, dans les circonstances les plus diverses, quelle variété de produits nouveaux résultent de leur condensation et de leur déshydratation. Peu de corps donnent naissance à un aussi grand nombre de réactions et de dérivés que l’aldéhyde ordinaire. Remarquons d’abord, et ce point de vue diffère de celui qui a été développé par Liebig, que les plus simples de ces aldéhydes peuvent prendre naissance directement par la réduction incomplète de l’acide carbonique et de l’eau.