CO2 H2 O — O2 = C H2 O
Aldéhyde formique.
Aldéhyde oxalique.
(G-lyoxal.)
A la vérité, on n’a pas encore rencontré ces aldéhydes parmi les principes immédiats élaborés par le règne végétal. Mais il faut considérer d’un côté qu’on ne les a pas cherchées, et de l'autre qu’elles se transforment elles-mêmes avec la plus grande facilité. L’aldéhyde formique triple sa molécule et devient trioxyméthylène. L’aldéhycle ordinaire peut se polvmériser dans diverses conditions pour former d’autres molécules plus complexes et plus ou moins stables. Parmi ces polymères il faut noter l’aldol C4H802, qui résulte de la condensation de deux molécules d’aldéhyde, et qui est à la fois aldéhyde et alcool, comme la glucose elle-même. 11 n’est pas impossible que l’aldéhyde formique joue un rôle dans les synthèses végétales. En se condensant, six molécules d’aldéhyde formique formeraient une molécule de glucose,
OC H2 O = C6 Hta O6
D’un autre côté, par la déshydratation des aldéhydes, des matières résineuses pourraient prendre naissance. Ne sait-on pas avec quelle facilité l’aldéhyde ordinaire, le glyoxal et l’aldol se convertissent en matières résineuses en perdant de l’eau?
L’action de l’ammoniaque sur certaines aldéhydes peut donner naissance à des matières azotées, à des alcaloïdes. Une aldéhyde naturelle, l’essence d’amandes amères, se transforme,
sous l’influence de l’ammoniaque et avec élimination d’eau, en hydrobenzamide, matière azotée neutre qui peut se convertir en un alcaloïde isomérique, l’amarine. Les aldéhydes de la série grasse sont elles-mêmes attaquées par l’ammoniaque. Plusieurs molécules d’aldéhyde butyrique donnent, en perdant de l’eau sous l’influence de l’ammoniaque, un corps azoté, la dibutyraldine C8Hi7AzO, laquelle, par une nouvelle déshydratation, peut se convertir, comme l’a montré M. Hugo Schifï, en un isomère d’un alcaloïde naturel, la conicine. L’aldol, en se modifiant sous l’influence de l’ammoniaque, donne naissance à divers alcaloïdes complexes, les uns oxygénés, d’autres sans oxygène. Ces exemples suffisent pour faire voir le rôle que certaines aldéhydes peuvent jouer dans les procédés de synthèse qu’emploie la nature.
La déshydratation considérée comme un procédé de synthèse organique1. — Parmi les corps engendrés dans les organes des végétaux, il en est certainement qui se forment directement, comme nous l’avons vu plus haut, par la réduction d’un certain nombre de molécules d’acide carbonique et d’eau. D’autres prennent naissance dans des réactions secondaires, les substances d’abord formées réagissant les unes sur les autres ou se modifiant par l’action de l’ammoniaque. Dans de telles réactions secondaires, les molécules s’unissent les unes aux autres en perdant les éléments cle l’eau. La déshydratation constitue certainement un procédé important de synthèse ''naturelle, comme elle est une des méthodes employées pour les synthèses artificielles, en chimie organique. Pour faire perdre aux molécules organiques les éléments de l’eau, nous avons recours à l’action de la chaleur : la nature met en œuvre un agent de même nature, mais peut-être plus puissant encore, les radiations lumineuses et chimiques. Une découverte récente de M. Dehérain vient à l’appui de l’idée qui est énoncée ici. Ce savant a constaté qu’à température égale les feuilles exhalent beaucoup plus de vapeur d’eau au soleil qu'à l’ombre. Pourquoi donc une partie de cette eau, ainsi exhalée sous l’influence des radiations lumineuses, ne serait-elle pas formée directement dans les feuilles , par la réaction réciproque
1. Revue scientifique , t. X, 2,: sur., p. 508, 30 nov. 1872.
PAR LE RÈGNE VÉGÉTAL. 15
de molécules qui s’unissent entre elles par l'effet d’une déshydratation?
Dans nos laboratoires nous employons, en outre, divers agents de déshydratation, tels que le chlorure de zinc, l’acide sulfurique, etc. Ce sont là des moyens violents et grossiers que la nature ne met pas en usage. Elle a d’autres procédés et il convient de mentionner à cet égard le rôle que paraissent jouer certains sels neutres et particulièrement les sels de potasse qui sont si répandus dans le règne végétal. M. Lieben a fait remarquer le premier l’action déshydratante que le formiate de potassium exerce sur l’aldéhyde ordinaire, qu’il convertit en aldéhyde crotonique.
MM. Michael et A. Kopp ont fait voir récemment que les sels de soude n’exercent pas la même action déshydratante1.
Respiration nocturne des végétaux. — Il est à remarquer que pendant la nuit les plantes dégagent principalement de l’acide carbonique et absorbent de l’oxygène. S’il arrive parfois que des feuilles placées dans de l'eau privée d’air peuvent séjourner dans l'obscurité sans émettre de l’acide carbonique2, il faut reconnaître avec Th. de Saussure que, dans le plus grand nombre de cas, les plantes maintenues dans l’obscurité absorbent de l’oxygène et dégagent de l'acide carbonique. M. Dehérain 3 a vu des plantes marécageuses absorber dans ces conditions jusqu’à la dernière trace de l’oxygène contenu en dissolution dans l’eau, remplacer cet oxygène par de l’acide carbonique et mourir bientôt asphyxiées.
Ces phénomènes de respiration nocturne sont donc inverses de ceux qui s’accomplissent sous l’influence de la lumière. On peut les interpréter de la manière suivante. Pendant le jour l’acide carbonique, absorbé par les racines, arrive dans la sève ascendante jusqu’à la surface foliacée du végétal. Là il est décomposé par l’action de la lumière, et c’est de l’oxygène provenant de cette décomposition qui est exhalé par les feuilles, en